État partie

Date à laquelle le rapport était attendu

Rapports initiaux

Togo

17 décembre 1988

Guyana

17 juin 1989

Guinée

8 novembre 1990

Somalie

22 février 1991

Bosnie‑Herzégovine

5 mars 1993

Seychelles

3 juin 1993

Cap‑Vert

3 juillet 1993

Burundi

19 mars 1994

Antigua‑et‑Barbuda

17 août 1994

Éthiopie

12 avril 1995

Tchad

7 juillet 1996

Tadjikistan

9 février 1996

Côte d’Ivoire

16 janvier 1997

République démocratique du Congo

16 avril 1997

Malawi

10 juillet 1997

Honduras

3 janvier 1998

Kenya

22 mars 1998

Bangladesh

3 novembre 1999

Niger

3 novembre 1999

Afrique du Sud

8 janvier 2000

Burkina Faso

2 février 2000

Mali

27 mars 2000

Turkménistan

25 juillet 2000

Japon

29 juillet 2000

Mozambique

14 octobre 2000

Qatar

9 février 2001

Ghana

6 octobre 2001

Botswana

7 octobre 2001

Gabon

7 octobre 2001

Liban

3 novembre 2001

Sierra Leone

24 mai 2002

Nigéria

27 juillet 2002

Saint‑Vincent‑et‑les Grenadines

30 août 2002

Lesotho

11 décembre 2002

Mongolie

22 février 2003

Irlande

10 mai 2003

Saint‑Siège

25 juillet 2003

Guinée équatoriale

6 novembre 2003

Timor‑Leste

15 mai 2004

Deuxièmes rapports périodiques

Afghanistan

25 juin 1992

Belize

25 juin 1992

Philippines

25 juin 1992

Ouganda

25 juin 1992

Togo

17 décembre 1992

Guyana

17 juin 1993

Brésil

27 octobre 1994

Guinée

8 novembre 1994

Somalie

22 février 1995

Roumanie

16 janvier 1996

Serbie‑et‑Monténégro

9 octobre 1996

Yémen

4 décembre 1996

Jordanie

12 décembre 1996

Bosnie‑Herzégovine

5 mars 1997

Bénin

10 avril 1997

Lettonie

13 mai 1997

Seychelles

3 juin 1997

Cap‑Vert

3 juillet 1997

Cambodge

13 novembre 1997

Burundi

19 mars 1998

Slovaquie

27 mai 1998

Antigua-et-Barbuda

17 août 1998

Costa Rica

10 décembre 1998

Éthiopie

12 avril 1999

Albanie

9 juin 1999

États-Unis d’Amérique

19 novembre 1999a

ex‑République yougoslave de Macédoine

11 décembre 1999

Namibie

27 décembre 1999

République de Corée

7 février 2000

Tadjikistan

9 février 2000

Cuba

15 juin 2000

Tchad

8 juillet 2000

République de Moldova

27 décembre 2000

Côte d’Ivoire

16 janvier 2001

République démocratique du Congo

16 avril 2001

El Salvador

16 juillet 2001

Lituanie

1er mars 2001

Koweït

6 avril 2001

Malawi

10 juillet 2001

Honduras

3 janvier 2002

Kenya

22 mars 2002

Kirghizistan

4 septembre 2002

Arabie saoudite

21 octobre 2002

Bahreïn

4 avril 2003

Kazakhstan

24 septembre 2003

Bangladesh

3 novembre 2003

Niger

3 novembre 2003

Zambie

5 novembre 2003

Indonésie

26 novembre 2003

Afrique du Sud

8 janvier 2004

Burkina Faso

2 février 2004

Mali

27 mars 2004

Bolivie

11 mai 2004

Troisièmes rapports périodiques

Afghanistan

25 juin 1996

Belize

25 juin 1996

Philippines

25 juin 1996

Sénégal

25 juin 1996

Ouganda

25 juin 1996

Uruguay

25 juin 1996

Togo

17 décembre 1996

Guyana

17 juin 1997

Turquie

31 août 1997

Tunisie

22 octobre 1997b

Jamahiriya arabe libyenne

14 juin 1998

Algérie

11 octobre 1998

Brésil

27 octobre 1998

Guinée

8 novembre 1998

Somalie

22 février 1999

Malte

12 octobre 1999

Liechtenstein

1er décembre 1999

Roumanie

16 janvier 2000

Népal

12 juin 2000

Serbie‑et‑Monténégro

9 octobre 2000

Yémen

4 décembre 2000

Jordanie

12 décembre 2000

Monaco

4 janvier 2001

Bosnie‑Herzégovine

5 mars 2001

Bénin

10 avril 2001

Lettonie

13 mai 2001

Seychelles

3 juin 2001

Cap-Vert

3 juillet 2001

Cambodge

13 novembre 2001

Maurice

7 janvier 2002

Burundi

19 mars 2002

Slovaquie

27 mai 2002

Slovénie

14 août 2002

Antigua‑et‑Barbuda

17 août 2002

Arménie

12 octobre 2002

Costa Rica

10 décembre 2002

Sri Lanka

1er février 2003

Éthiopie

12 avril 2003

Albanie

9 juin 2003

États‑Unis d’Amérique

19 novembre 2003

ex‑République yougoslave de Macédoine

11 décembre 2003

Namibie

27 décembre 2003

République de Corée

7 février 2004

Tadjikistan

9 février 2004

Quatrièmes rapports périodiques

Afghanistan

25 juin 2000

Bélarus

25 juin 2000

Belize

25 juin 2000

Bulgarie

25 juin 2000

Cameroun

25 juin 2000

France

25 juin 2000

Hongrie

25 juin 2000

Mexique

25 juin 2000

Philippines

25 juin 2000

Fédération de Russie

25 juin 2000

Sénégal

25 juin 2000

Ouganda

25 juin 2000

Uruguay

25 juin 2000

Autriche

27 août 2000

Panama

22 septembre 2000

Togo

17 décembre 2000

Colombie

6 janvier 2001

Équateur

28 avril 2001

Guyana

17 juin 2001

Pérou

5 août 2001

Turquie

31 août 2001

Tunisie

22 octobre 2001

Chili

29 octobre 2001

Chine

2 novembre 2001

Pays‑Bas

19 janvier 2002

Portugal

10 mars 2002

Jamahiriya arabe libyenne

14 juin 2002

Pologne

24 août 2002

Australie

6 septembre 2002

Algérie

11 octobre 2002

Brésil

27 octobre 2002

Guinée

8 novembre 2002

Nouvelle‑Zélande

8 janvier 2003

Somalie

22 février 2003

Paraguay

10 avril 2003

Malte

12 octobre 2003

Allemagne

20 octobre 2003

Liechtenstein

1er décembre 2003

Roumanie

16 janvier 2004

20.À la demande du Comité, deux membres, M. Mariño et M. Rasmussen, ont continué à entretenir des contacts avec les États parties dont le rapport initial accusait un retard de cinq ans ou plus, afin de les encourager à le soumettre. Le Gouvernement togolais n’ayant donné aucune suite aux demandes de ces membres, le Comité a décidé d’examiner la situation au Togo quant à l’application de la Convention, en l’absence de rapport, à sa trente‑troisième session.

21.À sa trente‑deuxième session, le Comité a décidé d’envoyer une lettre au Gouvernement des États‑Unis pour lui rappeler que son deuxième rapport périodique, qui avait été demandé par le Comité pour le 19 novembre 2001, n’avait pas encore été présenté. Le Comité a demandé à l’État partie de présenter ce rapport avant le 1er octobre 2004. Le Comité a appelé en particulier l’attention de l’État partie sur le paragraphe 1 de l’article 2 de la Convention en vertu duquel tout État partie prend des mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction. Enfin, il était indiqué dans la lettre que le rapport devrait inclure des renseignements à jour sur la situation dans les lieux de détention en Iraq.

III. EXAMEN DES RAPPORTS PRÉSENTÉS PAR LES ÉTATS PARTIES EN APPLICATION DE L’ARTICLE 19 DE LA CONVENTION

22.À ses trente et unième et trente‑deuxième sessions, le Comité a examiné les rapports soumis par 13 États parties, en vertu du paragraphe 1 de l’article 19 de la Convention. À sa trente et unième session, il était saisi des rapports ci‑après:

Cameroun: troisième rapport périodiqueCAT/C/34/Add.17

Colombie: troisième rapport périodiqueCAT/C/39/Add.4

Lettonie: rapport initialCAT/C/21/Add.4

Lituanie: rapport initialCAT/C/37/Add.5

Maroc: troisième rapport périodiqueCAT/C/66/Add.1 et Corr.1

Yémen: rapport initialCAT/C/16/Add.10.

23.À sa trente‑deuxième session, le Comité était saisi des rapports ci‑après:

Bulgarie: troisième rapport périodiqueCAT/C/34/Add.16

Chili: troisième rapport périodiqueCAT/C/39/Add.5 et Corr.1

Croatie: troisième rapport périodiqueCAT/C/54/Add.3

République tchèque: troisième rapport périodiqueCAT/C/60/Add.1

Allemagne: troisième rapport périodiqueCAT/C/49/Add.4

Monaco: deuxième rapport périodiqueCAT/C/38/Add.2

Nouvelle‑Zélande: troisième rapport périodiqueCAT/C/49/Add.3.

24.Conformément à l’article 66 de son règlement intérieur, le Comité a invité des représentants de tous les États parties qui présentaient des rapports à assister aux séances au cours desquelles leurs rapports respectifs étaient examinés. Tous les États parties concernés ont envoyé des représentants, qui ont participé à l’examen de leurs rapports respectifs.

25.Un rapporteur et un rapporteur suppléant ont été désignés pour chacun des rapports examinés. On en trouvera la liste à l’annexe V du présent rapport. Les méthodes de travail du Comité pour l’examen des rapports en application de l’article 19 de la Convention figurent à l’annexe VI.

26.Dans le cadre de l’examen des rapports, le Comité était également saisi des documents suivants:

a)Directives générales concernant la forme et le contenu des rapports initiaux que les États parties doivent présenter en application du paragraphe 1 de l’article 19 de la Convention (CAT/C/4/Rev.2);

b)Directives générales concernant la forme et le contenu des rapports périodiques que les États parties doivent présenter en application du paragraphe 1 de l’article 19 de la Convention (CAT/C/14/Rev.1).

27.On trouvera dans les sections qui suivent les conclusions et recommandations adoptées par le Comité à propos des rapports des États parties susmentionnés. En outre, à sa trente et unième session, le Comité a noté qu’aucun renseignement n’avait été reçu du Gouvernement cambodgien en ce qui concerne ses conclusions et recommandations provisoires sur la situation dans ce pays1 et a décidé de les considérer comme définitives.

BULGARIE *

28.Le Comité contre la torture a examiné le troisième rapport périodique de la Bulgarie (CAT/C/34/Add.16) à ses 612e et 614e séances (CAT/C/SR.612 et 614), tenues les 17 et 18 mai 2004, et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

29.Le Comité se félicite de la présentation du troisième rapport périodique de la Bulgarie et de pouvoir poursuivre son dialogue avec l’État partie.

30.Tout en notant que le rapport ne couvre que la période allant jusqu’en mai 2000, le Comité prend acte avec satisfaction des réponses détaillées aux questions figurant dans la liste des points à traiter ainsi qu’à celles posées par des membres du Comité pendant le dialogue qui lui ont permis d’obtenir des renseignements sur les mesures prises par l’État partie depuis 2000 pour appliquer la Convention.

B. Aspects positifs

31.Le Comité note les faits nouveaux positifs suivants:

a)Les efforts en cours de l’État partie pour réformer sa législation se rapportant à l’application de la Convention et renforcer la protection des droits de l’homme. En particulier, le Comité prend acte avec satisfaction de:

i)L’entrée en vigueur de la loi sur le médiateur, le 1er janvier 2004;

ii)L’adoption par l’Assemblée nationale, le 16 septembre 2003, de la loi sur la protection contre la discrimination et les autres mesures concrètes dans le domaine de la protection contre la discrimination, telles que le recrutement de Roms dans les forces de police;

iii)L’entrée en vigueur, le 1er décembre 2002, de la nouvelle loi sur l’asile et les réfugiés qui a notamment débouché sur la mise en place de l’Office national pour les réfugiés en tant qu’autorité centrale unique prenant les décisions en matière d’asile, et le fait qu’il est désormais possible de demander la révision judiciaire d’une décision prise dans le cadre de la procédure accélérée;

iv)L’adoption et la mise en application du Code de conduite du policier en vertu d’une ordonnance du Ministère de l’intérieur datée d’octobre 2003;

b)L’adoption de l’instruction no I‑167 du Ministère de l’intérieur en date du 23 juillet 2003 qui fixe la procédure à suivre par la police pendant la détention de personnes dans des locaux relevant du Ministère de l’intérieur;

c)La création en août 2000, au sein de la Police nationale, d’une commission spécialisée dans les droits de l’homme s’appuyant sur un réseau de coordonnateurs régionaux;

d)Le transfert des services de détention pendant l’enquête au Ministère de la justice en janvier 2000;

e)L’autorisation de visiter régulièrement les prisons accordée à des organisations non gouvernementales telles que l’antenne bulgare du Comité Helsinki;

f)Les renseignements fournis par le représentant de l’État partie au cours du dialogue selon lesquels 13 centres de détention avant jugement en sous‑sol ont été fermés en avril 2004 et l’État partie s’efforce de trouver d’urgence des solutions pour les cinq centres en sous‑sol qui n’ont pas encore été fermés;

g)La coopération avec le Comité européen pour la prévention de la torture (CPT) et les renseignements fournis par le représentant de l’État partie indiquant que la Bulgarie avait autorisé la publication du rapport sur la visite effectuée par le CPT en avril 2002.

C. Sujets de préoccupation

32.Le Comité note avec préoccupation:

a)L’absence dans la législation interne d’une définition complète de la torture correspondant à celle qui figure à l’article premier de la Convention;

b)Les nombreuses allégations de mauvais traitements infligés à des personnes en détention − en particulier pendant les interrogatoires de police − pouvant être assimilés à des actes de torture et touchant de manière disproportionnée les Roms;

c)L’absence d’un système indépendant d’enquête sur les plaintes et le fait que les allégations de mauvais traitements ne font pas toujours l’objet d’une enquête rapide et impartiale ce qui donnerait lieu à une situation d’impunité des auteurs de tels actes;

d)Le fait que les personnes placées en détention n’auraient pas la possibilité d’accéder rapidement et de manière appropriée à l’aide judiciaire et médicale et aux membres de leur famille et que l’accès à l’aide juridictionnelle gratuite est tout à fait limité et inefficace en pratique; le fait aussi que les détenus n’obtiendraient pas systématiquement les dossiers médicaux dont ils ont besoin, ce qui les empêche de déposer plainte et de demander réparation;

e)Les mauvaises conditions dans les foyers pour personnes mentalement handicapées et les mesures insuffisantes prises jusqu’à présent par les autorités pour faire face à cette situation, y compris l’incapacité de modifier la législation relative aux placements forcés dans lesdits foyers à des fins d’évaluation et le manque de possibilités de recours judiciaire et de procédures de révision;

f)Le fait que les mesures législatives et autres visant à assurer le plein respect des dispositions de l’article 3 ne sont toujours pas suffisamment efficaces et les allégations selon lesquelles l’expulsion d’étrangers, en particulier sur ordre du Service national de sûreté pour des raisons de sécurité nationale, ne fait l’objet d’aucune révision judiciaire;

g)Le manque de données sur les mesures de réparation et de réadaptation en faveur des victimes de la torture ou de leur famille prévues à l’article 14 de la Convention;

h)Les conditions matérielles déplorables dans les centres de détention, en particulier dans les lieux de détention provisoire dont certains sont encore aménagés en sous‑sol ou ne sont pas dotés des installations de base nécessaires pour les activités en plein air et où des personnes peuvent être détenues pendant une période pouvant aller jusqu’à deux ans, et l’absence d’inspections indépendantes de ces centres;

i)Le régime particulièrement sévère imposé, en particulier au cours des cinq premières années de détention, à tous les prisonniers exécutant des peines de réclusion à perpétuité.

D. Recommandations

33. Le Comité recommande à l’État partie:

a) D’adopter une définition de la torture intégrant tous les éléments contenus à l’article premier de la Convention et d’incorporer au Code pénal une définition du crime de torture épousant cette définition. En outre, le Comité invite l’État partie à examiner dans quelle mesure il serait judicieux d’incorporer dans la législation les dispositions de l’instruction n o  I ‑167 du Ministère de l’intérieur;

b) De renforcer les garanties prévues dans le Code de procédure pénale contre les mauvais traitements et la torture, de poursuivre ses efforts pour réduire les cas de mauvais traitements infligés par la police et d’autres agents de l’État et de concevoir des modalités pour la collecte de données ventilées et la surveillance des actes de torture et des mauvais traitements afin de s’attaquer plus efficacement au problème. L’État partie est encouragé à poursuivre ses efforts pour recruter des personnes d’origine rom dans la police;

c) De prendre des mesures pour mettre en place un système efficace, fiable et indépendant de dépôt de plaintes afin qu’il soit enquêté rapidement et de manière impartiale sur toutes les allégations de mauvais traitement ou de torture et pour punir les responsables. Le Comité demande à l’État partie de fournir des données statistiques sur les cas signalés de mauvais traitement et de torture et sur les résultats des enquêtes, ventilées, entre autres, par sexe, groupe ethnique, région géographique, ainsi que par type et lieu de détention;

d) De faire en sorte qu’aussi bien en droit qu’en pratique toutes les personnes privées de leur liberté soient dûment enregistrées dans le lieu où elles sont détenues et se voient garantir le droit d’accéder à un conseil, de contacter leurs proches, de voir un médecin et d’être informées de ce droit. À cet égard, un système d’aide juridictionnelle gratuite indépendant devrait être mis en place. En outre, des règles strictes pour la tenue des dossiers médicaux de toutes les personnes détenues devraient être établies et scrupuleusement respectées;

e) De prendre toutes les mesures nécessaires pour faire face à la situation dans les foyers et les hôpitaux pour personnes mentalement handicapées de façon que les conditions de vie, les soins et les services de réadaptation qui y sont fournis n’aillent pas à l’encontre des dispositions de la Convention. En outre, le Comité demande instamment à l’État partie de faire en sorte que le placement d’enfants à l’assistance sociale soit régulièrement examiné. Il engage l’État partie à assurer le contrôle et la réévaluation des diagnostics par des spécialistes et de prévoir les procédures d’appel requises;

f) De faire en sorte que nul ne soit expulsé, refoulé ou extradé vers un pays où il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être torturé et que, conformément au paragraphe 2 de l’article 2 de la Convention, aucune circonstance exceptionnelle ne soit invoquée pour justifier une telle mesure, et d’envisager à cet effet des mesures de contrôle dans les aéroports, aux frontières et autres postes par lesquels des personnes peuvent être renvoyées dans leur pays;

g) D’intensifier ses efforts pour éviter tout acte non conforme à la Convention en ce qui concerne l’accueil des demandeurs d’asile sur son territoire et de renforcer la coopération entre l’Office national pour les réfugiés et le Ministère de l’intérieur;

h) De faire en sorte que toutes les personnes qui sont victimes d’une violation de leurs droits reconnus par la Constitution aient accès, aussi bien en droit qu’en pratique, aux moyens d’obtenir réparation, et bénéficient d’un droit exécutoire à une indemnisation équitable et suffisante;

i) De prendre des mesures pour améliorer les conditions dans les centres de détention, en particulier dans les lieux de détention provisoire, notamment en fermant les cinq derniers centres de détention en sous ‑sol, et de faire en sorte que tous les centres de détention assurent au moins un minimum d’activités en plein air aux détenus;

j) D’assurer une surveillance étroite de la violence entre prisonniers et d’autres formes de violence, y compris la violence sexuelle dans les centres de détention et les foyers, l’objectif étant de prévenir de tels phénomènes. L’État partie est invité à fournir des données ventilées sur ce problème dans son prochain rapport périodique;

k) De revoir le régime des détenus exécutant des peines de réclusion à perpétuité, notamment ceux d’entre eux qui n’ont pas la possibilité d’obtenir une libération conditionnelle.

34. Le Comité recommande à l’État partie de diffuser et de rendre publics en Bulgarie son rapport au Comité et les présentes conclusions et recommandations, dans les langues appropriées, par le biais des sites Web officiels, des médias et des organisations non gouvernementales.

35. Le Comité demande à l’État partie de fournir, dans un délai d’un an, des informations sur la suite donnée aux recommandations formulées au paragraphe 33 b), c), d), i) et k) ci ‑dessus.

36. Le Comité recommande à l’État partie de présenter son prochain rapport périodique le 25 juin 2008, date à laquelle son cinquième rapport périodique est attendu. Ce rapport devrait regrouper en un seul document ses quatrième et cinquième rapports périodiques.

CAMEROUN *

37.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique du Cameroun (CAT/C/34/Add.17) à ses 585e, 588e et 590e séances, tenues les 18, 19 et 20 novembre 2003 (CAT/C/SR.585, 588 et 590) et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

38.Le Comité accueille avec satisfaction le troisième rapport du Cameroun, qui a été établi conformément aux directives du Comité, et qui contient des réponses aux précédentes recommandations du Comité. Il remarque toutefois que le rapport, soumis fin 2002, ne couvre que la période 1996‑2000. Le Comité se félicite de la présence d’une délégation composée d’experts de haut niveau, qui a répondu aux nombreuses questions qui lui ont été posées.

B. Aspects positifs

39.Le Comité note avec satisfaction les éléments suivants:

a)L’effort accompli par l’État partie pour adopter des mesures législatives de mise en application de la Convention;

b)Le démantèlement en 2001, conformément à la recommandation du Comité, du commandement opérationnel de Douala, chargé de la lutte contre le grand banditisme;

c)L’augmentation du nombre de fonctionnaires de police, conformément à la recommandation du Comité;

d)Le projet de construire des prisons supplémentaires pour remédier à la surpopulation carcérale, et la mesure de grâce collective accordée en novembre 2002 permettant la libération immédiate de 1 757 détenus;

e)L’assurance donnée par la délégation selon laquelle la vérification de la situation individuelle des prévenus et des appelants devra à terme aboutir à l’élargissement de l’éventail des personnes en détention préventive, notamment les mineurs, les femmes et les malades;

f)Le projet de restructurer le Comité national des droits de l’homme et des libertés (CNDHL), en vue de lui conférer un plus grand degré d’indépendance vis‑à‑vis du pouvoir exécutif, et de donner une meilleure visibilité à son action;

g)La finalisation en cours d’une loi contre les violences faites aux femmes;

h)La création d’un comité technique ad hoc pour la mise en œuvre du Statut de Rome de la Cour pénale internationale, en vue de la ratification de ce Statut;

i)La création de neuf nouvelles juridictions en 2001.

C. Sujets de préoccupation

40.Le Comité rappelle qu’en 2000 il avait constaté que la torture semblait être une pratique fort répandue au Cameroun, et se déclare préoccupé par des informations faisant état de la persistance de cette situation. Il exprime son inquiétude face aux contradictions profondes existant entre les allégations concordantes faisant état de violations graves de la Convention et les informations apportées par l’État partie. Le Comité, en particulier, se déclare préoccupé par:

a)Des informations faisant état d’un usage systématique de la torture dans les commissariats de police et de gendarmerie, après l’arrestation;

b)La persistance d’une surpopulation extrême dans les prisons camerounaises, au sein desquelles les conditions de vie et d’hygiène mettraient en danger la santé et la vie des détenus, et équivaudraient à un traitement inhumain et dégradant. Les soins médicaux seraient payants, et la séparation des hommes et des femmes ne serait pas toujours garantie en pratique. Le Comité note avec inquiétude, en particulier, le nombre élevé de décès survenus à la prison centrale de Douala depuis le début de l’année (25 selon l’État partie, 72 selon les ONG);

c)Des informations faisant état de tortures, mauvais traitements et détentions arbitraires commis sous la responsabilité de certains chefs traditionnels, avec parfois l’appui des forces de l’ordre.

41.Le Comité constate avec préoccupation que:

a)Le projet de code de procédure pénale n’a toujours pas été adopté;

b)Le délai de garde à vue, selon le projet de code de procédure pénale, pourra être prorogé de 24 heures par 50 kilomètres séparant le lieu d’arrestation du lieu de garde à vue;

c)Les délais de garde à vue ne seraient pas respectés en pratique;

d)Les délais de garde à vue sont trop longs dans le cadre de la loi no 90/054 du 19 décembre 1990 contre le grand banditisme (15 jours renouvelables une fois), et de la loi no 90/047 du 19 décembre 1990 relative à l’état d’urgence (jusqu’à deux mois renouvelables une fois);

e)Le recours aux registres dans tous les lieux de détention n’a pas encore été systématisé;

f)Il n’existe pas de prescription légale fixant la durée maximale de la détention préventive;

g)Le système de supervision des lieux de détention n’est pas effectif, que la tutelle de l’administration pénitentiaire relève du Ministère de l’administration territoriale, que les commissions de surveillance des lieux de détention n’ont pu se réunir régulièrement, et que, selon certaines informations, les procureurs et le Comité national des droits de l’homme et des libertés ne visitent que rarement les lieux de détention;

h)La notion d’«ordre manifestement illégal» manque de précision, et comporte un risque de limiter le champ d’application de l’article 2, paragraphe 3, de la Convention;

i)Les appels formulés devant la juridiction administrative demandant l’annulation des mesures de reconduite à la frontière ne sont pas suspensifs, ce qui peut conduire à une violation de l’article 3 de la Convention.

42.Le Comité, tout en saluant l’effort accompli par l’État partie pour transmettre des informations relatives aux poursuites des agents de l’État coupables de violations des droits de l’homme, est préoccupé par des informations faisant état de l’impunité des auteurs d’actes de torture. Il s’inquiète en particulier:

a)De ce que les gendarmes ne peuvent être poursuivis, dans le cas d’infractions commises dans l’exercice de leurs fonctions, qu’après autorisation du Ministère de la défense;

b)D’informations selon lesquelles des poursuites auraient été effectivement engagées contre les auteurs de tortures dans les seuls cas où un décès de la victime était suivi de manifestations publiques;

c)Du fait que l’affaire dite des «Neuf de Bépanda» n’ait toujours pas été résolue à ce jour;

d)Du fait que les victimes ou leurs proches sont réticents à porter plainte, par ignorance, manque de confiance, et peur de représailles;

e)D’informations faisant état de la recevabilité de preuves obtenues sous la torture devant les juridictions.

43.Le Comité s’inquiète en outre:

a)De la compétence donnée aux tribunaux militaires pour juger des civils en cas d’infraction à la législation sur les armes de guerre et assimilées;

b)De l’absence de législation interdisant les mutilations génitales féminines;

c)Du fait que le Code pénal organise l’exemption de peine de l’auteur d’un viol si celui‑ci se marie avec la victime.

D. Recommandations

44. Le Comité exhorte l’État partie à prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à la pratique de la torture sur son territoire. Il recommande que l’État partie:

a) Fasse cesser immédiatement la torture dans les commissariats de police, les gendarmeries et les prisons. L’État partie devrait assurer une supervision effective de ces lieux de détention, permettre aux ONG d’y effectuer des visites, et renforcer les capacités des commissions de surveillance des prisons. Le CNDHL et les procureurs devraient effectuer des visites plus fréquentes dans tous les lieux de détention;

b) Procède immédiatement à une enquête indépendante relative aux décès survenus dans la prison centrale de Douala, et traduise en justice les responsables;

c) Adopte des mesures urgentes pour faire baisser le taux de surpopulation carcérale. L’État partie devrait adopter une loi fixant la durée maximale de la détention préventive, envisager de libérer immédiatement les délinquants ou suspects emprisonnés pour la première fois pour des infractions mineures, en particulier s’ils sont âgés de moins de 18 ans, ceux ‑ci ne devant pas être incarcérés tant que le problème de la surpopulation carcérale n’aura pas été réglé;

d) Garantisse la gratuité des soins dans les prisons, assure en pratique le droit des détenus à une nourriture suffisante, et rende effective la séparation des hommes et des femmes;

e) Fasse cesser immédiatement les tortures, mauvais traitements et détentions arbitraires commis sous la responsabilité des chefs traditionnels du Nord. Le Comité, prenant acte de l’assurance de la délégation selon laquelle des poursuites sont engagées en de tels cas, recommande à l’État partie d’accroître ses efforts. Les populations concernées devraient être dûment informées de leurs droits et des limites de l’autorité et des pouvoirs de ces chefs traditionnels.

45. Le Comité recommande en outre que l’État partie:

a) Adopte de toute urgence et assure la mise en œuvre effective d’une loi énonçant le droit de toutes les personnes gardées à vue, dans les premières heures de la détention, d’accéder à un avocat de leur choix et à un médecin indépendant, et d’informer leurs proches de leur détention. Le Comité rappelle en outre que toute prolongation de garde à vue devrait être autorisée par un magistrat;

b) Renonce, dans son projet de code de procédure pénale, à la possibilité de proroger le délai de garde à vue en fonction de la distance qui sépare le lieu d’arrestation du lieu de garde à vue, et assure le strict respect des délais de garde à vue en pratique;

c) Fasse en sorte que les gardes à vue effectuées en vertu de la loi sur l’état d’urgence se conforment aux normes internationales en matière de droits de l’homme, et qu’elles n’excèdent pas une durée supérieure à celle requise par les exigences de la situation. L’État partie devrait supprimer les possibilités de gardes à vue administrative et militaire;

d) Systématise de toute urgence le recours aux registres dans tous les lieux de détention;

e) Sépare la police des autorités chargées des prisons, par exemple en transférant la tutelle de l’administration pénitentiaire au Ministère de la justice;

f) Clarifie la notion d’«ordre manifestement illégal», de façon à ce que les agents de l’État, en particulier les agents de police, les militaires, les gardiens de prison, les magistrats et avocats, en mesurent clairement les implications. Une formation spécifique devrait être assurée à ce propos;

g) Confère un caractère suspensif à l’appel d’un étranger contre la décision de la juridiction administrative de confirmer une mesure de reconduite à la frontière.

46. Le Comité recommande à l’État partie de multiplier ses efforts pour mettre fin à l’impunité des auteurs d’actes de torture, en particulier en:

a) Enlevant toutes restrictions, en particulier par le Ministère de la défense, aux poursuites des gendarmes, et en donnant compétence aux juridictions de droit commun pour connaître des infractions commises par des gendarmes dans l’exercice de leurs fonctions en matière de police judiciaire;

b) Poursuivant son enquête pour résoudre l’affaire des «Neuf de Bépanda». Le Comité recommande également qu’une enquête approfondie soit opérée sur les agissements du commandement opérationnel de Douala pendant la durée de son fonctionnement, et, par extension, sur toutes les unités antigangs qui seraient encore actuellement en service;

c) Veillant à ce que ses autorités compétentes procèdent immédiatement à une enquête impartiale, chaque fois qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis. À cette fin, le Comité recommande que soit créé un organe indépendant habilité à recevoir et instruire toutes les plaintes faisant état de tortures ou autres mauvais traitements infligés par des agents de l’État;

d) Assurant la protection des victimes et des témoins contre toute intimidation ou mauvais traitement, et en informant la population de ses droits, notamment en matière de plainte contre les agents de l’État;

e) Adoptant dans les plus brefs délais une loi rendant irrecevables les preuves obtenues sous la torture dans toutes procédures, et assurant sa mise en œuvre dans la pratique.

47. Le Comité recommande en outre aux autorités camerounaises:

a) De procéder à la réforme du CNDHL en vue d’un meilleur respect des Principes concernant le statut et le fonctionnement des institutions nationales pour la protection et la promotion des droits de l’homme (Principes de Paris);

b) De limiter la compétence des tribunaux militaires aux infractions purement militaires;

c) D’édicter une loi relative à l’interdiction des mutilations génitales féminines;

d) De revoir sa législation en vue de mettre fin à l’exemption de peine de l’auteur d’un viol si celui ‑ci se marie avec la victime;

e) De songer à ratifier le Protocole facultatif à la Convention contre la torture.

48. Le Comité recommande que les présentes conclusions et recommandations, de même que les comptes rendus analytiques des séances consacrées à l’examen du troisième rapport périodique de l’État partie, soient largement diffusées dans le pays dans les langues appropriées.

49. Le Comité recommande que le prochain rapport périodique contienne des informations précises sur les garanties minimales actuelles en matière de contrôle juridictionnel et de droits des personnes gardées à vue, et sur leur mise en œuvre dans la pratique.

50. Le Comité demande à l’État partie de lui fournir d’ici un an des renseignements sur la suite que celui ‑ci aura donnée à ses recommandations figurant aux paragraphes 46 b) et c); 47 c) et d); et 48 a) ci ‑dessus. En particulier, le Comité désire recevoir des informations précises sur les poursuites et sanctions prononcées contre des chefs traditionnels, et les faits qui leur ont été reprochés. Un état détaillé de la situation dans la prison centrale de Douala est également attendu.

CHILI *

51.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique du Chili (CAT/C/39/Add.5 et Corr.1) à ses 602e et 605e séances (CAT/C/SR.602 et 605), les 10 et 11 mai 2004, et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

52.Le Comité accueille avec satisfaction la présentation du troisième rapport périodique du Chili qui était demandé pour 1997 et qui a été établi conformément aux directives du Comité. Il regrette toutefois qu’il ait été présenté en retard.

53.Le Comité accueille avec satisfaction le complément d’information apporté par l’État partie et les longues réponses riches de renseignements données par écrit et oralement aux questions adressées par le Comité avant la session et pendant l’examen du rapport. Le Comité se félicite également de la présence d’une délégation nombreuse et très compétente qui a permis un examen exhaustif et approfondi de la façon dont l’État partie s’acquitte de ses obligations en vertu de la Convention.

B. Aspects positifs

54.Le Comité prend note des aspects positifs suivants:

a)La qualification du délit de torture dans la législation pénale;

b)La réforme en profondeur du Code de procédure pénale, en particulier les modifications visant à améliorer la protection des personnes privées de liberté;

c)La création du service de défense publique au pénal et du ministère public;

d)L’abrogation des dispositions relatives à «l’arrestation sur simple soupçon»;

e)La réduction de la durée de la garde à vue qui désormais ne doit pas dépasser 24 heures;

f)Les assurances donnée par la délégation de l’État partie qui a indiqué que la Convention était directement applicable par les tribunaux;

g)La création de la Commission nationale sur l’emprisonnement politique et la torture chargée d’identifier les personnes qui ont été privées de liberté et torturées pour des raisons politiques pendant la dictature militaire, et l’assurance donnée par la délégation de l’État partie que le mandat de cet organe sera prolongé de façon à lui permettre d’achever son travail;

h)L’assurance que des mécanismes ont été créés afin de garantir qu’aucun témoignage obtenu sous la torture ne sera jugé recevable par les tribunaux donnée par la délégation de l’État partie, qui a également reconnu le grave problème constitué par les aveux obtenus par la contrainte de femmes qui vont à l’hôpital public pour se faire soigner d’urgence après un avortement clandestin;

i)La confirmation que les organisations non gouvernementales sont autorisées à visiter périodiquement les centres de détention;

j)Le fait que l’État partie a déclaré reconnaître la compétence du Comité en vertu des articles 21 et 22 de la Convention permettant ainsi à d’autres États parties (art. 21) et à des particuliers (art. 22) de soumettre au Comité des plaintes le concernant;

k)L’information donnée par la délégation de l’État partie qui a signalé que le processus de ratification du Protocole facultatif à la Convention contre la torture avait été engagé.

C. Facteurs et difficultés entravant la mise en œuvre de la Convention

55.Les arrangements constitutionnels conclus dans le cadre de l’accord politique qui a permis le passage de la dictature militaire à la démocratie compromettent le plein exercice de certains droits fondamentaux, comme l’affirme l’État partie dans son rapport. Le Comité n’ignore pas les dimensions politiques de ces arrangements et les difficultés que cela implique et constate que plusieurs gouvernements ont soumis des amendements constitutionnels au Congrès dans des circonstances analogues. Il souligne toutefois que les conditions politiques internes ne peuvent pas servir de justification à l’inexécution par l’État partie des obligations qui lui incombent en vertu de la Convention.

D. Sujets de préoccupation

56.Le Comité est préoccupé par les éléments ci‑après:

a)Les plaintes faisant état de la persistance des mauvais traitements, dans certains cas équivalant même à des actes de torture, commis par les carabiniers, les membres de la police de la sûreté et les membres de l’administration pénitentiaire, et le fait que ces plaintes ne fassent pas l’objet d’une enquête approfondie et impartiale;

b)Le maintien en vigueur de certaines dispositions constitutionnelles qui entravent le plein exercice des droits fondamentaux, ainsi que du décret‑loi d’amnistie qui empêche de juger les responsables de violations des droits de l’homme commises entre le 11 septembre 1973 et le 10 mars 1978, qui consacre l’impunité des responsables de tortures, de disparitions et d’autres violations graves des droits de l’homme commises pendant la dictature militaire et entérine l’absence de réparation pour les victimes de torture;

c)La définition de la torture figurant dans le Code pénal n’est pas parfaitement conforme à l’article premier de la Convention et ne précise pas suffisamment deux éléments de l’article premier, le but des actes de la torture et l’assentiment des agents de l’État;

d)Le fait que le corps des carabiniers et la police de la sûreté continuent de relever du Ministère de la défense ce qui a pour résultat, entre autres choses, que la juridiction militaire a toujours une compétence excessivement étendue;

e)Les renseignements selon lesquels certains fonctionnaires impliqués dans des actes de torture pendant la dictature ont été nommés à de hautes fonctions officielles;

f)L’absence, dans l’ordre juridique interne, de dispositions qui interdisent expressément d’expulser, de refouler et d’extrader une personne vers un autre État où il y a des motifs de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture ainsi que l’absence de dispositions régissant l’application des articles 5, 6, 7 et 8 de la Convention;

g)Les attributions limitées de la Commission nationale sur l’emprisonnement politique et la torture, dont la mission est de rechercher les personnes qui ont été victimes de tortures sous le régime militaire et de définir les conditions à remplir pour obtenir réparation. En particulier, le Comité relève avec préoccupation:

i)Que les victimes présumées disposent d’un délai court pour se faire inscrire sur le registre de la Commission ce qui fait que le nombre de personnes inscrites est inférieur aux prévisions;

ii)Que les types d’actes considérés comme des actes de torture par la Commission ne sont pas clairement déterminés;

iii)Que, d’après des renseignements reçus, les plaintes qui ne sont pas déposées en personne ne sont pas admises, même quand l’intéressé est dans l’incapacité de se déplacer pour raison de maladie;

iv)Qu’il est impossible pour les personnes qui ont obtenu une réparation en tant que victimes d’autres violations des droits de l’homme (par exemple, disparitions forcées ou exil) de s’inscrire sur ce registre;

v)Qu’une indemnisation «modérée et symbolique» n’est pas équivalente à la réparation «équitable et adéquate» garantie à l’article 14 de la Convention;

vi)Que la Commission n’a pas le pouvoir d’enquêter sur les plaintes pour torture afin d’identifier les responsables en vue de les traduire en justice;

h)Le grave problème du surpeuplement et les conditions généralement insatisfaisantes dans les établissements de détention et le fait que, d’après les informations reçues, les lieux de détention ne soient pas inspectés systématiquement;

i)Le maintien aux articles 334 et 335 du Code de justice militaire de la règle du devoir d’obéissance, malgré les dispositions qui consacrent le droit du subordonné de soulever une objection quand un ordre implique la perpétration d’un acte prohibé;

j)Le fait que, d’après les informations reçues, les femmes dont la vie est mise en danger par les complications d’un avortement clandestin ne peuvent recevoir les soins requis par leur état qu’à condition de révéler le nom de la personne qui a pratiqué l’avortement. Ces aveux seraient utilisés ensuite à charge contre elles‑mêmes et des tiers, en infraction aux dispositions de la Convention;

k)Le report de l’entrée en vigueur du nouveau Code de procédure pénale dans la région métropolitaine jusqu’à la fin de 2005;

l)Le faible nombre de cas de disparitions élucidés avec les renseignements donnés par l’armée malgré les efforts du Gouvernement qui a créé la «table de dialogue»;

m)L’absence de données ventilées concernant les plaintes déposées et l’issue des enquêtes et des actions en justice dans le contexte des dispositions de la Convention;

n)L’insuffisance des renseignements sur l’application de la Convention dans le cadre des activités des forces armées.

E. Recommandations

57. Le Comité recommande à l’État partie:

a) D’adopter une définition de la torture conforme à l’article premier de la Convention, en veillant à ce que toutes les formes de torture soient prises en compte;

b) De réviser la Constitution de façon à garantir la protection pleine et entière des droits de l’homme, y compris le droit de ne pas être soumis à la torture et à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants conformément à la Convention et, à cette fin, d’abroger le décret ‑loi d’amnistie;

c) De transférer au Ministère de l’intérieur le pouvoir de contrôle du corps des carabiniers et de la police de la sûreté actuellement conféré au Ministère de la défense et de veiller à ce que la compétence des tribunaux militaires soit limitée aux infractions de caractère militaire;

d) De supprimer dans le Code de justice militaire la règle du devoir d’obéissance qui peut aboutir à une défense justifiée par les ordres donnés par des supérieurs, afin de rendre cette disposition conforme au paragraphe 3 de l’article 2 de la Convention;

e) D’adopter toutes les mesures nécessaires afin de garantir que toutes les plaintes pour torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants fassent immédiatement l’objet d’une enquête approfondie et impartiale et que les auteurs soient poursuivis et punis, que les victimes soient indemnisées équitablement et de manière adéquate, conformément aux dispositions de la Convention;

f) D’envisager la possibilité de supprimer la prescription pour le délit de torture ou d’étendre le délai de prescription actuellement de 10 ans, compte tenu de la gravité du délit;

g) D’adopter des dispositions visant à interdire l’extradition, le refoulement ou l’expulsion d’une personne vers un État où elle risque d’être soumise à la torture;

h) D’adopter des mesures législatives afin d’établir clairement la place de la Convention dans l’ordre juridique interne et de garantir ainsi l’application de ses dispositions, ou d’adopter un texte législatif spécifique qui incorpore ses dispositions;

i) D’élaborer des programmes de formation sur la teneur de la Convention à l’intention des juges, des procureurs et des responsables de l’application de la loi. Ces programmes devront mettre en relief l’interdiction de la torture et des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et seront également destinés aux membres des forces armées, de la police et autres organes de maintien de l’ordre et à quiconque participe à un titre ou à un autre aux arrestations et aux interrogatoires ou a affaire à des personnes se trouvant dans une situation où elles risquent d’être soumises à la torture. L’État partie doit en outre veiller à ce que les médecins reçoivent une formation spécifique leur permettant de détecter et de prouver que la torture a été pratiquée;

j) D’améliorer les conditions de détention afin de les rendre conformes aux normes internationales et de prendre d’urgence des mesures pour atténuer le problème du surpeuplement dans les prisons et autres lieux de détention. De plus, l’État partie doit mettre en place un système effectif d’inspection permettant de surveiller les conditions de détention, le traitement des détenus, la violence entre prisonniers et les agressions sexuelles en prison;

k) De proroger le mandat de la Commission nationale de l’emprisonnement politique et de la torture et de lui donner des pouvoirs plus étendus de façon à lui permettre de recevoir des plaintes pour toutes les formes de torture, y compris les agressions sexuelles. À cette fin, le Comité recommande à l’État partie:

i) D’adopter des mesures pour faire mieux connaître le travail de la Commission, en faisant appel à tous les organes d’information et en précisant la définition de la torture par l’inclusion, dans les formulaires que les victimes doivent remplir, d’une liste non exhaustive énonçant différentes formes de torture, au nombre desquelles l’agression sexuelle;

ii) De garantir que les victimes qui s’inscrivent sur le registre de la Commission puissent le faire confidentiellement et que les personnes qui vivent en zone rurale ou qui pour différentes raisons ne peuvent pas se présenter en personne puissent s’inscrire tout de même;

iii) D’inclure dans le rapport final de la Commission des données désagrégées, notamment selon le sexe et l’âge de la victime et la nature de l’acte de torture infligé;

iv) D’étudier la possibilité d’étendre le mandat de la Commission pour lui permettre de mener des enquêtes qui pourront aboutir, dans les cas justifiés, à l’ouverture de poursuites pénales contre les responsables présumés des actes dénoncés;

l) De mettre en place un système permettant d’assurer aux victimes de la torture une réparation équitable et adéquate, comprenant des mesures de réadaptation et d’indemnisation;

m) De faire cesser la pratique consistant à arracher des aveux aux femmes qui ont subi un avortement clandestin et qui vont à l’hôpital pour recevoir des soins d’urgence, en vue de poursuites pénales; de rechercher et de faire réviser les condamnations prononcées dans les affaires pour lesquelles les déclarations obtenues sous la contrainte dans de tels cas ont été admises en tant que preuve et de prendre les mesures correctrices qui s’imposent, notamment l’annulation des condamnations qui ne sont pas conformes aux dispositions de la Convention. Conformément aux directives de l’Organisation mondiale de la santé, l’État partie doit garantir que toute personne dont l’état nécessite des soins médicaux d’urgence soit traitée immédiatement et sans condition;

n) De veiller à ce que le nouveau Code de procédure pénale soit appliqué le plus tôt possible dans la région métropolitaine pour que ses dispositions puissent être pleinement en vigueur dans l’ensemble du pays;

o) D’introduire des dispositions dans le cadre de la réforme du système de justice pénale, pour protéger les personnes susceptibles de subir un nouveau traumatisme du fait de la procédure judiciaire elle ‑même, pendant les procès pour des délits tels que les mauvais traitements de mineurs et les agressions sexuelles;

p) De donner au Comité des renseignements à jour sur l’état d’avancement des enquêtes sur les faits de torture commis dans le passé, notamment dans les affaires connues sous les noms de «la caravane de la mort», l’«opération Condor» et la «Colonia Dignidad»;

q) De donner des statistiques détaillées et ventilées par âge, par sexe et par région sur les plaintes déposées pour des actes de torture et des mauvais traitements imputés à des agents des forces de l’ordre, ainsi que sur les enquêtes, les poursuites et les condamnations éventuelles.

58. Le Comité demande à l’État partie de lui faire tenir au plus tard dans un délai d’un an des renseignements sur la suite qu’il aura donnée aux recommandations formulées aux alinéas  k , m et  q du paragraphe 57.

59. Étant donné que l’État partie a donné des renseignements sur l’application de la Convention au cours de la période couverte par les troisième et quatrième rapports périodiques, le Comité lui recommande de lui soumettre son cinquième rapport au plus tard le 29 octobre 2005.

COLOMBIE *

60.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique de la Colombie (CAT/C/39/Add.4) à ses 575e et 578e séances, les 11 et 12 novembre 2003 (CAT/C/SR.575 et 578) et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

61.Le Comité accueille avec satisfaction le troisième rapport périodique de la Colombie, soumis le 17 janvier 2002, tout en regrettant qu’il l’ait été avec cinq ans de retard. Il relève que le rapport contient peu de renseignements sur l’application pratique de la Convention pendant la période sur laquelle il porte. Il accueille toutefois avec satisfaction les réponses exhaustives apportées oralement par la délégation à la plupart des questions posées par des membres du Comité, ainsi que les statistiques données pendant l’examen du rapport.

B. Aspects positifs

62.Le Comité prend note avec satisfaction de l’adoption par l’État partie de plusieurs textes législatifs utiles pour la prévention et la répression des actes de torture et de mauvais traitements, en particulier les suivants:

a)Le nouveau Code pénal (loi no 599/2000) où sont qualifiés les délits de torture, de génocide, de disparition forcée et de déplacement forcé. Le Code dispose en outre que le devoir d’obéissance ne sera pas considéré comme une cause d’exonération de la responsabilité s’agissant de ce type d’infraction;

b)Le nouveau Code pénal militaire (loi no 522/1999) qui exclut de la compétence de la juridiction pénale militaire les délits de torture, génocide et disparition forcée et régit le principe du devoir d’obéissance;

c)La loi no 548/1999, qui interdit le recrutement de mineurs de 18 ans dans les forces armées;

d)Le nouveau Code de procédure pénale (loi no 600/2000) qui dispose dans son titre VI que les preuves obtenues par des moyens illégaux ne sont pas recevables.

63.Le Comité accueille avec satisfaction:

a)La loi no 742/2000 portant ratification du Statut de Rome de la Cour pénale internationale; l’instrument de ratification a été déposé le 5 août 2002;

b)La loi no 707/2001 portant ratification de la Convention interaméricaine sur la disparition forcée des personnes.

64.Le Comité se déclare également satisfait de:

a)La déclaration de la représentante de l’État partie qui a affirmé qu’il n’y avait pas eu et qu’il n’y aurait pas d’amnistie ou de grâce pour les délits de torture en Colombie;

b)Le rôle positif joué par la Cour constitutionnelle dans la défense de la légalité;

c)La poursuite de la collaboration entre le bureau du Haut‑Commissariat aux droits de l’homme en Colombie et le Gouvernement colombien.

C. Facteurs et difficultés entravant la mise en œuvre de la Convention

65.Le Comité est conscient des difficultés que la situation interne complexe que connaît le pays actuellement pose pour le respect des droits de l’homme et du droit international humanitaire, en particulier du fait de l’action de groupes armés illégaux. Il réaffirme toutefois que, conformément à l’article 2 de la Convention, aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, ne peut être invoquée pour justifier le recours à la torture.

D. Sujets de préoccupation

66.Le Comité réaffirme sa préoccupation face au grand nombre d’actes de torture et de mauvais traitements qui seraient commis de façon généralisée et habituelle par les forces et les corps de sécurité de l’État en Colombie, tant dans le cadre d’opérations armées qu’en situation ordinaire. Il s’inquiète en outre, du grand nombre de disparitions forcées et d’exécutions arbitraires.

67.Le Comité relève avec inquiétude que différentes mesures adoptées ou en cours d’adoption par l’État partie pour lutter contre le terrorisme ou contre des groupes armés illégaux pourraient favoriser la pratique de la torture. À ce sujet, il se déclare particulièrement préoccupé par les éléments suivants:

a)Le recrutement de «paysans soldats» à temps partiel, qui continuent à vivre dans leur communauté mais participent à des opérations armées contre la guérilla, de sorte qu’eux‑mêmes et leur communauté peuvent être la cible d’actions des groupes armés illégaux, y compris d’actes de torture et de mauvais traitements;

b)Le projet de loi de réforme constitutionnelle no 223 de 2003 qui, s’il est adopté, semblerait attribuer des pouvoirs de police judiciaire aux forces armées et permettre de détenir et d’interroger un suspect, pendant une période pouvant aller jusqu’à 36 heures, sans contrôle judiciaire.

68.Le Comité est également préoccupé par ce qui suit:

a)Le climat d’impunité entourant les violations des droits de l’homme commises par les forces et corps de sécurité de l’État et en particulier l’absence d’enquêtes rapides, impartiales et exhaustives sur les nombreux cas d’actes de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et l’absence de réparation et d’indemnisation adéquate pour les victimes;

b)Les allégations selon lesquelles les agents de l’État partie toléreraient, appuieraient ou approuveraient les activités des membres des groupes paramilitaires appelés «groupes d’autodéfense», qui sont responsables d’un grand nombre d’affaires de torture et de mauvais traitements;

c)Le projet de réforme de la justice qui, s’il est approuvé, prévoirait, d’après certaines sources, des restrictions constitutionnelles à l’action en protection (amparo) et diminuerait les compétences de la Cour constitutionnelle, en particulier en matière de contrôle des déclarations d’états d’exception. Le Comité est préoccupé en outre par le projet de loi sur «l’alternative pénale» qui, s’il est approuvé, accorderait le bénéfice d’une suspension conditionnelle de la peine aux membres des groupes armés qui déposent volontairement les armes, même s’ils ont commis des actes de torture et autres infractions graves au droit international humanitaire;

d)Les allégations et informations concernant:

i)La démission forcée de quelques fonctionnaires du service des droits de l’homme de la Fiscalía General de la Nación, ainsi que les menaces graves reçues par certains membres de ce service en rapport avec leurs enquêtes sur les affaires de violation des droits de l’homme;

ii)La protection insuffisante contre le viol et les autres sortes de violences sexuelles qui seraient souvent utilisées comme formes de torture et de mauvais traitements. Le Comité relève en outre avec préoccupation que le nouveau Code pénal militaire n’exclut pas expressément de la juridiction militaire les délits à caractère sexuel;

iii)Le fait que les tribunaux militaires continueraient à mener des enquêtes sur des délits totalement exclus de leur compétence, comme le délit de torture, de génocide et de disparition forcée, dans lesquels seraient impliqués des membres des forces de l’ordre, en dépit de la promulgation du nouveau Code pénal militaire et de l’arrêt de la Cour constitutionnelle de 1997 qui a statué que les actes constitutifs de crimes contre l’humanité ne relèvent pas de la compétence de la juridiction pénale militaire;

iv)Les agressions graves généralisées dont font l’objet les défenseurs des droits de l’homme qui jouent un rôle essentiel en dénonçant les actes de torture et de mauvais traitements; de la même manière, les agressions répétées contre des membres du pouvoir judiciaire, qui mettent en danger leur indépendance et leur intégrité physique;

e)Le grand nombre de cas de déplacement forcé de groupes de population provoqués par le conflit armé et l’insécurité qui règnent dans leur propre région, compte tenu de l’absence permanente dans ces régions de structures publiques chargées d’appliquer et de faire appliquer la loi;

f)La surpopulation et les mauvaises conditions matérielles régnant dans les établissements pénitentiaires, qui pourraient s’apparenter à des traitements inhumains et dégradants;

g)L’absence d’information sur l’application de l’article 11 de la Convention, en ce qui concerne les dispositions prises par l’État partie pour la garde et le traitement des personnes arrêtées, détenues ou emprisonnées, ainsi que les indications reçues par le Comité alléguant que l’État n’honore pas ses obligations en la matière;

h)L’absence d’information satisfaisante sur les dispositions en vigueur dans l’ordre juridique interne qui soient de nature à garantir l’application de l’article 3 de la Convention aux affaires de refoulement ou d’expulsion d’étrangers quand ces étrangers courent le risque d’être soumis à la torture dans le pays de destination.

E. Recommandations

69. Le Comité recommande à l’État partie d’adopter toutes les mesures voulues pour empêcher les actes de torture et de mauvais traitements commis sur le territoire de Colombie, en particulier:

a) De prendre des mesures énergiques pour faire cesser l’impunité des responsables présumés d’actes de torture et de mauvais traitements; de mener des enquêtes rapides, impartiales et exhaustives; de poursuivre les auteurs présumés d’actes de torture et de traitements inhumains; d’indemniser de manière adéquate les victimes. Il recommande en particulier de réexaminer la question de l’adoption du projet de loi sur «l’alternative pénale» à la lumière des obligations qui lui incombent en vertu de la Convention;

b) De réexaminer également, à la lumière de l’obligation de prévenir la torture et les mauvais traitements contractée en vertu de la Convention:

i) La question du recrutement de «paysans soldats»;

ii) L’adoption de mesures qui sembleraient conférer des pouvoirs de police judiciaire aux forces armées et autoriser les interrogatoires et les détentions de suspects pendant de longues périodes sans contrôle judiciaire;

iii) Le projet de réforme de la justice, afin d’assurer l’application sans restriction de l’action en protection ( amparo ) et de respecter et d’encourager le rôle de la Cour constitutionnelle dans la défense de la légalité;

c) De veiller à ce que toutes les personnes, en particulier les agents de l’État, qui commanditent, planifient, fomentent ou financent les opérations de groupes paramilitaires, appelés «groupes d’autodéfense», responsables d’actes de torture, ou y participent de toute autre manière soient identifiées, arrêtées, suspendues de leurs fonctions et traduites en justice;

d) De garantir que les membres du service des droits de l’homme de la Fiscalía General de la Nación puissent mener à bien leur mission de façon indépendante et impartiale et dans des conditions de sécurité, et de les doter des moyens nécessaires pour s’acquitter de leurs fonctions de manière efficace;

e) De mener des enquêtes en vue de poursuivre et de punir les responsables de viols et autres formes de violences sexuelles, y compris les affaires de cette nature qui se sont produites dans le cadre d’opérations contre des groupes armés illégaux;

f) De veiller, dans les affaires d’atteinte au droit à la vie, à rechercher les signes de torture et en particulier de violences sexuelles que la victime pourrait présenter. Ces données devraient figurer dans les rapports de médecine légale afin que l’on puisse enquêter non seulement sur l’homicide mais aussi sur les faits de torture. Le Comité recommande en outre à l’État partie de faire le nécessaire pour que les médecins reçoivent une formation professionnelle leur permettant de détecter les cas de torture et de toute autre forme de mauvais traitements;

g) De respecter et de faire respecter efficacement les dispositions du Code pénal militaire qui excluent le délit de torture du champ de compétence de la juridiction pénale militaire;

h) D’adopter des mesures efficaces visant à protéger les défenseurs des droits de l’homme contre le harcèlement, les menaces et autres agressions et de donner dans son prochain rapport des renseignements sur les décisions judiciaires et toutes autres mesures qui auront pu être adoptées dans ce sens. Il recommande en outre l’adoption de mesures efficaces pour assurer la protection de l’intégrité physique des membres du pouvoir judiciaire et leur indépendance;

i) D’adopter des mesures efficaces pour améliorer les conditions matérielles dans les établissements de détention et de remédier au surpeuplement actuel;

j) De veiller à ce que les personnes soumises à une forme quelconque d’arrestation, de détention ou d’emprisonnement soient traitées conformément aux normes internationales, afin d’éviter tout cas de torture ou de traitements cruels, inhumains ou dégradants;

k) De donner dans son prochain rapport périodique des renseignements sur les dispositions en vigueur dans l’ordre juridique interne qui garantissent le non ‑refoulement d’une personne vers un État où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture;

l) De faire les déclarations prévues aux articles 21 et 22 de la Convention et de ratifier le Protocole facultatif à la Convention;

m) De diffuser largement dans l’État partie les conclusions et recommandations du Comité;

n) De faire parvenir au Comité d’ici un an des renseignements sur les mesures concrètes prises pour donner effet aux recommandations formulées aux alinéas  b , d , f , et h .

CROATIE *

70.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique de la Croatie (CAT/C/54/Add.3) à ses 598e et 601e séances, les 6 et 7 mai 2004 (CAT/C/SR.598 et 601), et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

71.Le Comité accueille avec satisfaction le troisième rapport périodique de la Croatie, tout en notant qu’il n’a pas été établi en totale conformité avec les directives pour l’élaboration des rapports périodiques. Le Comité se félicite toutefois des informations données oralement par la délégation de l’État partie et du dialogue constructif qui a eu lieu pendant l’examen du rapport.

B. Aspects positifs

72.Le Comité relève avec satisfaction les efforts que l’État partie continue de déployer en vue de réformer sa législation afin de mieux protéger les droits de l’homme, notamment le droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants et notamment:

a)L’adoption en juin 2003 de la loi sur l’asile qui devrait entrer en vigueur en juillet 2004 et qui définit la procédure applicable en matière d’asile dans l’État partie;

b)L’entrée en vigueur en février 2004 de la nouvelle loi sur les étrangers qui comprend une disposition interdisant l’expulsion des personnes qui risqueraient d’être soumises à la torture si elles étaient renvoyées dans leur pays;

c)L’entrée en vigueur en janvier 2001 de la loi sur les forces de police, qui régit l’utilisation des mesures de contrainte, notamment le recours aux armes à feu;

d)L’entrée en vigueur en 2001 de la loi sur l’exécution des peines d’emprisonnement, qui régit le traitement des détenus et définit leurs droits.

73.Le Comité se félicite de:

a)La signature en septembre 2003 du Protocole facultatif à la Convention contre la torture et de l’assurance donnée par le représentant de l’État partie que la ratification de cet instrument est envisagée;

b)La ratification en mai 2001 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

74.Le Comité prend note avec satisfaction de l’assurance donnée par le représentant de l’État partie que la loi d’amnistie de 1996 n’a pas été appliquée aux auteurs d’actes de torture.

75.Le Comité prend également note avec satisfaction de l’assurance donnée par le représentant de l’État partie que chaque détenu dispose d’une surface habitable d’au moins 4 m2.

76.Le Comité se félicite que l’État partie ait adressé aux titulaires de mandat dans le cadre des procédures spéciales de la Commission des droits de l’homme une invitation permanente à se rendre dans le pays.

C. Sujets de préoccupation

77.Le Comité fait part de ses préoccupations sur les points suivants:

a)Concernant les actes de torture et les mauvais traitements qui auraient eu lieu pendant le conflit armé de 1991‑1995 dans l’ancienne Yougoslavie:

i)L’État partie n’aurait pas procédé immédiatement à une enquête approfondie et impartiale, n’aurait pas engagé des poursuites contre les auteurs des actes incriminés ni indemnisé les victimes équitablement et de manière adéquate;

ii)Les prévenus croates auraient été traités de manière plus favorable que les prévenus serbes, à tous les stades de la procédure, lors des procès pour crimes de guerre;

iii)Les témoins et les victimes appelés à témoigner auraient subi des mesures de harcèlement et d’intimidation et reçu des menaces, et la protection offerte par l’État partie aurait été insuffisante;

b)Le fait que, à ce jour, aucun individu n’ait été poursuivi ou condamné pour crime en vertu de l’article 176 du Code pénal, qui incrimine la torture et les autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants;

c)Le fait que, selon certaines sources, les personnes privées de liberté n’aient pas rapidement et suffisamment accès à l’assistance d’un avocat et d’un médecin et ne puissent pas communiquer avec leur famille;

d)Concernant les demandeurs d’asile et les immigrants clandestins:

i)Les mauvaises conditions de détention qui règnent au Centre d’accueil pour étrangers de Jezevo, notamment les mauvaises conditions d’hygiène et le peu de possibilités de se distraire;

ii)Les actes de violence qui auraient été commis contre les personnes retenues au Centre d’accueil pour étrangers de Jezevo et le fait que des enquêtes impartiales n’aient pas été immédiatement engagées à ce sujet;

iii)La privation de liberté des demandeurs d’asile et des immigrants clandestins pendant de longues périodes;

e)Le fait que, selon certaines sources, l’État partie n’ait pas traité le problème de la violence et des brimades entre les enfants et les jeunes adultes placés dans des établissements de protection sociale;

f)Le fait que, selon des informations, l’État partie n’ait pas empêché les agressions violentes commises par des personnes n’appartenant pas à l’État à l’encontre de membres de minorités ethniques et autres, et n’ait pas procédé dans les meilleurs délais à une enquête approfondie;

g)Les mauvaises conditions de détention provisoire, les détenus passant jusqu’à 22 heures par jour dans leur cellule sans aucune activité réelle.

D. Recommandations

78. Le Comité recommande à l’État partie:

a) De prendre des mesures effectives pour que toutes les allégations de torture et autres traitements cruels, inhumains ou dégradants fassent rapidement l’objet d’une enquête approfondie et impartiale, que les responsables soient poursuivis et punis comme il convient, quelle que soit leur origine ethnique, et que les victimes soient indemnisées de manière équitable et appropriée;

b) De coopérer pleinement avec le Tribunal pénal international pour l’ex ‑Yougoslavie, notamment en veillant à ce que toutes les personnes inculpées se trouvant sur son territoire soient arrêtées et déférées au Tribunal;

c) De veiller à l’application de la législation relative à la protection des témoins et des autres participants aux procès et de veiller à ce que des fonds suffisants soient alloués à la mise en œuvre d’un programme efficace et complet de protection des témoins;

d) De faire en sorte que les juges, les procureurs et les avocats soient parfaitement informés des obligations internationales de la Croatie dans le domaine des droits de l’homme, et en particulier les droits consacrés par la Convention;

e) De prendre des mesures pour garantir dans la pratique le droit de toutes les personnes privées de liberté de consulter rapidement un conseil et un médecin de leur choix, ainsi que de prendre contact avec leur famille;

f) D’adopter toutes les mesures qui s’imposent pour améliorer les conditions matérielles dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile et immigrants et de garantir l’intégrité physique et psychologique de tous ceux qui y sont hébergés;

g) De ne pas garder en détention les demandeurs d’asile et les immigrants clandestins pendant de longues périodes;

h) De mettre un terme à la pratique qui consiste à refuser la possibilité de recourir aux procédures d’asile au motif que les autorités ne peuvent pas vérifier l’identité du demandeur d’asile parce que celui ‑ci n’a pas de papiers ou qu’il n’y a pas d’interprètes;

i) De remettre aux demandeurs d’asile, dès leur arrestation ou dès leur arrivée sur le territoire, une brochure rédigée dans les langues voulues, expliquant la procédure d’asile;

j) D’autoriser le Haut ‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés à voir librement les demandeurs d’asile, et vice ‑versa. Le Haut ‑Commissariat devrait aussi avoir accès aux dossiers personnels, de façon à pouvoir exercer une surveillance sur l’application des procédures d’asile et veiller au respect des droits des réfugiés et des demandeurs d’asile;

k) D’accroître la protection des enfants et des jeunes adultes placés dans les établissements de protection sociale, notamment en faisant en sorte que les actes de violence soient signalés et fassent l’objet d’une enquête, en apportant aux enfants et aux jeunes adultes ayant des problèmes psychologiques l’appui et les traitements dont ils ont besoin, et en veillant à ce que ces établissements emploient du personnel dûment formé − travailleurs sociaux, psychologues et pédagogues, notamment;

l) D’assurer la protection des minorités, ethniques et autres, en s’attachant par tous les moyens à poursuivre et punir les responsables de tous les actes de violence commis contre les personnes appartenant à des minorités en mettant en place des programmes de sensibilisation, de prévention et de lutte face à cette forme de violence, ainsi qu’en intégrant cette question dans la formation des forces de l’ordre et d’autres groupes professionnels concernés;

m) D’améliorer le régime des activités pour les personnes en détention provisoire, conformément aux normes internationales;

n) De communiquer dans le prochain rapport périodique des renseignements sur les mesures législatives et autres prises pour exercer une surveillance systématique sur les règles, instructions, méthodes et pratiques d’interrogatoire appliquées aux personnes privées de liberté;

o) De continuer à s’attacher à renforcer les activités d’éducation et de formation aux droits de l’homme concernant l’interdiction de recourir à la torture ou aux mauvais traitements, à l’intention des forces de l’ordre, du personnel médical, des fonctionnaires et des autres personnes susceptibles d’intervenir dans la garde à vue ou l’interrogatoire ou d’être d’une autre manière en rapport avec une personne arrêtée, détenue ou incarcérée;

p) D’inclure dans le prochain rapport périodique des statistiques relatives aux cas de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants signalés aux autorités administratives, en précisant l’issue des enquêtes. Ces données devraient être ventilées par âge, par sexe, par groupe ethnique et par région notamment, ainsi qu’en fonction du type d’établissement de détention et du lieu où il se trouve. Des informations sur les plaintes et affaires portées devant les tribunaux nationaux devraient aussi être apportées, en indiquant les résultats des enquêtes menées, mais aussi les suites pour les victimes en termes de réparation et d’indemnisation.

79. Il est recommandé également à l’État partie de diffuser largement dans tout le pays les conclusions et recommandations du Comité.

80. Le Comité demande à l’État partie de lui faire parvenir dans un délai d’un an des renseignements sur la suite qu’il aura donnée aux recommandations figurant au paragraphe 78, alinéas  a , b , f , n et p .

81. Le Comité invite l’État partie à lui soumettre son prochain rapport périodique au plus tard le 7 octobre 2008, date à laquelle le cinquième rapport est attendu. Ce rapport contiendra les quatrième et cinquième rapports.

RÉPUBLIQUE TCHÈQUE *

82.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique de la République tchèque (CAT/C/60/Add.1) à ses 594e et 597e séances, tenues les 4 et 5 mai 2004 (CAT/C/SR.594 et 597), et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

83.Le Comité accueille avec satisfaction le troisième rapport périodique de la République tchèque, qui a été présenté conformément à ses directives, de même que le fait qu’il contienne des informations autocritiques et le dialogue franc et ouvert qui s’est engagé avec l’État partie.

84.Tout en notant que le rapport couvre la période allant du 1er janvier 1998 au 31 décembre 2001, le Comité apprécie la mise à jour communiquée par la délégation tchèque et ses réponses détaillées à la liste des points à traiter et aux questions soulevées par les membres du Comité au cours du dialogue.

B. Aspects positifs

85.Le Comité salue les efforts que l’État partie continue de déployer pour réviser sa législation afin de sauvegarder les droits de l’homme en général et, plus précisément, ceux qui ont trait à la mise en œuvre de la Convention contre la torture. Le Comité accueille avec satisfaction en particulier:

a)Les modifications apportées à la loi no 222/2003 relative au séjour des étrangers, entrée en vigueur le 1er janvier 2004, créant une instance judiciaire indépendante du second degré pour examiner les dossiers de demandes d’asile;

b)La modification de la loi no 52/2004 relative à l’exécution des peines d’emprisonnement, et de certaines lois connexes, qui définissent des conditions carcérales conformes aux normes requises et offrent une meilleure protection aux détenus;

c)La loi no 257/2000 relative à la probation et à la médiation et à la création d’un service de probation et de médiation qui s’est traduite, entre autres, par une réduction des effectifs des détenus;

d)La loi no 137/2001 relative à la protection spéciale des témoins;

e)Les modifications du Code pénal (no 265/2001) qui confient la direction des enquêtes sur les infractions pénales dont sont soupçonnés les membres de la police au Procureur de l’État et non à l’enquêteur de police, comme c’était le cas auparavant;

f)La mise en place en 2003 d’une stratégie nationale de lutte contre la traite d’êtres humains;

g)L’intention de ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention en 2005 et la modification connexe de la loi relative au médiateur approuvée par le Conseil législatif, élargissant les attributions de ce dernier pour lui confier les fonctions du mécanisme national de prévention prévu par le Protocole facultatif se rapportant à la Convention;

h)La publication des rapports du Comité européen pour la prévention de la torture et les réponses de l’État partie ainsi que l’assurance donnée par ce dernier que des mesures seraient prises comme suite aux recommandations.

C. Sujets de préoccupation

86.Le Comité se déclare préoccupé par:

a)La persistance des actes de violence perpétrés contre les Roms et la réticence dont ferait preuve la police pour ce qui est d’apporter la protection voulue et d’enquêter sur ces actes criminels, malgré les efforts déployés par l’État partie pour lutter contre de tels actes;

b)L’absence de garanties juridiques expresses du droit qu’ont toutes les personnes privées de liberté d’avoir accès à un avocat et d’informer un proche parent de leur garde à vue dès le début de celle‑ci;

c)Le fait que les mineurs ne sont pas détenus séparément des adultes dans toutes les situations carcérales;

d)Le fait que les personnes en détention provisoire et les condamnés à des peines perpétuelles ne peuvent travailler et restent dans l’oisiveté, sans activité adaptée;

e)Les actes de violence entre prisonniers et l’absence de données statistiques donnant une ventilation selon des indicateurs pertinents, qui permettraient d’en déceler les causes et d’élaborer des stratégies pour prévenir de tels actes et en réduire la fréquence;

f)Le fait que les consultations médicales ne sont pas toujours confidentielles et que les décisions de recourir à la contrainte ne sont pas toujours conformes à la loi ni régulièrement réexaminées;

g)Le système actuel selon lequel les détenus doivent prendre en charge une partie des dépenses liées à leur incarcération;

h)Les conclusions des enquêtes menées sur l’usage excessif de la force par la police à la suite des manifestations qui ont eu lieu à Prague en septembre 2000, pendant la réunion du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, selon lesquelles un seul incident répondait à la qualification d’infraction pénale;

i)Le fait que l’État partie n’ait pas donné d’informations complètes sur les réparations et indemnités accordées aux victimes d’actes de torture ou à leur famille;

j)Les modifications de la loi relative au droit d’asile, qui ont multiplié les motifs de rejet des demandes d’asile et autorisent à détenir dans des centres de rétention pour étrangers, pendant une période pouvant durer jusqu’à 180 jours, les personnes en attente de renvoi, ainsi que les restrictions imposées dans ces centres où les conditions sont comparables à celles régnant dans les prisons;

k)Les allégations concernant certains cas de stérilisation forcée pratiquée à leur insu sur des femmes roms, ainsi que l’incapacité où se trouve le Gouvernement d’enquêter sur ces cas faute d’identification suffisante des plaignants.

D. Recommandations

87. Le Comité recommande à l’État partie:

a) De déployer des efforts pour lutter contre l’intolérance raciale et la xénophobie et de veiller à ce que la législation antidiscriminatoire détaillée qui est à l’examen vise tous les motifs de discrimination couverts par la Convention;

b) De prendre des mesures pour mettre en place un mécanisme d’examen des plaintes efficace, fiable et indépendant pour procéder immédiatement à des enquêtes impartiales sur toutes les allégations de mauvais traitements ou de torture imputés à la police ou à d’autres agents de l’État, y compris les allégations de violences à caractère racial exercées par des personnes extérieures à l’État, en particulier lorsque ces actes ont entraîné la mort, et d’en punir les auteurs;

c) De redoubler d’efforts pour réduire les cas de mauvais traitements par des agents de police et d’autres agents de l’État, notamment ceux qui sont motivés par l’origine ethnique, et, tout en assurant la protection de la vie privée de la personne, d’élaborer des modalités de collecte de données et de surveillance de la fréquence de tels actes afin de s’attaquer plus efficacement à ce problème;

d) De renforcer les garanties inscrites dans le Code de procédure pénale contre les mauvais traitements et la torture, et de veiller à ce que, dans la loi et dans la pratique, le droit de voir un avocat et d’informer leurs proches soit garanti à toutes les personnes privées de liberté;

e) De veiller à ce que les détenus âgés de moins de 18 ans soient séparés des adultes en toutes circonstances;

f) D’étudier les modalités de mise en place d’activités supplémentaires pour tous les détenus afin de les encourager à s’occuper, et de réduire ainsi les périodes d’oisiveté;

g) De surveiller et recenser les incidents liés à la violence entre prisonniers afin d’en dégager les causes profondes et d’élaborer des stratégies de prévention appropriées. Le Comité invite l’État partie à lui fournir dans son prochain rapport périodique des données à ce sujet, ventilées selon les différents facteurs en cause;

h) De veiller à ce que les examens médicaux soient confidentiels et d’envisager la possibilité de transférer les services médicaux pénitentiaires de la tutelle du Ministère de la justice à celle du Ministère de la santé;

i) De réexaminer les dispositions selon lesquelles les prisonniers doivent prendre en charge une partie des frais d’incarcération, afin d’abolir entièrement cette condition;

j) De veiller à ce que la qualification pénale des actes interdits en vertu de la Convention soit faite par une autorité impartiale afin que soit engagée la procédure appropriée, et de fournir dans son prochain rapport périodique des renseignements sur les enquêtes pénales sur des actes de torture ou mauvais traitements supposés qui auront été ouvertes conformément à l’article 259 a) du Code pénal;

k) De contrôler l’indépendance et l’efficacité des enquêtes dont ont fait l’objet les plaintes pour usage excessif de la force lors des manifestations qui ont eu lieu en septembre 2000 pendant la Réunion du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, afin de traduire les responsables en justice et d’offrir réparation aux victimes;

l) De faire figurer dans son prochain rapport périodique des renseignements sur les indemnités versées aux victimes ou à leur famille conformément à l’article 14 de la Convention;

m) De réexaminer le régime de détention rigoureux imposé aux immigrants sans papiers afin de l’abroger et de veiller à ce que tous les enfants retenus dans ces centres de détention soient transférés avec leurs parents dans des centres d’accueil pour les familles;

n) D’enquêter sur les plaintes déposées pour stérilisation forcée, en s’appuyant sur les dossiers médicaux et personnels, et d’exhorter les plaignants, dans toute la mesure possible, à aider à fournir des preuves à l’appui des allégations;

o) De fournir, dans un délai d’un an, des informations sur la suite donnée aux recommandations formulées par le Comité aux paragraphes a), b), i), k) et m) ci ‑dessus;

p) De diffuser largement les rapports présentés par la République tchèque au Comité ainsi que les conclusions et recommandations adoptées à leur sujet, dans les langues appropriées, via les sites Web officiels, les médias et les organisations non gouvernementales;

q) De présenter son prochain rapport périodique le 31 décembre 2009 au plus tard, date à laquelle le cinquième rapport périodique est attendu. Ce document regrouperait les quatrième et cinquième rapports périodiques.

ALLEMAGNE *

88.Le Comité contre la torture a examiné le troisième rapport périodique de l’Allemagne (CAT/C/49/Add.4) à ses 600e et 603e séances (CAT/C/SR.600 et 603), tenues les 7 et 10 mai 2004, et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

89.Le Comité se félicite du troisième rapport périodique de l’Allemagne mais regrette qu’il ait été présenté avec trois ans de retard. Le rapport est conforme aux directives du Comité; en particulier, il contient des renseignements sur la suite donnée par l’État partie aux précédentes observations finales du Comité. Le Comité prend acte avec satisfaction des réponses complètes apportées par écrit aux questions figurant dans la liste des points à traiter ainsi que des réponses minutieuses à toutes les questions posées oralement. Enfin, le Comité se félicite de ce que l’État partie soit disposé à dialoguer en toute franchise avec le Comité sur toutes les questions que pose l’application de la Convention.

B. Aspects positifs

90.Le Comité note avec satisfaction:

a)Le renforcement par l’État partie de ses moyens institutionnels de protection des droits de l’homme, notamment la création de la Commission des droits de l’homme du Parlement fédéral et la présentation par le Gouvernement fédéral au Parlement fédéral de rapports biennaux nationaux sur les droits de l’homme;

b)La création en mars 2001 de l’Institut allemand des droits de l’homme, organe de coordination compétent pour surveiller la situation dans le domaine des droits de l’homme;

c)La réaffirmation par l’État partie de son attachement au caractère absolu de l’interdiction d’exposer une personne à la torture, y compris dans le contexte du refoulement. À cet égard, le Comité prend note de l’ouverture, récemment, d’une procédure pénale contre un haut responsable de la police de Francfort accusé d’avoir menacé de recourir à la torture. En outre, il constate avec satisfaction que l’État partie a confirmé que l’interdiction du refoulement figurant à l’article 3 de la Convention était applicable en toutes circonstances, y compris lorsqu’un demandeur d’asile s’est vu refuser le statut de réfugié pour des raisons de sécurité;

d)La ferme volonté de l’État partie d’accepter un examen indépendant de la manière dont il s’est acquitté de ses obligations au titre de la Convention, comme en témoigne son acceptation de la compétence du Comité pour examiner des requêtes au titre des articles 21 et 22 de la Convention;

e)Les améliorations sensibles apportées au cours de la période considérée i) aux installations d’accueil des réfugiés à l’aéroport de Francfort; ii) à la procédure utilisée dans cet aéroport pour déterminer le statut de réfugié; et iii) aux méthodes employées dans le cadre du renvoi des demandeurs d’asile déboutés par la voie aérienne;

f)L’adoption par l’État partie de textes de loi pour appliquer le Statut de Rome de la Cour pénale internationale qui couvrent tous les crimes au regard du droit international, y compris la torture dans le contexte du génocide, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité;

g)La prise en compte par l’État partie des questions relatives à la torture et autres actes contraires à la Convention commis par des entités non étatiques − auxquelles s’applique la Convention −, dans le cadre des procédures d’asile et d’expulsion, et le fait que, selon la jurisprudence fédérale, des plaintes individuelles pour mauvais traitements peuvent également être formulées lorsqu’une personne est originaire d’un pays tiers «sûr»;

h)L’initiative prise par l’État partie pour que soit nommé un rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme de l’ONU sur la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.

C. Sujets de préoccupation

91.Le Comité est préoccupé par:

a)Le temps considérable mis pour mener à terme les procédures pénales engagées à la suite d’allégations de mauvais traitements infligés à des personnes placées sous la garde de représentants de la force publique, notamment dans des cas particulièrement graves où la victime a perdu la vie, comme celui d’Amir Ageeb, qui est décédé en mai 1999;

b)Certaines allégations selon lesquelles des accusations pénales ont été portées, à des fins punitives et dissuasives, par des représentants de la force publique contre des personnes qui avaient formulé des allégations de mauvais traitements contre des organes chargés d’appliquer la loi;

c)Le fait que, dans de nombreux domaines visés par la Convention, l’État partie n’a pas été en mesure de fournir des statistiques ou de ventiler comme il convient celles dont il disposait, comme cela a été le cas au cours des échanges avec l’État partie en ce qui concerne par exemple l’engagement de poursuites, les cas présumés de fausses allégations de mauvais traitements, les cas de contre‑accusations portées par les autorités chargées d’appliquer la loi, les données concernant les auteurs d’infractions et les victimes et les détails factuels des accusations de mauvais traitements;

d)Le fait qu’en raison de ce qui est perçu comme des difficultés constitutionnelles découlant de la séparation des pouvoirs entre les autorités fédérales et les Länder, les mesures prises au niveau fédéral pour assurer le respect de la Convention ne sont pas applicables aux activités relevant des Länder. À cet égard, alors qu’elles régissent les expulsions effectuées par la police des frontières fédérale, les règles fédérales détaillées concernant le renvoi des demandeurs d’asile déboutés par la voie aérienne ne sont pas applicables à ces opérations lorsqu’elles sont effectuées par les Länder;

e)Le contrôle juridique des sociétés privées utilisées pour assurer la sécurité dans certains locaux de détention à l’aéroport international de Francfort‑sur‑le‑Main et la formation dispensée à leur personnel.

D. Recommandations

92. Le Comité recommande que l’État partie:

a) Prenne toutes les mesures voulues pour faire en sorte que les plaintes pénales déposées contre les autorités chargées d’appliquer la loi soient traitées diligemment pour qu’il soit possible de se prononcer rapidement sur les allégations formulées et éviter toute inférence d’impunité, y compris dans les cas où des contre ‑accusations ont été portées;

b) Crée un centre de regroupement à l’échelle nationale des données et informations statistiques sur les domaines visés par la Convention, demande de telles données et informations aux autorités des Länder ou prenne toute autre mesure nécessaire pour assurer que les autorités ainsi que le Comité disposent de toutes ces données et informations lorsqu’ils examinent la manière dont l’État partie s’est acquitté de ses obligations au titre de la Convention;

c) Prenne des mesures vis ‑à ‑vis des autorités des Länder pour faire en sorte qu’elles adoptent et appliquent toutes les dispositions qui ont contribué au niveau fédéral à améliorer le respect de la Convention, telles que les règles fédérales sur le renvoi forcé par la voie aérienne;

d) Regroupe toutes ses dispositions pénales relatives à la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants;

e) Indique au Comité combien de cas d’extradition ou de renvoi subordonné à l’obtention d’assurances ou de garanties diplomatiques ont été recensés depuis le 11 septembre 2001, quelles sont les exigences minimales de l’État partie en ce qui concerne l’étendue de ces assurances ou garanties et quelles sont les mesures de suivi qu’il a prises dans de tels cas;

f) Explique au Comité i) si tous les moyens de porter plainte et les voies de recours judiciaire (y compris par le biais de la reconnaissance par l’État de sa responsabilité pour les actes de ses agents) dont il est possible de se prévaloir contre les autorités chargées d’appliquer la loi concernent aussi les employés des sociétés privées engagées par l’État pour maintenir la sécurité; et ii) quel type de formation est fourni à ces employés sur les questions visées par la Convention;

g) Assure systématiquement des examens médicaux à la fois avant chaque renvoi par la voie aérienne et, le cas échéant, après l’échec d’un tel renvoi;

h) Songe à utiliser davantage les mécanismes d’extradition prévus dans la Convention en ce qui concerne les ressortissants allemands qui sont accusés d’actes de torture commis à l’étranger ou dont des ressortissants allemands auraient été victimes, ou d’être complices dans de tels actes;

i) Fasse tout ce qui est nécessaire pour ratifier le Protocole facultatif à la Convention.

93. Le Comité demande à l’État partie de lui présenter, dans un délai d’un an, des informations sur la suite donnée à ses recommandations figurant aux alinéas  a , b , e et f du paragraphe 92 ci ‑dessus.

94. Sachant que l’Allemagne a fourni des renseignements sur l’application de la Convention au cours de la période couverte par les troisième et quatrième rapports périodiques, le Comité recommande à l’État partie de présenter son cinquième rapport périodique le 30 octobre 2007.

LETTONIE *

95.Le Comité a examiné le rapport initial de la Lettonie (CAT/C/21/Add.4) à ses 579e et 582e séances, les 13 et 14 novembre 2003 (CAT/C/SR.579 et 582), et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

96.Le Comité accueille avec satisfaction le rapport initial de la Lettonie, établi conformément aux directives concernant la forme et le contenu des rapports initiaux des États parties. Il regrette toutefois que ce rapport, qui devait être présenté le 13 mai 1993, ait été soumis avec neuf ans de retard. À ce propos, le Comité reconnaît les difficultés qu’a rencontrées l’État partie au cours de sa transition politique et économique et espère qu’à l’avenir il s’acquittera pleinement des obligations qui lui incombent en vertu de l’article 19 de la Convention.

97.Le Comité prend aussi note avec satisfaction des renseignements complémentaires écrits fournis par l’État partie et de ceux que la délégation de haut niveau a apportés dans ses remarques préliminaires et dans les réponses détaillées données aux questions posées, qui démontrent la volonté de l’État partie d’établir avec le Comité un dialogue ouvert et fructueux.

B. Aspects positifs

98.Le Comité relève avec satisfaction les efforts que l’État partie continue de déployer en vue de renforcer le respect des droits de l’homme en Lettonie. En particulier, il se félicite des mesures suivantes:

a)Mesures législatives:

i)La création en 1996 de la Cour constitutionnelle et l’inclusion dans la Constitution du chapitre VIII consacré aux droits de l’homme fondamentaux;

ii)La création en 1995 du Bureau national des droits de l’homme, qui a notamment pour mandat d’examiner les plaintes relatives à des violations des droits de l’homme et de porter à l’attention de la Cour constitutionnelle les dispositions législatives qu’il estime contraires à la Constitution;

iii)L’entrée en vigueur en septembre 2002 de la nouvelle loi sur l’asile, qui vise à mieux aligner le système national d’asile sur l’acquis de l’Union européenne en matière d’asile et les normes internationales applicables. La nouvelle loi sur l’asile prévoit aussi deux nouvelles formes de protection complémentaires («nouveau statut») pour les demandeurs d’asile;

iv)L’entrée en vigueur en mai 2003 d’une nouvelle loi sur l’immigration, qui prévoit notamment une durée maximale de détention pour les étrangers en infraction au regard de la loi sur l’immigration ainsi que le droit de l’étranger en état d’arrestation de porter plainte devant un procureur, de se mettre en rapport avec son consulat et de bénéficier de l’aide judiciaire.

v)L’entrée en vigueur de la nouvelle loi pénale, qui introduit la notion d’exécution progressive des peines et prévoit des peines de substitution à l’emprisonnement, en vue de réduire la surpopulation carcérale;

vi)Le projet de nouvelle loi de procédure pénale visant à simplifier les procédures qui, entre autres dispositions, ramènerait de 72 à 48 heures le délai dans lequel le suspect doit être déféré devant le juge;

vii)Le projet de nouvelle loi d’amnistie, prévoyant la remise en liberté ou la réduction de la durée d’emprisonnement pour certains groupes à risque, tels que les mineurs, les femmes enceintes, les femmes ayant des enfants en bas âge, les handicapés et les personnes âgées.

b)Mesures administratives:

i)L’adoption en 2002 des règles relatives au règlement intérieur des établissements de détention, fixant les normes en matière de conditions de détention et de droits et devoirs fondamentaux des détenus;

ii)La réforme, en novembre 2003, de toutes les prisons lettones, désormais surveillées par des gardiens professionnels qualifiés;

iii)La mise en place de programmes de formation, conformément à l’article 10 de la Convention, à l’intention des personnels policier et judiciaire.

99.En outre, le Comité relève avec satisfaction:

a)La participation des ONG et de la société civile à l’établissement du rapport initial de la Lettonie;

b)Le lancement d’un nouveau projet associant les ONG à la surveillance de lieux de détention en Lettonie.

C. Sujets de préoccupation

100.Le Comité fait part de ses préoccupations sur les points suivants:

a)Les allégations de mauvais traitements graves, pouvant dans certains cas être considérés comme des tortures, infligés par des membres des forces de l’ordre, en particulier pendant l’arrestation et l’interrogatoire des suspects;

b)Le manque d’indépendance et d’impartialité du Bureau de la sécurité intérieure de la police d’État, compétent pour examiner les plaintes faisant état de violences imputées à des policiers;

c)Les conditions de détention dans les lieux de détention, en particulier les postes de police et les cellules d’isolement de courte durée;

d)La lenteur des procédures judiciaires et la durée excessive de la détention avant jugement, en particulier dans les cellules d’isolement de courte durée;

e)Le fait que selon la nouvelle loi sur l’asile, aucune des deux formes de «nouveau statut» réservées aux demandeurs d’asile ne sera accordée à une personne qui arrive en Lettonie en provenance d’un pays où elle aurait pu demander et recevoir une protection. De plus, le Comité est préoccupé par la durée trop longue pendant laquelle les demandeurs d’asile peuvent rester détenus après le rejet de leur demande d’asile;

f)La surpopulation dans les prisons et autres lieux de détention, compte tenu notamment du risque potentiel de propagation de maladies contagieuses;

g)Le fait que, même si le projet de nouvelle loi de procédure pénale tend à corriger un grand nombre de ses carences, la loi en vigueur ne prévoit pas le droit du détenu de se mettre en rapport avec les membres de sa famille. Le Comité est également préoccupé d’apprendre que le détenu ne peut être examiné par un médecin de son choix que sous réserve de l’approbation des autorités;

h)Les allégations selon lesquelles, dans de nombreux cas, et contrairement aux dispositions applicables, on refuse aux personnes en garde à vue la possibilité d’être assistées d’un avocat, ou on ne la leur accorde qu’après un certain temps, et selon lesquelles les prévenus doivent rembourser l’aide judiciaire en cas de condamnation;

i)Le nombre de personnes qui ont perdu leur statut juridique en tant que nationaux ou «non‑nationaux» et sont donc entrés dans l’illégalité, après avoir temporairement quitté le pays.

D. Recommandations

101. Le Comité recommande à l’État partie:

a) De prendre toutes les mesures appropriées pour empêcher les actes de mauvais traitements par les membres des forces de l’ordre et veiller à ce que toutes les plaintes à ce sujet fassent l’objet d’une enquête rapide et impartiale;

b) D’améliorer les conditions de détention, en particulier dans les postes de police et les cellules d’isolement de courte durée, et de veiller à leur conformité aux normes internationales;

c) De veiller à ce que les personnes en garde à vue aient la possibilité de se mettre en rapport avec leur famille, de se faire examiner par un médecin de leur choix et de communiquer avec un avocat dès le début de la détention;

d) De prendre toutes les mesures appropriées pour réduire la durée des procédures et de la détention avant jugement;

e) De fixer des durées maximales obligatoires à la détention des demandeurs d’asile dont la demande a été rejetée et qui sont sous le coup d’un arrêté d’expulsion. À ce sujet, l’État partie est invité à fournir des statistiques relatives aux personnes en attente d’expulsion, ventilées par sexe, par groupe ethnique, par pays d’origine et par âge;

f) De continuer à prendre des mesures pour lutter contre la surpopulation dans les prisons et les autres lieux de détention;

g) De communiquer dans le prochain rapport périodique des statistiques détaillées, ventilées par âge, par sexe et par pays d’origine sur les plaintes pour actes de torture et autres mauvais traitements imputés à des membres des forces de l’ordre, ainsi que sur les enquêtes, poursuites, condamnations pénales et mesures disciplinaires qui en ont résulté;

h) De faire en sorte que le projet de code de conduite pour les interrogatoires de police («code d’éthique policière») soit adopté rapidement;

i) De prendre des mesures pour que le crime de torture figure expressément parmi les infractions pour lesquelles, selon l’article 34 de la loi pénale, le fait d’exécuter un ordre, quelles que soient les circonstances, ne peut pas être invoqué comme cause d’exonération de responsabilité;

j) De continuer à faciliter l’intégration et la naturalisation des «non ‑nationaux»;

k) De songer à faire les déclarations prévues aux articles 21 et 22 de la Convention;

l) De songer à ratifier le Protocole facultatif à la Convention.

102. Le Comité recommande également à l’État partie de diffuser largement ses conclusions et recommandations, dans toutes les langues appropriées, par l’intermédiaire de sites Web officiels, des médias et des organisations non gouvernementales.

103. Le Comité demande à l’État partie de lui fournir d’ici un an des renseignements sur la suite qu’il aura donnée aux recommandations figurant aux alinéas  e , f , g , h et i du paragraphe 101 ci ‑dessus.

104. L’État partie est invité à soumettre son prochain rapport périodique, qui sera considéré comme le deuxième, au plus tard le 13 mai 2005.

LITUANIE *

105.Le Comité contre la torture a examiné le rapport initial de la Lituanie (CAT/C/37/Add.5) à ses 584e et 587e séances, les 17 et 19 novembre 2003 (CAT/C/SR.584 et 587) et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

106.Le Comité accueille avec satisfaction le rapport initial de la Lituanie et les renseignements complémentaires apportés par la délégation de haut niveau.

107.Le rapport, qui traite surtout des dispositions législatives et ne donne pas de renseignements détaillés sur l’application concrète de la Convention ni de données statistiques, n’est pas totalement conforme aux directives du Comité concernant l’établissement de rapports.

B. Aspects positifs

108.Le Comité se félicite des efforts que l’État partie continue de déployer pour procéder à la réforme de son système juridique et à la révision de sa législation afin d’assurer la protection des droits fondamentaux, y compris le droit de ne pas être soumis à la torture et à d’autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, notamment de:

a)L’adoption d’un nouveau Code pénal et d’un nouveau Code de procédure pénale qui interdisent le recours à la violence, à l’intimidation, aux traitements dégradants ou portant atteinte à la santé de l’individu, ainsi que d’un Code de l’application des peines, qui sont tous les trois entrés en vigueur le 1er mai 2003;

b)La promulgation de l’ordonnance no 96 du Procureur général (8 juin 2001), relative à la surveillance exercée pour garantir la protection contre la torture et les peines ou traitements inhumains ou dégradants des personnes détenues et arrêtées;

c)L’adoption, le 21 mai 2002, de la loi sur l’indemnisation des dommages résultant d’actes illégaux commis par des institutions dépositaires de l’autorité publique;

d)La loi portant création des tribunaux administratifs (1999) qui prévoit l’examen de plaintes dénonçant des actes, actions ou omissions d’agents de l’État;

e)Le transfert de la responsabilité de la répression des infractions pénales du Ministère de l’intérieur au Ministère de la justice, en vertu de la loi no VIII‑1631 du 18 avril 2000;

f)La ratification par l’État partie de plusieurs instruments relatifs aux droits de l’homme, en particulier de la Convention européenne pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants, et la coopération sans faille avec le Comité européen pour la prévention de la torture;

g)La ratification en 2003 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale;

h)L’élaboration d’un plan d’action national pour les droits de l’homme, approuvé par la décision du Parlement de Lituanie no IX‑1185, en date du 7 novembre 2002;

i)La mise en place de structures institutionnelles pour la défense des droits de l’homme, en particulier le médiateur parlementaire, le médiateur pour l’égalité des chances entre hommes et femmes et le médiateur pour la protection des droits de l’enfant;

j)La création du service de protection des témoins et des victimes au Département de la police;

k)Les mesures prises pour réduire le surpeuplement carcéral, notamment l’introduction dans le nouveau Code pénal d’un acte délictueux puni de peines non privatives de liberté.

C. Sujets de préoccupation

109.Le Comité se déclare préoccupé par les éléments suivants:

a)L’absence dans la législation nationale d’une définition complète de la torture telle qu’elle figure à l’article premier de la Convention et d’un délit spécifique de torture (art. 4);

b)Le fait que dans la pratique les personnes en détention ou en état d’arrestation n’aient pas accès, dès le début de la détention, à un avocat, à un médecin indépendant ou aux membres de leur famille;

c)Les allégations faisant état de mauvais traitements pendant la garde à vue, traitements qui peuvent représenter des tortures, en particulier les mauvais traitements infligés pendant les interrogatoires de police;

d)Les procédures suivies pour l’expulsion des étrangers qui peuvent, dans certains cas, constituer une violation de l’article 3; les conditions qui règnent dans les locaux où les étrangers en attente d’expulsion sont retenus et l’absence de données renseignant sur l’âge, le sexe et le pays de renvoi des étrangers ou des apatrides expulsés, plus précisément ceux qui sont retenus au Centre d’enregistrement des étrangers;

e)La forte augmentation du nombre de plaintes dénonçant les traitements infligés aux détenus par la police (augmentation qui s’explique largement par la plus grande confidentialité de la procédure de dépôt de plaintes obtenue grâce aux efforts de l’État partie) et le fait que, d’après l’État partie, près de la moitié de ces plaintes aient été jugées fondées. Le Comité s’inquiète de plus de ce que les enquêtes portant sur les plaintes contre des agents de la force publique ne soient pas menées par un organe indépendant à l’égard de la police;

f)Les informations selon lesquelles certains avocats commis d’office ne se soucient guère de la façon dont leurs clients sont traités en détention;

g)L’absence de renseignements sur l’indemnisation et les mesures de réadaptation assurées aux victimes d’actes de torture ou de mauvais traitements;

h)Les mauvaises conditions dans les lieux de détention, comme le reconnaît l’État partie lui‑même, et le fait, relevé par le Comité européen de prévention de la torture, que certains prisonniers vivent dans la crainte de subir des violences de la part d’autres détenus;

i)Le manque de renseignements sur les allégations de brutalités commises contre les conscrits dans l’armée.

D. Recommandations

110. Le Comité recommande à l’État partie:

a) D’adopter une définition de la torture qui couvre tous les éléments figurant à l’article premier de la Convention et d’introduire dans le Code pénal un délit de torture qualifié de façon à correspondre clairement à la définition;

b) De veiller à ce que toutes les personnes en état d’arrestation ou en détention aient immédiatement la possibilité de voir un médecin et un avocat ainsi que la possibilité de prendre contact avec leur famille à tous les stades de la détention (art. 2);

c) De prendre toutes les mesures voulues pour empêcher les actes de torture et de mauvais traitements, notamment en:

i) Veillant à ce que tous les personnels de santé reçoivent une formation leur permettant de déceler les signes de torture physique et psychique;

ii) Soulignant l’importance de donner aux membres du personnel pénitentiaire une formation pour établir une bonne communication entre eux et avec les détenus, ce qui permettrait de moins recourir aux mesures interdites de coercition physique et de diminuer la violence entre détenus;

iii) Prenant d’autres mesures appropriées pour empêcher les membres des forces de l’ordre de commettre des actes de mauvais traitements et pour mettre en place un système d’enquête totalement indépendant et impartial;

d) De veiller à ce que dans la pratique les actions du procureur fassent l’objet d’un contrôle afin que toute personne qui affirme avoir subi des mauvais traitements ou des tortures ou qui a besoin d’un examen médical puisse être autorisée par le procureur à être vue par un médecin à sa demande et non pas exclusivement sur ordre d’un fonctionnaire;

e) De prendre d’urgence des mesures effectives pour mettre en place un mécanisme de plaintes totalement indépendant, de veiller à ce que des enquêtes impartiales et complètes soient rapidement ouvertes pour faire la lumière sur les nombreuses allégations de torture portées à la connaissance des autorités et pour que les responsables soient poursuivis et si nécessaire punis;

f) De veiller à ce que les officiers de l’armée ouvrent rapidement des enquêtes chaque fois qu’ils ont connaissance d’actes de brutalité sur la personne d’un conscrit, qui pourraient représenter des mauvais traitements ou des tortures et mènent avec équité et impartialité des enquêtes sur toute autre information faisant état de violations, et de garantir que les auteurs répondent de leurs actes;

g) De veiller à ce que les autorités compétentes respectent strictement l’article 3 de la Convention et n’expulsent, ne refoulent et n’extradent pas une personne vers un État où elle risque d’être soumise à la torture. Le Comité invite instamment l’État partie à redoubler d’efforts pour que les installations de rétention des étrangers satisfassent aux normes internationales et le prie de lui apporter des données désagrégées à ce sujet;

h) De poursuivre ses efforts pour assurer un système efficace d’aide juridictionnelle, notamment en finançant sur les fonds publics les cabinets d’avocats de la défense, en leur garantissant une rémunération suffisante et en associant le barreau à la désignation des avocats;

i) De donner des renseignements sur les possibilités de réparation et de réadaptation offertes aux victimes de torture et d’autres formes de traitements ou de peines cruels, inhumains et dégradants;

j) De continuer à prendre des mesures pour améliorer les conditions de détention dans les centres de détention provisoire et dans les établissements pour peines;

k) De songer à faire les déclarations prévues aux articles 21 et 22 de la Convention et de songer à ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention;

l) D’envisager de consulter les organisations non gouvernementales et les organisations de la société civile pour l’établissement de toutes les parties du prochain rapport périodique.

111. Le Comité demande à l’État partie de faire figurer dans son prochain rapport périodique des données statistiques détaillées, ventilées par type de délit, lieu géographique, groupe ethnique et sexe, sur les plaintes dénonçant des actes de torture et des mauvais traitements imputés à des membres des forces de l’ordre, sur la nature des affaires dans lesquelles la police et d’autres personnels des forces de l’ordre ont été accusés d’infraction en relation avec les actes de torture et sur l’aboutissement de ces affaires, y compris les cas où la plainte a été rejetée par le tribunal, ainsi que sur l’indemnisation et la réadaptation assurées aux victimes le cas échéant.

112. Le Comité demande à l’État partie de lui faire parvenir d’ici un an des renseignements sur la suite qu’il aura donnée aux recommandations figurant aux alinéas  d , e et f du paragraphe 110 ci ‑dessus.

113. Le Comité demande à l’État partie d’assurer une large diffusion dans le pays à ses conclusions et recommandations et aux comptes rendus des séances consacrées à l’examen du rapport initial, notamment à l’intention des agents des forces de l’ordre, en les faisant publier par les médias ainsi qu’en faisant appel aux organisations non gouvernementales pour qu’elles les diffusent et les fassent connaître.

MONACO *

114.Le Comité a examiné le deuxième rapport périodique de Monaco (CAT/C/38/Add.2) à ses 596e, 599e et 609e séances (CAT/C/SR.596, 599 et 609), tenues les 5, 6 et 13 mai 2004, et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

115.Le Comité accueille avec satisfaction le deuxième rapport de Monaco, qui se conforme de façon générale aux directives du Comité. Il relève toutefois que le rapport a été soumis avec cinq ans de retard, et comporte peu d’informations relatives à l’application concrète de la Convention. Le Comité se félicite de la présence d’une délégation de haut niveau, qui a répondu de façon précise aux questions posées et a fait preuve d’un esprit de franche collaboration.

B. Aspects positifs

116.Le Comité note avec satisfaction:

a)L’absence d’allégations de violations de la Convention par l’État partie;

b)Le processus en cours d’adhésion au Conseil de l’Europe;

c)La réforme du Code pénal et du Code de procédure pénale, en vue d’une harmonisation avec les normes européennes relatives aux droits de l’homme;

d)Les contributions faites chaque année depuis 1994 au Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les victimes de la torture.

C. Sujets de préoccupation

117.Le Comité se déclare préoccupé par:

a)L’absence en droit pénal d’une définition de la torture reprenant l’ensemble des éléments constitutifs figurant à l’article premier de la Convention;

b)L’absence de dispositions interdisant expressément d’invoquer des circonstances exceptionnelles ou l’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique pour justifier la torture;

c)La faiblesse des garanties entourant l’expulsion et le refoulement d’étrangers, dans la mesure où aucune clause de non‑refoulement répondant aux exigences de l’article 3 de la Convention ne semble exister pour ces situations en droit interne, et où les recours auprès du Tribunal suprême n’ont pas de caractère suspensif automatique;

d)Le champ d’application réduit des articles 228 et 278 du Code pénal, qui ne répondent pas pleinement aux exigences de l’article 4 de la Convention, en ce qu’ils concernent uniquement les assassinats commis au moyen de torture ou accompagnés d’actes de cruauté, et les tortures commises dans le cadre d’arrestations illégales ou de séquestration de personnes;

e)Le fait que les personnes gardées à vue n’ont pas droit à l’assistance d’un avocat, cette assistance n’étant prévue qu’à compter de la première comparution devant le juge d’instruction, et qu’elles ne peuvent informer leurs proches de leur détention que sur autorisation de ce juge;

f)L’absence de dispositions prévoyant expressément un registre relatif aux personnes retenues dans les locaux de police, même si de tels registres existent en pratique;

g)L’absence d’un mécanisme chargé du suivi du traitement et des conditions matérielles de détention des personnes de nationalité étrangère condamnées par les juridictions monégasques à des peines de longue durée, et placées dans les établissements pénitentiaires français.

D. Recommandations

118. Le Comité recommande que l’État partie:

a) Introduise en droit pénal interne une définition de la torture pleinement conforme à l’article premier de la Convention;

b) Introduise dans son droit interne une disposition interdisant d’invoquer des circonstances exceptionnelles ou l’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique pour justifier la torture;

c) Respecte le principe énoncé à l’article 3 de la Convention, y compris dans les cas d’expulsion et de refoulement des étrangers, et confère un caractère suspensif automatique aux recours contre les décisions d’éloignement invoquant des risques de torture dans les pays de destination. Le Comité, notant que l’expulsion et le refoulement sont exclusivement opérés vers la France, rappelle que l’État partie doit s’assurer qu’aucun renvoi ne sera opéré vers un pays tiers où des risques de torture sont encourus;

d) Garantisse le droit des personnes gardées à vue d’accéder à un avocat de leur choix et d’informer leurs proches dans les premières heures de la détention;

e) Réglemente l’utilisation des registres dans les locaux de police conformément aux instruments internationaux pertinents, notamment l’Ensemble des principes pour la protection de toutes les personnes soumises à une forme quelconque de détention ou d’emprisonnement;

f) Assure le suivi du traitement et des conditions matérielles de détention des prisonniers dans les établissements pénitentiaires français;

g) Songe à ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, dont les objectifs de prévention sont très importants.

119. Le Comité recommande que les présentes conclusions et recommandations, de même que les comptes rendus analytiques des séances consacrées à l’examen du deuxième rapport périodique de l’État partie, soient largement diffusés dans le pays.

120. Le Comité demande à l’État partie de lui fournir d’ici un an des renseignements sur la suite que celui ‑ci aura donnée à ses recommandations figurant aux alinéas  c , d et f du paragraphe 118 ci ‑dessus.

121. Le Comité, considérant que le deuxième rapport périodique de Monaco couvre également le troisième rapport dû le 4 janvier 2001, demande à l’État partie de soumettre ses quatrième et cinquième rapports, en un seul document, le 4 janvier 2009.

MAROC *

122.Le Comité a examiné le troisième rapport périodique du Maroc (CAT/C/66/Add.1 et Corr.1), ainsi que les informations orales complémentaires présentées par la délégation de l’État partie, lors de ses 577e, 580e et 589e séances (CAT/C/SR.577, 580 et 589), tenues les 12, 13 et 20 novembre 2003, et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

123.Le Comité accueille avec satisfaction le troisième rapport périodique du Maroc, qui lui a apporté des informations détaillées sur les efforts entrepris depuis l’examen du deuxième rapport en 1999 par l’État partie pour mettre en œuvre la Convention, ainsi que les renseignements fournis oralement par la délégation marocaine, qui a apporté des informations utiles concernant des mesures de mise en œuvre de la Convention survenues depuis la soumission du troisième rapport, le 23 mars 2003. Le Comité remercie la délégation pour le dialogue franc et constructif noué avec lui.

124.Le troisième rapport a été soumis avec un léger retard, puisqu’il était prévu pour 2002. Il n’était pas tout à fait conforme aux directives concernant la forme et le contenu des rapports périodiques, notamment en ce qu’il n’a pas consacré une partie aux mesures prises pour tenir compte des conclusions et recommandations précédemment formulées par le Comité.

B. Aspects positifs

125.Le Comité prend note des faits nouveaux positifs ci‑après:

a)La déclaration par la délégation de l’État partie de l’intention du pouvoir exécutif, au plus haut niveau, ainsi que du pouvoir législatif, d’appliquer la Convention, qui est d’applicabilité directe au Maroc, et d’adopter des mesures institutionnelles, normatives et éducationnelles, en consultation avec des associations locales et internationales, de développer la coopération technique en matière de droits de l’homme avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Haut‑Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et avec des organisations non gouvernementales (ONG); cette volonté politique s’est aussi manifesté par la libération de prisonniers politiques, dont un groupe de 56, en novembre 2002, et par l’indemnisation de victimes;

b)L’élargissement du mandat du Conseil consultatif des droits de l’homme (CCDH), la création d’un «médiateur», le Diwan Al Madhalim, chargé d’examiner les cas de violations des droits de l’homme qui lui sont soumis, de présenter aux autorités compétentes les propositions et recommandations qui s’imposent; la création de la Fondation Mohamed VI pour la réinsertion des détenus, qui est présidée par le Roi lui‑même; la création du Centre de documentation, d’information et de formation en droits de l’homme; la réforme des prisons, notamment par l’adoption de mesures en faveur des personnes soumises à toute forme de détention ou d’emprisonnement, notamment au profit des mineurs dans les Centres de sauvegarde de l’enfance, et par la mise en place de mesures garantissant des soins médicaux et une formation pour les détenus et prisonniers;

c)La réforme importante de la législation pertinente engagée par l’État partie, notamment du Code de procédure pénale et le projet de réforme du Code pénal, en consultation avec le CCDH et les associations compétentes en matière de droits de l’homme, en ce qu’elle consacre la présomption d’innocence, le droit à un jugement équitable, le droit de faire appel et la prise en considération de besoins spécifiques des femmes et des mineurs;

d)Des efforts remarquables de développement de la formation et de l’éducation en matière de droits de l’homme, notamment l’organisation par le Centre de documentation, d’information et de formation en droits de l’homme de formations à l’intention de fonctionnaires de l’administration pénitentiaire, ainsi que de professionnels en charge de la médecine carcérale et de la médecine légale;

e)L’accès accordé aux ONG locales indépendantes pour visiter les détenus et prisonniers;

f)Le versement d’indemnités, suite aux recommandations de la Commission d’arbitrage indépendante pour l’indemnisation des préjudices matériel et moral subis par les victimes de disparition et de détention arbitraire et leurs ayants droit, instituée auprès du CCDH;

g)L’assurance que l’État partie donnera suite aux recommandations et préoccupations formulées par le Comité.

C. Sujets de préoccupation

126.Le Comité est préoccupé par les questions suivantes:

a)L’absence d’information sur l’application complète de l’article 2 de la Convention, notamment dans les hypothèses prévues par les alinéas 2 et 3 relatifs à des circonstances exceptionnelles et à l’ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique, comme cause d’exonération de la responsabilité pénale;

b)L’extension considérable du délai de garde à vue, période pendant laquelle le risque de torture est le plus grand, tant dans le droit pénal général que dans la loi antiterroriste, qui est intervenue postérieurement à l’examen du deuxième rapport périodique;

c)L’absence, pendant la période de garde à vue, de garanties assurant un accès rapide et approprié à un avocat et à un médecin, ainsi qu’à un membre de la famille des personnes gardées à vue;

d)L’accroissement, selon certaines informations, du nombre d’arrestations pour des motifs politiques pendant la période examinée, ainsi que l’accroissement du nombre de détenus et de prisonniers en général, y compris de prisonniers politiques, et l’accroissement du nombre d’allégations de torture et de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, impliquant la Direction de la surveillance du territoire (DST);

e)Le manque d’information sur les mesures prises par les autorités judiciaires, administratives et autres pour donner suite aux plaintes et procéder à des enquêtes, inculpations, procès et jugements contre des auteurs d’actes de torture, notamment dans le cas des actes de torture vérifiés par la Commission d’arbitrage indépendante pour l’indemnisation des préjudices matériel et moral subis par les victimes de disparition et de détention arbitraire et leurs ayants droit;

f)L’application aux actes de torture du délai de prescription prévu par le droit commun, qui priverait les victimes de leur droit imprescriptible à engager une action;

g)L’absence d’une disposition de droit pénal interdisant que toute déclaration obtenue sous la torture soit invoquée comme un élément de preuve dans une procédure;

h)Le nombre de morts en prison;

i)Le surpeuplement dans les prisons et les allégations de coups et de violences entre prisonniers.

D. Recommandations

127. Le Comité recommande à l’État partie:

a) Dans le cadre de la réforme en cours du Code pénal, de prévoir une définition de la torture strictement conforme aux dispositions des articles 1 et 4 de la Convention;

b) Dans le cadre de la réforme en cours du Code pénal, de prohiber clairement tout acte de torture, même en cas de circonstances exceptionnelles ou si un ordre a été reçu d’un supérieur ou d’une autorité publique;

c) De limiter au strict minimum le délai de garde à vue et de garantir le droit des personnes gardées à vue d’avoir rapidement accès à un avocat, un médecin et un membre de leur famille;

d) D’inclure dans le Code de procédure pénale des dispositions organisant pour toute personne victime d’un acte de torture son droit imprescriptible à engager une action contre tout tortionnaire;

e) De prendre toutes mesures effectives nécessaires pour éliminer l’impunité des agents de l’État responsables de tortures et traitements cruels, inhumains ou dégradants;

f) De veiller à ce que toutes les allégations de torture ou traitements cruels, inhumains ou dégradants fassent l’objet sans délai d’enquêtes impartiales et approfondies, notamment les allégations portant sur des cas et situations vérifiés par la Commission d’arbitrage indépendante précitée, et les allégations impliquant la DST dans des actes

de torture; de veiller à ce que des sanctions appropriées soient appliquées aux coupables et que des réparations justes soient accordées aux victimes;

g) D’informer le Comité des résultats des enquêtes impartiales menées à la suite de toute mort en garde à vue, détention ou prison, en particulier celles dont il est allégué qu’elles sont le résultat de tortures;

h) Dans le cadre de la réforme en cours du Code pénal, d’intégrer une disposition interdisant que toute déclaration obtenue sous la torture soit invoquée comme un élément de preuve dans une procédure, conformément à l’article 15 de la Convention;

i) De lever la réserve faite à l’article 20 et de faire les déclarations prévues aux articles 21 et 22 de la Convention;

j) De consacrer une partie de son prochain rapport périodique aux mesures prises pour tenir compte des conclusions et recommandations formulées par le Comité;

k) De fournir dans son prochain rapport périodique des informations statistiques ventilées, notamment par type d’infraction, âge et sexe de la victime, et qualité de l’auteur de l’infraction, sur les plaintes pour actes de torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants commis par des agents de l’État, et les enquêtes, poursuites et sanctions pénales et disciplinaires qui s’en sont suivi. L’État partie devrait également fournir des informations sur les résultats de toute inspection de tout lieu de détention, et sur les mesures prises par les autorités pour trouver des solutions aux problèmes du surpeuplement des prisons et les suites données aux allégations de violence entre prisonniers.

128. Le Comité recommande que les présentes conclusions et recommandations, de même que les comptes rendus analytiques des séances consacrées à l’examen du troisième rapport périodique de l’État partie, soient largement diffusés dans le pays dans les langues appropriées.

129. Le Comité demande à l’État partie de lui fournir d’ici un an des renseignements sur la suite que celui ‑ci aura donnée à ses recommandations figurant aux alinéas  c , f et g du paragraphe 127 ci ‑dessus.

NOUVELLE ‑ZÉLANDE *

130.Le Comité contre la torture a examiné le troisième rapport périodique de la Nouvelle‑Zélande (CAT/C/49/Add.3) à ses 604e, 607e et 616e séances, tenues les 11, 12 et 19 mai 2004 (voir les documents CAT/C/SR.604, 607 et 616), et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

131.Le Comité se félicite du troisième rapport périodique de la Nouvelle‑Zélande, qui a été établi conformément à ses directives. Il note cependant que le rapport a été présenté avec trois ans de retard.

132.Le Comité prend acte avec satisfaction des renseignements complémentaires fournis par écrit et oralement ainsi que de la présence d’une délégation de haut niveau, qui montre que l’État partie est disposé à poursuivre un dialogue franc et fructueux avec le Comité.

B. Aspects positifs

133.Le Comité note avec satisfaction:

a)L’adoption de la loi sur l’extradition de 1999 en réponse aux recommandations faites précédemment par le Comité;

b)Les activités de coopération entreprises avec le Haut‑Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et la volonté de l’État partie de se conformer à ses directives et recommandations;

c)Le fait que le Centre d’accueil de Mangere peut être considéré davantage comme un centre ouvert qu’un centre de détention;

d)Le plan d’assistance juridique aux personnes en garde à vue qui permet de fournir une aide juridique initiale gratuite à ces personnes;

e)Les changements d’ordre législatif et administratif qui renforcent le respect des dispositions de la Convention, en particulier l’adoption du Protocole de 2000 conclu entre le Département pénitentiaire et le Bureau du Médiateur, de l’amendement de 1998 à la loi sur l’entraide en matière pénale et de la loi sur les crimes internationaux et la Cour pénale internationale de 2000;

f)Les mesures prises pour améliorer l’efficacité et renforcer l’indépendance de l’autorité chargée des plaintes contre la police;

g)Les efforts entrepris pour promouvoir de bonnes relations entre la police et les Maoris;

h)Les efforts entrepris pour mettre en place de nouveaux établissements pour les enfants, les jeunes et les familles;

i)L’élaboration en cours d’un plan d’action national sur les droits de l’homme par la Commission des droits de l’homme;

j)L’intention déclarée de retirer les réserves à la Convention contre la torture et à la Convention relative aux droits de l’enfant et de ratifier le Protocole facultatif à la Convention contre la torture.

C. Sujets de préoccupation

134.Le Comité est préoccupé par:

a)Le fait que la législation relative à l’immigration n’incorpore pas l’obligation de non‑refoulement prévue à l’article 3 de la Convention;

b)La baisse sensible du pourcentage de demandeurs d’asile qui sont immédiatement libérés sans restriction dans la société à leur arrivée et le placement de plusieurs demandeurs d’asile dans des centres de détention provisoire où ils ne sont pas séparés des autres détenus;

c)Le processus de délivrance d’un certificat en ce qui concerne le risque en matière de sécurité au titre de la loi sur l’immigration qui pourrait conduire à une violation de l’article 3 de la Convention dans la mesure où les autorités peuvent renvoyer ou expulser une personne qui est considérée comme présentant un risque pour la sécurité nationale sans avoir à motiver leur décision ou à divulguer des informations classées aux personnes concernées, sachant que les possibilités de recours utile sont limitées et que le Ministre de l’immigration doit décider dans un délai de trois jours ouvrables s’il y a lieu de renvoyer ou d’expulser l’intéressé;

d)Les cas de ségrégation forcée prolongée en détention (mise à l’isolement), les conditions draconiennes imposées en la matière pouvant dans certaines circonstances constituer des actes interdits par l’article 16 de la Convention;

e)L’âge trop bas de la responsabilité pénale et le fait que les détenus mineurs ne sont parfois pas séparés des adultes et qu’ils sont détenus dans des locaux de la police en raison du manque d’établissements pour les enfants, les jeunes et les familles;

f)Les conclusions du Médiateur concernant les enquêtes sur les actes d’agression qu’auraient commis des membres du personnel pénitentiaire sur la personne de détenus, en particulier la réticence à instruire rapidement ces allégations, et la qualité, l’impartialité et la crédibilité des enquêtes.

D. Recommandations

135. Le Comité recommande à l’État partie:

a) D’incorporer dans sa législation relative à l’immigration l’obligation de non ‑refoulement visée à l’article 3 de la Convention et de songer à mettre en place une procédure unique de détermination du statut de réfugié dans laquelle il y a d’abord un examen fondé sur les critères de reconnaissance du statut de réfugié tels qu’ils figurent dans la Convention de 1951 relative aux statuts des réfugiés, suivi par un examen axé sur les autres critères éventuels pour l’octroi de formes complémentaires de protection, notamment au titre de l’article 3 de la Convention contre la torture;

b) De faire en sorte qu’en aucun cas la lutte contre le terrorisme ne conduise à des violations de la Convention et n’ait pour effet d’imposer indûment aux demandeurs d’asile des conditions draconiennes, et de fixer la durée maximale de la période pendant laquelle des demandeurs d’asile peuvent être détenus et soumis à des restrictions;

c) De prendre immédiatement des mesures pour revoir la législation relative aux certificats concernant les risques pour la sécurité afin d’instituer des recours utiles contre les décisions tendant à détenir, renvoyer ou expulser une personne, de prolonger le délai imparti au Ministre de l’immigration pour adopter une décision et assurer le plein respect de l’article 3 de la Convention;

d) De réduire la durée de la ségrégation forcée (mise à l’isolement) dont peuvent faire l’objet des demandeurs d’asile, des prisonniers et d’autres détenus et en améliorer les conditions;

e) D’appliquer les recommandations formulées par le Comité des droits de l’enfant dans le document CRC/C/15/Add.216 (par. 30 et 50);

f) De faire rapport en ce qui concerne la stratégie visant à faire en sorte que les mineurs ne soient pas soumis à des fouilles arbitraires;

g) De procéder à une enquête sur les faits qui ont conduit à la décision de la Haute Cour dans l’affaire Taunoa et consorts ;

h) D’informer le Comité des résultats des mesures prises en réponse aux préoccupations exprimées par le Médiateur au sujet des enquêtes sur les agressions commises par des membres du personnel pénitentiaire sur des détenus.

136. Le Comité note avec satisfaction que l’État partie est disposé à ratifier la Convention de 1954 relative au statut des apatrides et la Convention sur la réduction des cas d’apatridie, et lui recommande de ratifier ces deux instruments dans les meilleurs délais.

137. Le Comité recommande à l’État partie de diffuser largement les conclusions et recommandations du Comité dans les langues appropriées, par le biais des sites Web officiels, des médias et des organisations non gouvernementales.

138. Le Comité demande à l’État partie de fournir, dans un délai d’un an, des renseignements sur la suite donnée à ses recommandations figurant dans les alinéas  b c , d et h du paragraphe 135 ci ‑dessus.

139. Sachant que le troisième rapport périodique de la Nouvelle ‑Zélande inclut son quatrième rapport périodique demandé pour le 8 janvier 2003, le Comité invite l’État partie à présenter son cinquième rapport périodique le 8 janvier 2007.

YÉMEN *

140.Le Comité a examiné le rapport initial du Yémen (CAT/C/16/Add.10) à ses 583e et 586e séances, les 17 et 18 novembre 2003 (CAT/C/SR.583 et 586), et a adopté les conclusions et recommandations ci‑après.

A. Introduction

141.Le Comité accueille avec satisfaction le rapport initial du Yémen et l’occasion qu’il offre d’ouvrir un dialogue avec l’État partie. Il regrette cependant que ce rapport, qui devait être présenté le 4 décembre 1992, ait été soumis avec près de 10 ans de retard.

142.Le rapport, qui fournit des renseignements abondants sur les dispositions juridiques mais ne rend pas compte de façon détaillée de la mise en œuvre de la Convention dans la pratique, ni des difficultés rencontrées à cet égard, n’est pas pleinement conforme aux directives générales adoptées par le Comité pour l’établissement des rapports. Toutefois, le Comité se félicite de la volonté manifestée par la délégation d’engager un dialogue franc et ouvert.

B. Aspects positifs

143.Le Comité se félicite des efforts que fait l’État partie pour réformer son système juridique, réviser sa législation et défendre les valeurs démocratiques, et il accueille avec satisfaction en particulier les faits suivants:

a)La création en 2003 du Ministère des droits de l’homme, qui a pour but de promouvoir les droits de l’homme et d’en garantir le respect, y compris par l’examen de plaintes individuelles;

b)La permission accordée à de nombreuses organisations non gouvernementales d’exercer librement leur activité dans le pays;

c)Les dispositions de lois promulguées en matière de protection des droits de l’homme, notamment: l’article 149 de la Constitution; l’article 6 du Code de procédure pénale no 3 de 1994; l’article 21 du Code des infractions militaires et de leurs sanctions de 1998; l’article 9 de la loi no 15/2000 sur les forces de police; l’article 35 du Code pénal et la loi no 36 de 1983, portant ratification de la Convention arabe d’entraide judiciaire;

d)L’intention déclarée de l’État partie de ratifier le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, et les mesures prises au niveau national à cet égard;

e)La ratification des principaux instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme et l’incorporation de leurs dispositions dans l’ordre juridique interne;

f)Les activités d’éducation et de formation en matière de droits de l’homme et l’attitude ouverte de l’État partie à l’égard de la coopération internationale, que traduit l’accord conclu avec le Haut‑Commissariat aux droits de l’homme;

g)Les assurances reçues de la délégation concernant l’intention du pays d’établir des institutions spéciales pour accueillir les femmes vulnérables à leur sortie de prison;

h)L’accès aux personnes détenues accordé au Comité international de la Croix‑Rouge par le Département de la sécurité politique.

C. Facteurs et difficultés entravant la mise en œuvre de la Convention

144.Le Comité, bien que conscient des difficultés que rencontre l’État partie dans la lutte de longue haleine qu’il mène contre le terrorisme, rappelle qu’aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, ne peut être invoquée pour justifier la torture. Il souligne en particulier que les réactions de l’État partie aux menaces terroristes doivent être compatibles avec le paragraphe 2 de l’article 2 de la Convention et s’inscrire dans les limites de la résolution 1373 (2001) du Conseil de sécurité.

D. Sujets de préoccupation

145.Le Comité s’inquiète des éléments suivants:

a)L’absence en droit interne d’une définition complète de la torture reprenant celle de l’article premier de la Convention;

b)La nature de certaines sanctions pénales, en particulier la flagellation et l’amputation, qui peuvent constituer des violations de la Convention;

c)Les informations selon lesquelles les fonctionnaires du Département de sécurité politique auraient souvent pour pratique de garder les détenus au secret et les informations concernant des cas d’arrestation et de détention en masse pendant de longues périodes sans procès;

d)Le fait que, dans la pratique, les personnes détenues ne puissent pas communiquer avec un avocat ou un médecin de leur choix, ou avec leur famille, dès le début de leur détention;

e)Le fait que, apparemment, les nombreuses allégations de torture et violations de l’article 16 de la Convention ne fassent pas l’objet d’enquêtes promptes, impartiales et indépendantes et que leurs auteurs présumés ne soient pas poursuivis;

f)Les informations faisant état de l’expulsion d’étrangers qui n’ont pas auparavant été mis en mesure de contester juridiquement ces mesures; si ces informations sont vraies, ces mesures d’expulsion peuvent constituer une violation des obligations imposées par l’article 3 de la Convention;

g)Le fait que l’État partie n’a pas donné de renseignements détaillés concernant les modalités d’indemnisation et de réadaptation des victimes de mauvais traitements infligés par l’État;

h)La situation des femmes qui, ayant terminé leur peine d’emprisonnement, restent en prison pendant de longues périodes;

i)Le Comité s’inquiète de ce que l’âge de la responsabilité pénale soit bas, et de ce que des délinquants juvéniles de 7 ans à peine soient détenus dans des hôpitaux ou les instituts de protection sociale spécialisés.

E. Recommandations

146. Le Comité recommande à l’État partie:

a) D’adopter une définition de la torture qui couvre tous les éléments de celle qui figure à l’article premier de la Convention, et de modifier sa loi pénale en conséquence;

b) De prendre toutes les mesures utiles pour que les sanctions pénales soient pleinement conformes à la Convention;

c) De veiller à ce que toutes les personnes détenues aient immédiatement accès à un médecin et un avocat, et puissent communiquer avec leur famille à tous les stades de la détention, et à ce que les personnes détenues par le Département de la sécurité politique soient promptement présentées à un magistrat;

d) De prendre toutes les mesures utiles pour abolir la détention au secret de fait;

e) De prendre immédiatement des mesures pour que l’arrestation et la détention se déroulent sous supervision judiciaire indépendante et impartiale;

f) De s’assurer de la pleine conformité de toutes les mesures antiterroristes avec la Convention;

g) De veiller à ce que l’expulsion, le refoulement ou l’extradition d’une personne vers un autre État se fasse en conformité avec l’article 3 de la Convention;

h) De prendre des mesures pour mettre en place un système efficace, fiable et indépendant d’examen des plaintes, pour entreprendre des enquêtes promptes et impartiales sur les allégations de mauvais traitements ou de torture par la police et d’autres agents publics, et pour punir les coupables;

i) De redoubler d’efforts pour diminuer le nombre des cas de torture ou autres mauvais traitements de la part de la police et d’autres agents publics, et de recueillir les données concernant ces actes;

j) De veiller à ce que les victimes de la torture aient le droit de recevoir de l’État une indemnisation équitable et adéquate, et de mettre sur pied des programmes pour la réadaptation physique et psychologique des victimes;

k) De poursuivre et de développer les efforts pour créer des établissements spéciaux pour les femmes, de manière à éviter qu’elles restent en prison après la fin de leur peine;

l) De revoir l’âge de la responsabilité pénale et de veiller à ce que tous les établissements de protection et lieux de détention répondent aux normes internationales en matière de justice des mineurs, y compris celles de la Convention;

m) De songer à faire les déclarations prévues par les articles 21 et 22 de la Convention et à ratifier le Protocole facultatif se rapportant à la Convention;

n) En consultation étroite avec le Haut ‑Commissariat aux droits de l’homme, les mécanismes indépendants des Nations Unies relatifs aux droits de l’homme et les programmes de pays, d’établir des programmes appropriés d’éducation et de formation concernant, notamment, les procédures de présentation de rapports et les programmes des organes des Nations Unies créés par les instruments relatifs aux droits de l’homme qui visent à faire respecter l’interdiction de la torture et des mauvais traitements.

147. Le Comité recommande à l’État partie d’établir son prochain rapport de manière conforme aux principes du Comité relatifs à l’établissement des rapports, et d’y faire figurer, entre autres:

a) Des renseignements détaillés sur l’application pratique de sa législation et des recommandations du Comité;

b) Des statistiques détaillées, ventilées par infraction, région, origine ethnique et sexe, sur les plaintes pour actes de torture et mauvais traitements commis par des responsables de l’application de la loi, ainsi que sur les enquêtes, poursuites et sanctions pénales et disciplinaires correspondantes.

148. Le Comité recommande que l’État partie diffuse largement les rapports présentés par le Yémen au Comité ainsi que les conclusions et recommandations de celui ‑ci, dans les langues appropriées, par les sites Internet officiels, les médias et les organisations non gouvernementales.

149. Le Comité invite la délégation à présenter par écrit des renseignements complémentaires sur les questions qui ont été soulevées pendant le dialogue et qui restent sans réponse.

150. Le Comité demande à l’État partie de lui fournir, dans le délai d’un an, des renseignements sur la suite qu’il aura donnée aux recommandations du Comité contenues dans les paragraphes 146 d) et f) ci ‑dessus.

Note

1 Documents officiels de l’Assemblée générale, cinquante-huitième session, Supplément n o  48(A/58/48, par. 93 à 100).

IV. ACTIVITÉS MENÉES PAR LE COMITÉ EN APPLICATION DE L’ARTICLE 20 DE LA CONVENTION

A. Informations générales

151.En vertu du paragraphe 1 de l’article 20 de la Convention, s’il reçoit des renseignements crédibles qui lui semblent contenir des indications fondées attestant que la torture est pratiquée systématiquement sur le territoire d’un État partie, le Comité invite ledit État à coopérer à l’examen des renseignements et, à cette fin, à lui faire part de ses observations à ce sujet.

152.Conformément à l’article 69 du règlement intérieur du Comité, le Secrétaire général porte à l’attention du Comité les renseignements qui sont ou semblent être présentés pour examen par le Comité au titre du paragraphe 1 de l’article 20 de la Convention.

153.Le Comité ne reçoit aucun renseignement concernant un État partie qui, conformément au paragraphe 1 de l’article 28 de la Convention, a déclaré, au moment où il a ratifié la Convention ou y a adhéré, qu’il ne reconnaissait pas la compétence accordée au Comité aux termes de l’article 20, à moins que cet État n’ait ultérieurement levé sa réserve conformément au paragraphe 2 de l’article 28 de la Convention.

154.Le Comité a poursuivi ses travaux en application de l’article 20 de la Convention pendant la période couverte par le présent rapport. Conformément aux dispositions de l’article 20 de la Convention et des articles 72 et 73 du règlement intérieur, tous les documents et tous les travaux du Comité afférents aux fonctions qui lui sont confiées en vertu de l’article 20 de la Convention sont confidentiels et toutes les séances concernant ses travaux au titre de l’article 20 sont privées. Toutefois, conformément au paragraphe 5 de l’article 20 de la Convention, le Comité peut, après consultations avec l’État partie intéressé, décider de faire figurer dans son rapport annuel aux États parties et à l’Assemblée générale un compte rendu succinct des résultats desdits travaux. On trouvera ci‑après un résumé des activités du Comité concernant la Serbie‑et‑Monténégro.

155.Dans le cadre de ses activités de suivi, le Comité a chargé, à sa trente et unième session, un de ses membres, M. Rasmussen, d’activités visant à encourager les États parties, au sujet desquels ont été menées des enquêtes dont les résultats ont été publiés, à prendre des mesures pour donner suite aux recommandations du Comité. M. Rasmussen a pris contact avec les États concernés en vue d’obtenir des informations au sujet des mesures qu’ils ont prises jusqu’à présent.

B. Résumé des résultats de l’enquête concernant la Serbie ‑et ‑Monténégro

I. INTRODUCTION

156.Le 19 décembre 1997, le Humanitarian Law Center (HLC), organisation non gouvernementale basée à Belgrade, a présenté au Comité des informations où figuraient des allégations de recours systématique à la torture sur le territoire de la Serbie‑et‑Monténégro et a prié le Comité d’examiner la situation au titre de l’article 20 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En mai 1998, le Comité a invité le HLC à lui communiquer des renseignements supplémentaires corroborant les faits allégués. En novembre 1998, les informations fournies par le HLC ont été transmises à l’État partie, qui a été prié de communiquer ses observations. Compte tenu de la situation politique qui prévalait alors dans le pays, le Comité a ensuite décidé de reporter l’examen de la situation. En mai 2000, le Comité a décidé de demander une nouvelle fois à l’État partie de lui communiquer ses observations sur les allégations reçues. Les observations ont finalement été présentées le 23 août 2000.

157.En novembre 2000, le Comité a décidé d’ouvrir une enquête confidentielle, étant donné que les informations qui lui avaient été communiquées contenaient des éléments bien fondés indiquant que la torture était systématiquement pratiquée dans le pays. Dans le même temps, le Comité a prié le Gouvernement d’accepter que les membres du Comité chargés de l’enquête se rendent sur place. Le Gouvernement a accepté de recevoir la mission, et la visite s’est déroulée du 8 au 19 juillet 2002.

II. VISITE EN SERBIE‑ET‑MONTÉNÉGRO DU 8 AU 19 JUILLET 2002

158.La visite a été entreprise par M. Peter Burns, M. Andreas Mavrommatis et M. Ole Vedel Rasmussen. Les membres du Comité se sont rendus à Belgrade où ils ont eu des discussions avec le Ministre des affaires étrangères, des représentants du Ministère fédéral de la justice, le Vice‑Ministre serbe de la justice, le Ministre serbe de l’intérieur et son premier secrétaire privé, le Procureur général serbe, le Directeur de l’administration pénitentiaire serbe, des membres de la Cour suprême serbe, le Président du tribunal de district de Belgrade, le chef du Département de la sécurité publique (chef de la police) du Ministère serbe des affaires intérieures, le Procureur militaire suprême et le Coordonnateur de la Commission Vérité et réconciliation. Ils ont également rencontré des représentants de la Mission de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Serbie‑et‑Monténégro, du Conseil de l’Europe et d’organisations non gouvernementales (ONG). Les membres du Comité sont également allés à Novi Pazar, où ils ont rencontré le procureur de district et des représentants d’ONG. Ils ont en outre visité un certain nombre de commissariats et de prisons à Belgrade et dans d’autres régions de Serbie.

159.Par ailleurs, les membres du Comité se sont rendus à Podgorica, au Monténégro, où ils ont rencontré le Ministre des affaires étrangères par intérim et Vice‑Premier Ministre, le Ministre de la justice, le Vice‑Ministre des affaires intérieures et le Procureur général. Au Monténégro, ils ont également rencontré des représentants d’ONG et visité deux commissariats et la prison de Spuž (voir chap. V). Étant donné que les autorités yougoslaves n’avaient aucun pouvoir sur le territoire du Kosovo depuis que la Mission des Nations Unies au Kosovo (MINUK) s’y était établie en 1999, le Comité a estimé qu’il était préférable de ne pas inclure le Kosovo dans la visite.

160.Les autorités fédérales et républicaines, qui approuvaient la visite, se sont montrées très coopératives. Les membres du Comité ont visité des prisons et d’autres lieux de détention à l’improviste et se sont entretenus en privé avec des détenus. La seule difficulté qu’ils ont rencontrée concernait les entretiens avec les prévenus en détention provisoire. Conformément à la loi, ces entretiens devaient être approuvés par les juges d’instruction concernés, règle applicable quelle que soit la personne souhaitant rencontrer le prévenu. Malheureusement, les membres du Comité n’avaient pas été informés de cette condition avant leur arrivée dans le pays. Finalement, les autorisations nécessaires ont été délivrées. Néanmoins, les membres du Comité auraient souhaité que l’État partie prenne des dispositions à l’avance pour éviter que leur travail ne soit retardé.

III. CONSTATATIONS DU COMITÉ CONCERNANT LA SERBIE

161.Le recours systématique à la torture sous le régime du Président Slobodan Milosevic a été abondamment décrit par des ONG nationales et internationales, les Rapporteurs spéciaux de la Commission des droits de l’homme sur la situation des droits de l’homme dans le territoire de l’ex‑Yougoslavie et l’OSCE. Les témoignages directs et les renseignements émanant de sources gouvernementales et non gouvernementales qui ont été communiqués aux membres du Comité avant leur séjour en Serbie et durant celui‑ci ont confirmé la fiabilité des informations figurant dans ces rapports et la conclusion selon laquelle la torture avait été systématiquement pratiquée sous le régime de Milosevic, essentiellement pour des raisons politiques. Les dossiers du Comité contiennent un volume considérable d’informations à ce sujet, dont une partie a été transmise à l’État partie.

162.Les informations recueillies par les membres du Comité durant leur séjour en Serbie‑et‑Monténégro montrent que les caractéristiques et la fréquence des actes de torture ont totalement changé après octobre 2000, sous le nouveau régime politique. Leurs constatations à ce sujet sont principalement fondées sur des témoignages recueillis auprès de personnes en liberté qui affirment avoir été torturées ou maltraitées, de détenus, de membres d’ONG, de médecins de prison, d’agents de la force publique, de fonctionnaires gouvernementaux et de membres de l’appareil judiciaire.

A. Informations recueillies lors d’entretiens avec des victimes présumées et dans le cadre de visites de lieux de détention

163.Les membres du Comité ont interrogé deux personnes qui affirmaient avoir été torturées avant d’être remises en liberté. Ils se sont également entretenus en privé avec 40 personnes privées de liberté. Ces personnes avaient été choisies parmi les dernières arrivées dans les lieux de détention visités, certaines sur la base d’antécédents médicaux consignés dans les archives de l’établissement au cours des mois précédant la visite. Dix des personnes interrogées ont déclaré avoir été traitées d’une manière qui, selon les membres du Comité, pouvait correspondre à la définition de la torture figurant à l’article premier de la Convention.

164.À chaque commissariat et à chaque prison visités, les membres du Comité ont examiné les registres qui, en général, étaient bien tenus. Dans les commissariats, ils ont inspecté les locaux utilisés pour les interrogatoires et les cellules où étaient placés les détenus. Bien que le but principal de leur visite n’était pas d’examiner les conditions matérielles de détention, ils n’ont pu s’empêcher d’être frappés par certains aspects. Par exemple, dans la plupart des commissariats, les cellules n’avaient pas d’éclairage, pas de ventilation, pas de mobilier ni d’installations d’assainissement convenables1. Quant aux conditions régnant dans les prisons, les membres du Comité ont noté que le temps quotidien d’exercice à l’air libre alloué aux personnes mises en détention provisoire était bien trop court (environ une demi‑heure). Le reste de la journée, les détenus restaient dans leur cellule sans qu’on leur propose une seule activité digne de ce nom. Certains restaient même au régime cellulaire durant de longues périodes. En outre, il ne semblait pas y avoir de système d’inspection des conditions de détention par des experts indépendants. Les détenus qui souhaitaient déposer une plainte n’avaient d’autre possibilité que d’écrire au Ministère de la justice. Le Comité d’Helsinki pour les droits de l’homme, qui avait été autorisé récemment à visiter quelques prisons, a déclaré aux membres du Comité que la plupart de ces plaintes restaient sans réponse.

165.Dans l’ensemble, les membres du Comité ont eu l’impression que la situation dans les prisons s’était considérablement améliorée depuis octobre 2000, et que les autorités étaient parvenues à modifier le comportement du personnel, ne retenant que les personnes décidées à se conduire de manière appropriée. Cette impression a été confirmée par les témoignages des détenus.

1. Prisons

Prison centrale de Belgrade

166.Un membre du Comité ayant des compétences en médecine a examiné les dossiers médicaux de 70 personnes placées en détention provisoire qui relevaient du tribunal de district de Belgrade. Cinquante‑cinq d’entre eux ne contenaient aucune indication de mauvais traitements ou d’agression physique de la part de la police. Dans les 15 dossiers restants (soit 21 %), il était consigné que les détenus avaient affirmé avoir été frappés par la police. Dans 6 dossiers (soit environ 9 % du nombre total de dossiers examinés), les détenus présentaient des marques décrites par le médecin ayant pratiqué l’examen. De plus, le médecin de la prison a dit aux membres du Comité qu’environ un tiers des détenus souffraient de lésions à leur arrivée, même si elles ne résultaient pas nécessairement de mauvais traitements infligés par la police. Les détenus qui affirmaient avoir été battus par la police (environ 10 %) présentaient généralement des lésions mineures, des ecchymoses, par exemple. Leurs allégations étaient toujours consignées dans leur dossier médical. Le médecin a par ailleurs indiqué qu’il n’y avait pas de cas de détenu frappé par un gardien, alors que cela était chose courante dans le passé.

167.Les membres du Comité ont également interrogé 21 personnes placées en détention provisoire, certaines d’entre elles ayant été sélectionnées sur la base des dossiers médicaux examinés. Toutes étaient accusées de délits de droit commun. Neuf ont affirmé que la police les avait battues ou soumises à d’autres formes de torture en vue de leur extorquer des aveux.

Prison de Sremska Mitrovica

168.À la prison de Sremska Mitrovica, la plus grande du pays avec plus de 1 000 détenus, les membres du Comité ont été informés que la nouvelle direction avait opéré des changements importants. Jusqu’à la fin de 2000, aucune mesure disciplinaire n’avait été imposée aux gardiens accusés de mauvais traitements dont la culpabilité avait été établie. Néanmoins, le directeur a affirmé que tous les gardiens qui posaient problème avaient été transférés. Depuis lors, il n’y avait pas eu de conflit entre les détenus et le personnel ni d’incident violent entre détenus. Le médecin de la prison a confirmé qu’il n’y avait pas eu de tortures ni de mauvais traitements dans cet établissement.

169.Parmi les cinq détenus interrogés dans cette prison, aucun n’a indiqué avoir été torturé avant ou pendant sa détention. Quatre ont déclaré que la situation avait complètement changé au cours des deux années précédentes, depuis l’arrivée du nouveau directeur et le renvoi de certains gardiens. Un détenu, qui avait été placé dans une cellule disciplinaire après avoir tenté de s’évader, ne s’est plaint d’aucun mauvais traitement de la part du personnel de la prison.

Pénitencier pour femmes de Pozarevac

170.Les membres du Comité ont interrogé individuellement six détenues dans la section fermée. Aucune n’a affirmé avoir été torturée ou maltraitée par la police ou les gardiens de prison. Dans les sections ouverte et semi‑ouverte, un groupe de détenues a fait état de mauvais traitements dans le passé. Elles ont toutefois estimé que la situation actuelle était très bonne. L’une d’entre elles a rapporté un incident au cours duquel un garde en colère l’avait frappée sur la paume de la main tandis qu’elle travaillait à l’extérieur. Le garde aurait été relevé de ses fonctions et une procédure disciplinaire serait en cours. Le médecin du pénitencier a confirmé qu’elle n’avait entendu parler d’aucun cas de torture ou de mauvais traitements au cours des trois années précédentes.

Prison militaire de Belgrade

171.Un détenu a été interrogé dans cette prison. Il avait été arrêté pour désertion. Il n’a rapporté ni tortures ni mauvais traitements.

2. Commissariats de police

172.Les membres du Comité ont visité neuf commissariats de police, à savoir ceux situés dans les rues de Bozidura Adzije, de Rakovica, de Vozdovac, de Palilula, du 29 Novembre, de Stari Grad et Milan Rakic à Belgrade, le commissariat de police principal de Smederevo et le commissariat de police central de Novi Sad. Il y avait à ce moment‑là deux détenus au commissariat de Vozdovac, un à celui de la rue Milan Rakic et un autre à celui de Smederevo. Aucun n’a affirmé avoir été torturé ou maltraité. Au commissariat de police de la rue du 29 Novembre, seul un vieil homme se trouvait dans les locaux de détention, et il n’a signalé aucun mauvais traitement. Un membre du Comité s’est entretenu avec deux supposés immigrants illégaux qui attendaient d’être présentés au tribunal correctionnel. Ils ont indiqué qu’ils étaient bien traités.

B. Renseignements fournis par des organisations non gouvernementales

173.Les représentants d’ONG que les membres du Comité ont rencontrés leur ont fourni des renseignements concernant des cas de torture qui avaient été portés à leur attention par les victimes présumées. De leur avis, il n’y avait pas eu de violations massives du droit de ne pas être soumis à la torture depuis le changement de gouvernement. Néanmoins, le nombre de cas de recours excessif à la force par des agents du maintien de l’ordre dans l’accomplissement de leurs fonctions demeurait un sujet de préoccupation. Selon les représentants d’ONG, il restait beaucoup à faire en ce qui concernait la formation du personnel de maintien de l’ordre aux droits de l’homme et d’autres changements sur le plan du personnel devaient être effectués afin de rompre clairement avec les pratiques du régime précédent et de rétablir la confiance du public à l’égard des forces de l’ordre. La torture était fréquemment utilisée pour obtenir des renseignements. Toutefois, dans de nombreux cas, elle traduisait la mentalité qui prédominait chez les policiers, pour qui l’usage excessif de la force avait toujours fait partie de leur travail quotidien. En outre, les ONG ont fait observer que, depuis le changement de gouvernement, seul un petit nombre d’auteurs présumés d’actes de torture commis sous le régime précédent avaient fait l’objet d’une enquête ou avaient été traduits en justice.

174.Le HLC a fourni des renseignements sur 12 cas spécifiques concernant 21 victimes présumées qui se seraient produits entre le 1er décembre 2000 et mars 2002 à Belgrade, Smederevo, Becej (Voïvodine), Presevo, Novi Sad, Smederevska Palanka, Srbobran (Voïvodine), Vladicin Han, Kragujevac et Backa Palanka. Toutes les victimes affirmaient avoir été rouées de coups; l’une disait avoir reçu des décharges électriques et une autre, asthmatique, n’avait pas été autorisée à utiliser son inhalateur lors d’une forte crise d’asthme survenue au commissariat de police. Six des victimes présumées étaient roms.

175.Le Comité des juristes yougoslaves pour les droits de l’homme a fourni des renseignements sur 16 cas, dont quatre s’étaient produits en Serbie après le 5 octobre 2000. Les récits faisaient état de passages à tabac à l’aide de matraques, de coups assénés sur la plante des pieds, de refus de soins médicaux à une victime inconsciente, d’agression sexuelle (peut‑être un viol) et de coups de feu tirés près de la tête. Les incidents auraient eu lieu dans la rue ou lors d’interrogatoires dans des commissariats de police. Dans un de ces cas, la victime aurait été frappée par des gardiens de prison et, dans un autre, par des soldats. Parmi les lieux cités figuraient Belgrade, Leskovac, Tutin, Sjenica (tous deux dans le Sandjak), Surdulica, Prokuplje et Vranje.

176.Le Minority Rights Centre, ONG qui surveille la situation des Roms, a indiqué que les membres de cette minorité étaient particulièrement exposés aux violences policières et a cité quelques exemples figurant dans un rapport intitulé «Abuses of Roma Rights in Serbia»2. Après la visite des membres du Comité, d’autres ONG ont également fourni des renseignements, notamment le Comité pour les droits de l’homme de Leskovac, le Comité pour les droits et les libertés du Sandjak et le Comité pour les droits de l’homme de Bujanovac. Les cas cités concernaient la plupart des régions de la Serbie.

C. Renseignements fournis par des fonctionnaires gouvernementaux

177.Presque tous les fonctionnaires gouvernementaux que les membres du Comité ont rencontrés ont reconnu que la torture avait été largement pratiquée sous le régime précédent. Ils ont toutefois affirmé que la situation avait totalement changé avec le nouveau gouvernement, en particulier en ce qui concernait l’attitude de la police.

178.Le Ministre des affaires intérieures a déclaré que la torture ne faisait plus partie des méthodes utilisées par la police. Quelques cas de recours excessif à la force s’étaient produits depuis octobre 2000, mais les mesures nécessaires avaient été prises. Il y avait eu notamment l’ouverture d’enquêtes disciplinaires, voire criminelles si la situation l’exigeait, et les auteurs présumés avaient été suspendus de leurs fonctions pour la durée de l’enquête. Il a ajouté que tous les hauts fonctionnaires du Ministère avaient changé et que le processus de renouvellement du personnel était presque achevé dans toutes les régions. Presque les deux tiers des chefs des commissariats de police de toute la Serbie avaient changé.

179.Le Directeur des prisons au Ministère de la justice a affirmé que la torture dans les prisons avait été éliminée, principalement en changeant les directeurs de prison et leurs adjoints. De nombreux membres du personnel pénitentiaire avaient été renvoyés et beaucoup avaient été accusés d’infractions pénales. Néanmoins, le Directeur ne disposait pas de statistiques relatives au nombre de personnes concernées. Les cas de recours excessif à la force par des gardiens de prison étaient rares désormais, et ils aboutissaient généralement au renvoi des coupables. Le Ministère n’avait pas davantage de statistiques sur ces affaires. Tous les détenus étaient examinés par un médecin à leur arrivée. S’ils affirmaient avoir été torturés ou maltraités par la police, cette information était consignée dans leur dossier médical et communiquée au juge d’instruction. Le Ministère a reconnu qu’il n’y avait pas de système d’inspection des prisons par un organe indépendant. C’était pour cela qu’il avait invité le Comité d’Helsinki pour les droits de l’homme à visiter des lieux de détention. Des efforts avaient toutefois été entrepris en vue de créer un mécanisme de surveillance avec la participation d’experts extérieurs au Ministère.

D. Garanties légales pour la prévention de la torture et des mauvais traitements

180.Entré en vigueur le 28 mars 2002, le nouveau Code de procédure pénale apporte des améliorations importantes en matière de procédures d’application des lois durant la phase préparatoire au procès. Certaines de ces améliorations sont directement en rapport avec la prévention de la torture, par exemple celles qui portent sur la durée maximale de la garde à vue ou le droit de consulter un avocat. Néanmoins, le nouveau Code de procédure pénale n’est pas applicable aux personnes soupçonnées d’avoir commis un délit correctionnel. Conformément à la loi relative aux délits correctionnels, la police peut détenir un suspect 24 heures au maximum avant de le présenter à un juge. Les suspects placés en garde à vue n’ont pas le droit d’avoir accès à un avocat. Les membres du Comité ont noté que les délits correctionnels présumés figuraient souvent parmi les motifs de détention dans les commissariats de police. Selon des informations que leur a communiquées le Ministère des affaires intérieures, durant la période allant de janvier à juin 2002, 1 918 personnes ont été arrêtées et 1 865 privées de liberté. Parmi ces dernières, 1 104 personnes ont été détenues dans des locaux de police pour le seul motif de trouble à l’ordre public. D’après ces statistiques, il semble qu’un grand nombre de personnes arrêtées par la police ne bénéficient pas de la protection prévue dans le nouveau Code de procédure pénale.

181.Le principe général concernant le droit à l’assistance d’un conseil figure à l’article 5 du nouveau Code de procédure pénale, selon lequel une personne privée de liberté doit être immédiatement informée qu’elle a le droit d’être assistée du conseil de son choix et de demander que les membres de sa famille ou d’autres personnes de son entourage soient avisés de sa détention.

182.L’article 226 du nouveau Code de procédure pénale dispose que la police peut convoquer un individu en vue de recueillir des informations mais qu’elle ne peut pas l’interroger pendant plus de quatre heures. Elle n’est pas autorisée à recourir à la force pour obtenir des renseignements de la part des citoyens. Une note officielle ou un procès‑verbal en question doit être rédigé sur‑le‑champ et lu à l’intéressé. Celui‑ci peut émettre des objections, que les autorités de police sont tenues de consigner dans la note officielle ou le procès‑verbal. En vertu du même article, lorsque la police recueille des informations auprès d’un individu dont il y a tout lieu de croire qu’il a commis une infraction pénale, celui‑ci peut être convoqué en tant que suspect; la convocation doit contenir des informations indiquant que l’intéressé a le droit d’être assisté d’un conseil. Si, tandis qu’elle recueille des informations, la police juge que l’individu convoqué est un suspect, elle doit immédiatement l’informer de l’infraction pénale dont il est accusé, de son droit d’être assisté d’un conseil qui sera présent lors des futurs interrogatoires et du fait qu’il n’est pas obligé de répondre aux questions qui lui sont posées en l’absence de son conseil. L’article 226 dispose en outre que lorsqu’elle interroge un suspect, la police doit en informer le procureur, qui peut assister à l’interrogatoire.

183.En vertu de l’article 5 du nouveau Code de procédure pénale, toute personne arrêtée sans ordonnance judiciaire doit être présentée immédiatement au juge d’instruction compétent. Selon le paragraphe 3 de l’article 227, si la personne privée de liberté est présentée au juge plus de huit heures après son arrestation pour raison de force majeure, le fonctionnaire de police compétent doit exposer le motif de ce retard dans une déclaration qui sera adressée au juge d’instruction. En outre, l’article 229 dispose qu’une personne privée de liberté ne peut être détenue par la police, en vue d’obtenir des renseignements, plus de 48 heures avant d’être présentée à un juge3.

184.Selon les renseignements fournis aux membres du Comité, il semble que les principes susmentionnés soient généralement respectés dans les cas qui relèvent du nouveau Code de procédure pénale. Néanmoins, la torture semble encore être pratiquée pendant les 48 heures qui précèdent la présentation du suspect au juge et avant que l’intéressé n’ait eu la possibilité d’entrer en contact avec son avocat. Il arrive que le suspect ne soit pas autorisé à appeler son avocat ou bien qu’il ne connaisse pas d’avocat, auquel cas il est tenu d’accepter l’un de ceux que lui propose la police. Dans certains cas que les membres ont examinés, les victimes présumées se plaignaient de ce que l’avocat n’avait joué qu’un rôle purement formel ou n’avait prêté aucune attention au fait que son client avait été maltraité.

185.Certains fonctionnaires de police que les membres du Comité ont rencontrés ont avancé que la police n’avait aucun intérêt à obtenir des aveux sous la contrainte puisque de tels aveux ne pouvaient servir de preuve dans une procédure judiciaire. À cet égard, l’article 89 du nouveau Code de procédure pénale dispose qu’il est interdit de recourir à la force pour extorquer à un suspect une déclaration ou des aveux et qu’en cas de violation le tribunal ne pourra fonder sa décision sur la déclaration ou les aveux en question. Néanmoins, les membres du Comité sont convaincus que, même si la condamnation ne peut être fondée exclusivement sur des aveux, la police utilise les renseignements qu’elle a obtenus des détenus pour continuer son enquête. D’ailleurs, certains policiers interrogés dans des commissariats ont affirmé qu’ils manquaient de matériel moderne de recherche criminelle et qu’ils devaient utiliser des outils très rudimentaires.

186.Lors de sa rencontre avec les membres du Comité, le Procureur général a souligné les efforts qui avaient été entrepris pour modifier la mentalité des policiers. De son avis, cette évolution devait aller de pair avec les changements en cours concernant le personnel et la réorganisation interne de la police. Les policiers devaient aussi modifier leur façon de recueillir des éléments de preuve. Ils devaient comprendre que les preuves d’un crime ne pouvaient être obtenues que par des moyens légaux. Tout cela était très important pour son Bureau car en vertu des lois yougoslaves, les procureurs généraux ne dirigeaient pas les enquêtes policières et ne pouvaient donner à la police des instructions concernant la manière de recueillir ce type de preuves.

187.La nécessité d’un changement de mentalité dans la police a été soulignée par plusieurs interlocuteurs, ainsi que dans un rapport publié en octobre 2001 par l’OSCE, intitulé «Study on Policing in the Federal Republic of Yugoslavia». Selon ce rapport, la raison pour laquelle un si grand nombre de situations s’accompagnent de violences, de résistance et de ressentiment est que non seulement les policiers n’agissent pas, mais ils ne comprennent pas que c’est leur devoir d’agir, conformément à la déontologie. En l’absence de code d’éthique ou de principes relatifs au maintien de l’ordre, il semble que cet état de choses peu satisfaisant prédomine dans toute la Yougoslavie. C’est pourquoi il est proposé d’introduire dans tout le pays, à l’intention des policiers, un grand programme de formation aux droits de l’homme qui soit crédible et directement en rapport avec les situations auxquelles ils sont confrontés sur le terrain4.

E. Enquêtes sur les responsables d’actes de torture et sanctions

1. Procédures disciplinaires

188.Le chef de la sécurité publique de Serbie, qui est responsable du contrôle interne de la police au Ministère des affaires intérieures, a expliqué aux membres du Comité que chaque direction régionale de la police comprenait un service de contrôle interne chargé d’évaluer et de superviser chaque policier. Si l’un de ces services reçoit des informations relatives à des exactions commises par la police, quelle qu’en soit la source, il peut ouvrir une enquête et porter l’affaire devant les tribunaux disciplinaires compétents établis par le Ministère. Les mesures disciplinaires peuvent consister en une diminution du salaire mensuel pouvant atteindre 30 % sur une période allant de un à six mois ou le retour à un salaire de niveau inférieur durant une période donnée. En dernier recours, l’intéressé peut être relevé de ses fonctions. Une procédure disciplinaire peut être conduite, qu’une procédure pénale soit en cours ou non. Par la suite, le Ministère a informé les membres du Comité qu’entre janvier et juin 2002, 392 plaintes avaient été déposées contre la police, dont 43 avaient été déclarées fondées et avaient abouti à l’ouverture d’une procédure disciplinaire. Néanmoins, il n’a pas précisé le nombre de plaintes qui faisaient état de tortures ou de mauvais traitements ni indiqué si des poursuites pénales avaient été engagées.

189.Les membres du Comité ont noté qu’en vertu du décret sur les responsabilités disciplinaires au Ministère des affaires intérieures5, qui régit les procédures disciplinaires internes, la décision d’ouvrir ou non ce type de procédure incombe au supérieur direct du fonctionnaire contre lequel une plainte a été déposée. Le supérieur détermine si les éléments du dossier donnent à penser qu’une violation a pu être commise et renvoie l’affaire au procureur du tribunal disciplinaire. Il a donc la possibilité de bloquer toute procédure contre un membre de son service. En outre, les membres du Comité ont entendu des allégations selon lesquelles ni le décret ni la pratique suivie par la police ne garantissaient que la partie lésée soit dûment informée de l’évolution et de l’aboutissement de la procédure.

190.En ce qui concerne le fonctionnement des tribunaux disciplinaires, les ONG ont indiqué que si les policiers étaient désormais bien plus attentifs aux plaintes et observations émanant des organisations de défense des droits de l’homme, ils essayaient fréquemment de nier qu’un cas spécifique de torture s’était produit ou, si cela leur était impossible en raison de l’existence de preuves indiscutables (telles que rapports médicaux, photographies ou déclarations de témoins oculaires), ils disaient au public qu’il y aurait enquête et que les coupables devraient rendre des comptes, mais cela ne se passait pas toujours ainsi. Dans les cas graves de torture, même si les preuves sont claires, les tribunaux disciplinaires accordent généralement plus de crédit aux déclarations des policiers qu’à celles des victimes. En outre, il semble que certains fonctionnaires siégeant dans des tribunaux disciplinaires aient eux‑mêmes été accusés d’avoir commis des actes de torture.

191.Dans son étude sur le maintien de l’ordre mentionnée ci‑dessus, l’OSCE a affirmé qu’il était nécessaire de vérifier la qualité du travail accompli par tous les services de contrôle interne d’une manière acceptable par le public et qu’afin de répondre aux préoccupations du public, il fallait créer un organe indépendant doté de réels pouvoirs de contrôle et d’intervention. Dans ce rapport, l’OSCE ajoutait que, si l’on souhaitait que la police soit dûment tenue pour responsable, il fallait instaurer un contrôle externe et totalement indépendant sur les enquêtes qu’elle mènerait à l’avenir en cas de plainte, mais que l’autorité qui en serait chargée devrait être investie de solides pouvoirs afin d’exiger l’accès aux documents, pièces et dossiers ayant trait à la plainte, et être en outre habilitée à ordonner une enquête complémentaire si nécessaire6.

2. Poursuites pénales

192.Les membres du Comité ont relevé un certain nombre d’insuffisances dans la législation relative à l’interdiction de la torture et dans le fonctionnement des institutions chargées d’enquêter sur les plaintes.

193.Dans ses conclusions et recommandations sur le rapport initial de la Yougoslavie, le Comité s’est dit préoccupé par l’absence dans le droit pénal yougoslave de dispositions définissant la torture en tant que crime spécifique conformément à l’article premier de la Convention, et a recommandé que l’expression «crime de torture» soit incorporée à la lettre dans les codes pénaux yougoslaves7. Or, la situation n’a pas changé. Il en résulte que les auteurs d’actes de torture ne peuvent être accusés qu’en vertu de dispositions pénales relatives à l’«extorsion d’aveux»8 ou au «préjudice civil»9. Cependant, ces dispositions couvrent un champ plus restreint que la définition figurant à l’article premier. Par exemple, elles ne semblent pas inclure les cas où la torture est infligée «à l’instigation d’un agent de la fonction publique ou avec son consentement exprès ou tacite». De plus, il semble que la plupart des juges ne soient pas pleinement informés des obligations internationales de la République fédérative de Yougoslavie en matière de droits de l’homme et, en particulier, de celles qui découlent de la Convention, comme l’ont confirmé des membres de la Cour suprême serbe avec lesquels les membres du Comité se sont entretenus. Selon eux, il arrivait fréquemment que les juges découvrent ces obligations et la jurisprudence des organes internationaux au moment même où les ONG les portaient à leur attention.

194.De manière générale, il semble que les juges et les procureurs n’ouvrent une enquête que s’ils reçoivent une plainte officielle de la victime ou de son avocat. Interrogés au sujet de la réaction des juges d’instruction face à une plainte pour torture, les membres de la Cour suprême ont déclaré qu’en théorie les juges devaient en informer le procureur général, auquel il incombait d’engager des poursuites. Ils ont toutefois ajouté que, dans la pratique, les procureurs généraux n’intervenaient que lorsqu’un avocat déposait une plainte et portait l’affaire à la connaissance du public.

195.L’inaction du parquet était encore plus flagrante dans le passé et dans des régions telles que le Kosovo et le Sandjak10. Lorsque les membres du Comité ont soulevé cette question auprès du Procureur général de la Serbie, en particulier à propos de cas qui s’étaient produits avant octobre 2000, il a déclaré que certains procureurs étaient en train d’examiner des affaires mais qu’il ne pouvait fournir des informations à ce sujet sur‑le‑champ. Son Bureau s’était aussi occupé de crimes de guerre. Cependant, il était difficile d’enquêter sur de tels crimes car les preuves devaient être fournies par la police, qui n’était pas toujours disposée à coopérer11.

196.Lorsque des victimes déposent une plainte, l’un des premiers obstacles auxquels elles se heurtent est la pression que la police exerce sur elles pour les en empêcher, en les menaçant de porter plainte elle‑même contre elles. Si les victimes persistent malgré tout, la police porte systématiquement plainte contre elles pour entrave à un fonctionnaire de police dans l’exercice de ses fonctions (art. 213 du Code pénal serbe) ou pour trouble à l’ordre public. Les membres du Comité ont eu connaissance d’un cas de ce type, où la peine de quatre mois d’emprisonnement avec sursis, prétendument pour entrave (insulte à fonctionnaires de police), était presque aussi lourde que celle prononcée à l’encontre d’un fonctionnaire de police pour dommages corporels. En outre, il a été affirmé à plusieurs reprises que la plainte déposée par la police était généralement examinée très rapidement alors que celle déposée par la victime l’était très lentement, voire pas du tout. Les membres de la Cour suprême serbe ont dit aux membres du Comité qu’ils ne pouvaient ni confirmer ni infirmer cette allégation, mais le Procureur général a déclaré être au courant de la situation.

197.S’agissant du rôle des procureurs dans l’examen des plaintes, plusieurs interlocuteurs, y compris le Procureur général lui‑même, ont souligné que dans la pratique les procureurs n’avaient aucun contrôle sur la police lorsqu’il s’agissait de recueillir des éléments de preuve12. Les membres du Comité notent avec préoccupation que cela est contraire aux dispositions de l’article 46 du Code de procédure pénale, conformément auquel le Procureur général est habilité à demander l’ouverture d’une enquête et à diriger l’instruction. L’article 46 dispose également que la police et les autres autorités de l’État compétentes en matière d’enquêtes sur les infractions pénales sont tenues d’enquêter dès lors que le procureur concerné leur en fait la demande.

198.Les ONG ont indiqué que très souvent les procureurs ne poursuivaient pas les auteurs présumés d’actes de torture et n’informaient même pas la victime présumée de la suite donnée à sa plainte. Or, l’absence de notification peut constituer un obstacle important au déroulement de la procédure. En vertu de l’article 61 du Code de procédure pénale, lorsque le procureur rejette une plainte ou décide de retirer les charges, la partie lésée peut elle‑même engager des poursuites et ouvrir une procédure judiciaire huit jours au plus tard après avoir été notifiée de la décision du procureur. Si la partie lésée ne reçoit aucune notification, le Code prévoit pour cela une période de trois mois commençant à la date à laquelle la plainte a été rejetée ou les charges retirées. Les membres de la Cour suprême ont confirmé que même en l’absence de notification, qui était très courante, les juges autorisaient la partie lésée à engager elle‑même des poursuites et à ouvrir une procédure judiciaire.

199.Des ONG ont fourni des renseignements concernant un certain nombre de cas dans lesquels des policiers avaient été déclarés coupables d’actes en rapport avec la torture. Elles ont toutefois affirmé que seul un petit nombre d’affaires étaient portées devant les tribunaux et que les responsables d’actes de torture se voyaient très rarement infliger des peines proportionnelles à la gravité du crime commis. Les peines allaient rarement au‑delà de six mois d’emprisonnement et étaient fréquemment prononcées avec sursis, ce qui permettait aux policiers concernés de conserver leur emploi13. Les ONG ont également indiqué que les policiers n’étaient généralement pas suspendus de leurs fonctions le temps de l’enquête. Les membres de la Cour suprême étaient eux aussi d’avis que seul un petit nombre d’affaires de torture étaient portées devant les tribunaux. Le Vice‑Ministre serbe de la justice a déclaré que les victimes de torture ne portaient plainte que dans un très petit nombre de cas et qu’il était encore plus rare que l’on aboutisse à une condamnation. En outre, les juges prononçaient généralement des peines très légères, voire conditionnelles.

200.Les ONG ont également affirmé que les procès devaient très souvent être reportés, parfois plusieurs fois dans la même affaire, parce que les policiers accusés ne se présentaient pas aux audiences. Les membres de la Cour suprême ont confirmé ces allégations. Apparemment, les juges confrontés à cette situation s’en plaignaient auprès du chef de police compétent mais leur démarche n’aboutissait pas toujours à une réponse appropriée14.

201.Les représentants du Comité du Sandjak pour la protection des droits de l’homme ont parlé aux membres du Comité de certaines difficultés auxquelles ils se heurtaient lorsqu’ils déposaient des plaintes relatives à des incidents qui s’étaient produits quelques années auparavant. En 2001 et 2002, ils avaient déposé 33 plaintes portant sur des actes relevant des articles 65 et 66 du Code pénal serbe qui avaient été commis au Sandjak, principalement dans les années 90. Or, deux plaintes seulement étaient en cours d’examen, toutes les autres ayant été rejetées. Selon eux, les avocats avaient beaucoup de mal à fournir des preuves médicales étant donné qu’entre 1992 et 1997 les établissement médicaux n’étaient pas autorisés à établir un dossier médical concernant les victimes de violences policières. Les preuves documentaires fournies à l’appui des plaintes consistaient essentiellement en des témoignages, des noms de témoins et des photographies. De leur avis, le procureur de district faisait une interprétation erronée de l’article 65 du Code pénal serbe. Selon lui, il y avait crime uniquement si les actes incriminés avaient causé des blessures graves. Une autre difficulté à laquelle ils se heurtaient était que certaines affaires concernaient des crimes soumis à la prescription15.

202.Lorsque les membres du Comité ont rapporté ces allégations au procureur de district de Novi Pazar, celui‑ci a fait observer que le délai imparti pour porter plainte en vertu des articles 65 et 66 était de cinq ans et que, par conséquent, de nombreuses affaires étaient touchées par la prescription. Il a ajouté qu’outre les 33 cas mentionnés ci‑dessus, son Bureau et les juges municipaux avaient examiné beaucoup d’autres affaires au cours des 10 années précédentes, et il a promis de collecter des données et quelques statistiques à ce sujet et de les transmettre au Comité. Cependant, ces renseignements n’ont jamais été reçus.

IV. CONSTATATIONS DU COMITÉ CONCERNANT LE MONTÉNÉGRO

203.Seul un petit nombre de cas signalés au Comité par des ONG depuis 1997 se sont produits au Monténégro. Durant la visite, des ONG du Monténégro ont fourni aux membres du Comité des renseignements concernant certaines affaires. L’une d’elles a affirmé que ses avocats avaient déposé 20 plaintes qui, au moment de la visite, se trouvaient à différents stades de la procédure pénale. Aucun des interlocuteurs du Comité n’a déclaré que le recours à la torture était systématique dans la République, ni dans le passé ni actuellement.

204.Durant leur séjour au Monténégro, les membres du Comité ont visité la prison de Spuž. Le Comité n’avait été informé d’aucune allégation de torture ou de mauvais traitements dans cet établissement. Le directeur de la prison a expliqué qu’au cours des trois années précédentes, il avait participé à un vaste programme de réforme incluant la formation du personnel. L’accent avait largement été mis sur l’établissement des meilleures relations possibles entre le personnel et les détenus. En 2002, seulement deux cas de recours excessif à la force ont été signalés. Le premier incident concernait un détenu malade mental qui avait été frappé par un garde pour avoir refusé de quitter sa cellule. Le deuxième concernait un détenu qui avait agressé physiquement un témoin au tribunal; on avait recouru à la force pour le maîtriser alors qu’il avait déjà commencé à obtempérer. La sanction imposée aux gardes impliqués dans ces deux affaires a consisté à ne leur verser que la moitié de leur salaire pendant trois mois. Si les détenus concernés avaient été gravement blessés, ces incidents auraient été assimilés à des voies de fait et auraient donc fait l’objet de poursuites pénales.

205.Le directeur a en outre expliqué que tous les détenus étaient examinés par un médecin à leur arrivée. Toute blessure était constatée par écrit. Les rapports médicaux étaient communiqués à l’avocat du détenu, à la famille de celui‑ci, au Ministre de l’intérieur et au juge d’instruction. Par ailleurs, le médecin de garde a dit aux membres du Comité qu’environ cinq ans auparavant les détenus qui arrivaient à la prison se plaignaient fréquemment d’avoir été torturés ou maltraités et qu’il y avait eu certains cas graves. Depuis lors, la situation avait beaucoup changé, bien que certains détenus signalent encore avoir été frappés et présentent des lésions mineures. Les membres du Comité ont examiné les dossiers médicaux des détenus qui étaient arrivés depuis janvier 2002. Il y avait 167 hommes et 8 femmes. Parmi eux, 39 hommes avaient affirmé avoir été battus; 24 présentaient des blessures que les médecins avaient qualifiées de «non graves» et 3 avaient des blessures «graves».

206.À Spuž, les membres du Comité ont interrogé trois détenus. L’un d’entre eux, arrivé récemment, prétendait que la police l’avait battu devant sa famille à Berhane. Selon son dossier médical, il avait trois côtes cassées. Le deuxième détenu interrogé, qui avait été accusé de trafic de drogues, a déclaré que lorsqu’il avait été arrêté, en 1998, il avait été placé en garde à vue pendant trois jours sans être présenté à un juge. Il a affirmé que, pendant ces trois jours, il avait été frappé et menacé avec un revolver placé dans la bouche dans le but de le contraindre à livrer des informations au sujet de vendeurs de drogues opérant au Monténégro. Avant d’être présenté au juge, il n’avait pas eu accès à un avocat. Le troisième détenu interrogé avait été arrêté environ trois jours avant que les membres du Comité n’arrivent à Spuž, à la frontière hongro‑yougoslave, pour tentative de vol et pour avoir tiré sur deux employés d’une station‑service, qu’il avait blessés. Il a affirmé que, pendant environ une journée, il avait été privé d’eau et de nourriture, qu’il n’avait pas été autorisé à se rendre aux toilettes et qu’il avait eu les mains très solidement liées dans le dos.

207.Au Monténégro, les membres du Comité ont également visité le commissariat de Danilovgrad, où il n’y avait alors aucun détenu. Ils ont également visité le commissariat central de Podgorica, où se trouvait un détenu qui venait d’être arrêté. Ils ont insisté pour s’entretenir avec lui en privé, mais on le leur a refusé pour des motifs obscurs.

208.En ce qui concerne le droit de porter plainte et de voir sa plainte examinée, la situation au Monténégro ne semble pas très différente de celle qui prévaut en Serbie. Très souvent, les victimes qui portent plainte sont elles‑mêmes poursuivies pour entrave à un fonctionnaire de police dans l’exercice de ses fonctions, et les juges d’instruction ne communiquent pas aux procureurs toutes les allégations de torture ou de mauvais traitements faites par les détenus. Les autorités monténégrines, qui ne reconnaissent pas encore l’applicabilité du nouveau Code de procédure pénale dans la République, continuent à appliquer le Code de 1976 en vertu duquel une personne arrêtée par la police doit être présentée à un juge d’instruction dans les 24 heures suivant son arrestation. Néanmoins, dans certains cas, l’article 196 permet qu’une personne soit placée en garde à vue 72 heures avant d’avoir accès à un avocat et d’être présentée à un juge d’instruction. En outre, la torture n’est pas définie dans le Code pénal du Monténégro, qui contient des dispositions semblables à celles énoncées dans les articles 65 et 66 du Code pénal serbe.

209.Les fonctionnaires gouvernementaux que les membres du Comité ont rencontrés ont affirmé leur volonté de protéger les droits de l’homme et ont expliqué certaines des initiatives que le Gouvernement monténégrin prenait dans ce domaine, comme l’élaboration d’une loi portant création d’un poste de médiateur, des mesures visant à améliorer le fonctionnement du système de justice pénale et la réforme de la police. Ils ont également déclaré qu’ils étaient disposés à coopérer avec les organisations internationales. Le Vice‑Ministre de l’intérieur a dit que des lignes téléphoniques d’urgence avaient été établies et que leurs numéros étaient régulièrement publiés dans le journal afin que chaque citoyen victime d’abus de pouvoir de la part d’agents de l’État puisse en faire usage. En outre, des programmes de formation dans le domaine des droits de l’homme étaient élaborés à l’intention des forces de police. En 2001, le Ministère de l’intérieur avait reçu neuf plaintes faisant état d’actes de torture, qui avaient abouti à la révocation de 18 fonctionnaires de police.

210.S’agissant des poursuites pénales, le Procureur général du Monténégro a affirmé que, bien que la loi autorise les procureurs à procéder d’office, cette possibilité n’était utilisée que dans des circonstances exceptionnelles. Il a également déclaré que son Bureau préconisait une réforme qui permettrait aux procureurs généraux de superviser et de diriger les enquêtes réalisées par la police.

V. CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS DU COMITÉ

211.Depuis le début de l’enquête, le Comité a examiné un grand nombre d’informations émanant de sources fiables concernant le recours à la torture en Serbie et au Monténégro avant octobre 2000. Ces informations ont été corroborées par des témoignages que des victimes, des témoins et des fonctionnaires gouvernementaux ont apportés devant les trois membres du Comité qui se sont rendus sur place. Sur la base de ces renseignements, le Comité a conclu que la torture était pratiquée de manière systématique en Serbie avant octobre 200016. En outre, le Comité a noté avec consternation que, malgré la gravité des accusations portées, aucune mesure importante n’avait été prise pour enquêter sur les faits en question, en punir les auteurs et dédommager les victimes. Néanmoins, le Comité s’est félicité de la création de la Commission Vérité et réconciliation17, chargée d’encourager et d’organiser les recherches sur les atteintes aux droits de l’homme et les violations du droit international, du droit humanitaire et du droit de la guerre qui ont été commises sur le territoire de l’ex‑Yougoslavie, afin d’établir la vérité et de contribuer à la réconciliation générale en Serbie‑et‑Monténégro ainsi qu’avec les pays voisins. Le Comité a noté que la Commission comptait recueillir le plus grand nombre de témoignages possible et dresser la liste des victimes, mais pas nécessairement celle des auteurs car elle n’était pas juridiquement compétente pour s’occuper de ceux‑ci.

212.Contrairement à la situation qui prévalait dans le pays avant octobre 2000, le Comité a constaté que, sous le nouveau régime politique, les cas de torture avaient considérablement diminué et que la torture n’était plus pratiquée de manière systématique18. Cependant, des cas de torture continuaient manifestement à se produire, en particulier dans les commissariats, et les réformes de la police et de la magistrature n’avaient pas encore pleinement démontré leur efficacité en matière de prévention et de répression. S’ils souhaitaient mettre un terme à cette apparente culture de l’impunité, les hauts fonctionnaires de police, les juges et les procureurs qui paraissaient sensibles au problème de la torture devaient agir au lieu de réagir. Pour le moment, leur attitude semblait dépendre grandement de la pression de l’opinion publique qui les poussait à intervenir dans certaines affaires, du dépôt de plaintes par des particuliers ou par des ONG les représentant, ou encore de l’ouverture d’une procédure judiciaire à l’initiative de particuliers. Le Comité souhaite rappeler à ce propos que l’État partie est tenu de ne ménager aucun effort pour enquêter sur tous les cas de torture, dédommager les victimes de la perte ou du préjudice qu’elles ont subi et traduire les responsables en justice. Par ailleurs, conformément à la résolution 827 (1993) du Conseil de sécurité et au Statut du Tribunal pénal international pour l’ex‑Yougoslavie (TPIY), l’État partie est également tenu de coopérer pleinement avec le Tribunal en matière d’enquête et pour ce qui a trait au jugement des personnes accusées d’avoir commis des violations graves du droit humanitaire international, y compris des actes de torture.

213.Compte tenu de ces conclusions, le Comité juge approprié de formuler les recommandations ci‑après:

a)Les plaintes faisant état d’actes de torture commis par des agents de l’État sous le régime précédent devraient faire l’objet d’une enquête complète et impartiale; les auteurs devraient être traduits en justice et les victimes dédommagées. Les résultats de ces enquêtes devraient être rendus publics;

b)L’État partie devrait apporter sa pleine coopération au TPIY, notamment en arrêtant et en transférant les personnes accusées qui sont toujours en liberté, ainsi qu’en permettant au Tribunal d’accéder librement aux documents nécessaires et aux témoins potentiels;

c)La Commission Vérité et réconciliation devrait être habilitée à enquêter sur toutes les allégations de torture concernant le régime précédent, à rendre ses constatations publiques et à recommander des mesures correctives, y compris le jugement de certaines personnes, si cela se justifie. Elle devrait être dotée des pouvoirs et des moyens nécessaires pour s’acquitter de son mandat dès que possible;

d)La loi devrait prévoir des garanties pour protéger de la torture toutes les personnes placées en garde à vue, qu’elles soient soupçonnées de délits graves ou non, et leur permettre d’aviser leur famille et d’avoir accès à un médecin et au conseil de leur choix;

e)L’État partie devrait assurer pleinement l’indépendance des magistrats du siège et du parquet;

f)L’État partie devrait prendre les mesures nécessaires pour que les membres des minorités ethniques et religieuses ne soient pas maltraités par les agents du maintien de l’ordre pour des raisons de discrimination;

g)Un système d’inspection des conditions de détention par des experts indépendants devrait être établi; les ONG devraient pouvoir continuer à visiter les prisons;

h)Le crime de torture, tel que défini dans la Convention, devrait être incorporé dans le droit interne. Il est rappelé à l’État partie que la torture est considérée comme un crime international au regard du droit international coutumier et en vertu de la Convention. Le crime de torture ni aucun autre crime international ne devraient pouvoir être touchés par la prescription. Parallèlement, le droit d’obtenir réparation et d’être indemnisé équitablement et de manière adéquate devrait être garanti tel qu’il est énoncé dans la Convention;

i)Conformément à l’article 12 de la Convention, les procureurs et les juges devraient ouvrir des enquêtes sur toute allégation de torture portée à leur attention, que la victime ait déposé une plainte formelle ou non. En particulier, tout juge d’instruction apprenant qu’un détenu affirme avoir été soumis à la torture devrait ouvrir sans délai une enquête efficace à ce sujet;

j)Étant donné qu’il existe apparemment une culture de l’impunité, les enquêtes sur les cas de torture devraient être rapides, impartiales et efficaces. Elles devraient comprendre un examen médical effectué conformément au Manuel pour enquêter efficacement sur la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants faisant partie du Protocole d’Istanbul;

k)Les responsables de l’application des lois devraient disposer de tous les moyens théoriques et pratiques modernes et bénéficier de la formation professionnelle nécessaire pour procéder à des enquêtes criminelles efficaces et équitables;

l)Tous les responsables de l’application des lois devraient être formés aux normes internationales relatives à la détention et au traitement des détenus, conformément à la Convention et au Code de conduite des Nations Unies pour les responsables de l’application des lois;

m)Un examen médical devrait être effectué sur tous les détenus de toutes les prisons dans les 24 heures suivant leur arrestation. Tout certificat attestant l’examen médical d’un détenu devrait comporter: i) un compte rendu des déclarations pertinentes faites par l’intéressé, y compris sa description de son état de santé et toute allégation de mauvais traitements; ii) un exposé d’observations médicales objectives fondées sur un examen approfondi; iii) la conclusion du médecin compte tenu de i) et ii). En outre, les résultats de l’examen médical susmentionné devraient être communiqués à l’intéressé et à son avocat;

n)Les juges, les procureurs et les avocats devraient être pleinement informés des obligations internationales de la Serbie‑et‑Monténégro dans le domaine des droits de l’homme, en particulier celles qui découlent de la Convention;

o)L’État partie devrait instituer un mécanisme indépendant chargé d’enquêter sur toutes les violations des droits de l’homme portées à son attention, où qu’elles se produisent;

p)Les personnes accusées d’avoir commis des actes de torture devraient être suspendues de leurs fonctions le temps qu’une enquête soit menée sur ces allégations. Celles qui sont déclarées coupables devraient être exclues de la fonction publique quelle que soit la sanction qui leur est imposée par ailleurs;

q)Des mesures devraient être prises pour faire en sorte que les mécanismes de contrôle interne de la police soient rapides, indépendants et efficaces. Une autorité indépendante chargée d’examiner les plaintes, dotée de pouvoirs de contrôle et d’action étendus, devrait être instituée dans la police;

r)L’État partie devrait mettre au point des programmes d’indemnisation appropriés en faveur des victimes de la torture;

s)L’ État partie devrait élaborer des programmes officiels de réadaptation des victimes de la torture. Jusqu’à présent, seules des institutions privées ont conçu de tels programmes;

t)L’État partie devrait demander instamment à l’État du Monténégro d’adopter les garanties figurant dans le nouveau Code de procédure pénale qui sont utiles à la prévention de la torture et des mauvais traitements.

VI. ADOPTION DU RAPPORT PAR LE COMITÉ ET TRANSMISSIONÀ L’ÉTAT PARTIE

214.À sa vingt‑neuvième session, le Comité a adopté le rapport sur son enquête et a décidé de le transmettre à l’État partie conformément au paragraphe 4 de l’article 20 de la Convention. Le Comité a invité l’État partie, en vertu du paragraphe 2 de l’article 83 de son règlement intérieur, à l’informer des mesures qu’il prendrait en réponse aux conclusions et recommandations du Comité.

VII. RÉSUMÉ DE LA RÉPONSE DE L’ÉTAT PARTIE

215.Le 13 octobre 2003, l’État partie a fait savoir au Comité que ses recommandations étaient très importantes dans le contexte de la promotion des droits de l’homme qui serait réalisée au titre des programmes d’assistance technique qu’allait entreprendre le Haut‑Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et en application du Mémorandum d’accord signé par le Ministère des affaires étrangères de la Serbie‑et‑Monténégro et le Haut‑Commissariat.

Garanties contre la torture et autres formes de peines inacceptables

216.En son article 12, la Charte des droits de l’homme, des droits des minorités et des libertés civiles, publiée dans le Journal officiel de la Communauté étatique de Serbie‑et‑Monténégro no 6/2003, prohibe non seulement la torture mais aussi, expressément, les traitements ou punitions inhumains ou dégradants. En ce sens, elle représente un progrès par rapport à la Constitution de la République fédérative de Yougoslavie et aux Constitutions des Républiques de Serbie et du Monténégro.

217.Le Code pénal de base de la Serbie‑et‑Monténégro et les codes pénaux des États membres érigent en crime l’arrestation illégale, l’extorsion de déclarations et les mauvais traitements dans l’exercice de fonctions officielles. Lorsque les amendements au Code pénal de la République fédérative de Yougoslavie (devenu le Code pénal de base) ont été adoptés, en 2001, il a été considéré que les obligations internationales découlant de la Convention étaient incorporées dans les articles 190 et 191, ainsi que dans les articles 65 et 66 du Code pénal de la République de Serbie et les articles 47 et 48 du Code pénal de la République du Monténégro. En outre, l’article 12 du Code de procédure pénale de 2001 dispose que toute violence à l’encontre d’une personne en état d’arrestation ou dont la liberté est restreinte de même que toute extorsion d’aveux ou de toute autre forme de déclaration d’un accusé ou de toute autre personne participant à la procédure sont prohibées et passibles de sanctions. D’autres dispositions du Code relatives aux interrogatoires, à l’interdiction du recours à la force, à l’obligation faite au juge de ne pas prendre en compte des déclarations faites sous la torture et de retirer du dossier toute déclaration obtenue en violation des interdictions, etc., sont également mentionnées.

218.Les lois des États membres relatives à l’exécution des sanctions pénales ne prohibent pas expressément la torture ni les autres traitements similaires. Néanmoins, elles disposent que les personnes déclarées coupables doivent être traitées avec humanité. Les États membres ont en outre pris des mesures en vue de réformer leur législation afin de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport à l’exécutif. En République de Serbie, la loi sur les juges a été amendée en mars 2003 et alignée sur les normes internationales. Le Code pénal devrait bientôt être modifié pour ériger la torture en infraction pénale.

219.Le Gouvernement de la République du Monténégro a établi un groupe de travail chargé d’élaborer une loi pénale, une loi de procédure pénale et une loi sur le parquet. Il est envisagé que la loi pénale érige la torture en infraction pénale. Le Code de procédure pénale devrait prévoir la vérification des allégations faites par les suspects durant l’enquête et la phase préalable au procès dans les cas de torture et autres peines ou traitements inhumains.

Accusations et procès en lien avec des cas de torture ou de mauvais traitements durant la période 1992 ‑2002

220.Du 1er janvier 1992 au 30 septembre 2002, le Ministère de l’intérieur de la République de Serbie a engagé 32 actions en justice contre 43 fonctionnaires de police soupçonnés d’avoir commis les infractions pénales ci‑après: mauvais traitements (21), arrestations illégales (6), rapports sexuels forcés (3), rapports sexuels contre nature avec abus d’autorité et extorsion de déclaration (3) et rapports sexuels sous la contrainte ou rapports sexuels contre nature avec abus d’autorité (1). La majorité des poursuites ont été engagées en 2001 et 2002.

221.Entre le 1er janvier 2000 et le 31 octobre 2002, 4 625 plaintes ont été déposées par des particuliers contre des fonctionnaires de police. Au total, 523 plaintes ont été jugées fondées et, par conséquent, des mesures disciplinaires ont été prises à l’encontre de 158 fonctionnaires pour faute professionnelle grave et de 111 fonctionnaires pour faute professionnelle légère. En attendant la fin de la procédure, 32 fonctionnaires ont été relevés de leurs fonctions. Les chefs d’accusation correspondaient à 10 infractions pénales et 14 infractions mineures, et 4 fonctionnaires ont eu leur contrat de travail résilié à l’amiable. Il a été établi que 2 929 plaintes étaient non fondées; 1 173 autres sont encore examinées. Le plus grand nombre d’affaires examinées (32 actions en justice contre 43 fonctionnaires de police) concernait le recours inapproprié ou excessif à la force associé à l’utilisation de moyens de coercition. Trois personnes sont décédées et cinq ont été gravement blessées au cours de ces incidents. À la fin de la procédure, 12 fonctionnaires ont été condamnés à des peines d’emprisonnement allant de 80 jours à six ans.

222.Des mesures disciplinaires ont été prises à l’encontre de 32 fonctionnaires. Quatre fonctionnaires ont été destitués, 10 ont reçu une amende et 5 ont été mutés. Les poursuites engagées contre 2 fonctionnaires ont été abandonnées, celles engagées contre 6 autres sont encore en cours et 5 fonctionnaires ont été acquittés.

223.Outre les mesures judiciaires prises d’office par le Ministère de l’intérieur, 1 076 accusations ont été portées directement auprès du Procureur général, par des particuliers, contre 1 578 fonctionnaires. Il s’agissait essentiellement de mauvais traitements dans l’exercice de fonctions officielles (930 accusations), d’extorsion de déclaration (124) et d’arrestation illégale. Jugées non fondées, la plupart des poursuites ont été abandonnées.

224.En matière d’indemnisation des victimes, les juges ont commencé à appliquer directement la Convention contre la torture.

225.Au Monténégro, durant la période allant du 1er juillet 2001 au 1er septembre 200219, 258 fonctionnaires de police ont fait l’objet de mesures disciplinaires. Ces derniers temps, l’accent a été mis sur la réglementation et la limitation des pouvoirs conférés à la police, y compris en ce qui concerne le recours à la force et l’utilisation d’armes à feu, l’arrestation, le traitement des détenus et l’attribution d’un avocat dès le premier interrogatoire en garde à vue.

226.Pour ce qui est de la recommandation du Comité concernant les Roms de Danilovgrad, le Gouvernement monténégrin a autorisé le Procureur général à obtenir un règlement judiciaire indemnisant les victimes des dommages matériels et autres qu’elles ont subis à hauteur de 985 dinars.

Garanties visant à protéger de la torture les personnes détenues ou reconnues coupables

227.En Serbie, les personnes détenues ou reconnues coupables sont autorisées à déposer une plainte auprès du Directeur du Département de l’exécution des sanctions pénales et de son unité administrative, le Service de surveillance.

228.Chaque établissement est systématiquement inspecté une fois par an. En sus de cette surveillance interne, des représentants du Comité international de la Croix‑Rouge visitent les lieux de détention. Entre 1999 et décembre 2002, ils ont effectué 215 visites de ce type.

229.Une longue série de difficultés économiques dans le pays a considérablement affecté le fonctionnement des institutions chargées de l’exécution des sanctions pénales. Au cours des deux années précédentes, des efforts ont été entrepris en vue d’améliorer la situation financière du personnel pénitentiaire et de l’encourager davantage à bien travailler. En conséquence, le traitement des personnes déclarées coupables s’est lui aussi amélioré. Des efforts ont également été accomplis pour assurer de meilleures conditions de détention.

Formation des responsables de l’application des lois

230.Les fonctionnaires de police des deux États membres de la Communauté suivent une formation visant à prévenir la torture. En République de Serbie, les nouvelles lois sur la police et la formation de la police qui sont actuellement élaborées devraient être prêtes pour l’adoption à l’automne 2003. Le Ministère de l’intérieur a décidé de créer un poste d’inspecteur général qui sera chargé de veiller à ce que les procédures policières soient conformes à la loi. Les fonctionnaires du Ministère de l’intérieur sont sensibilisés aux instruments relatifs aux droits de l’homme, en particulier ceux qui interdisent la torture, au droit humanitaire et au Code de conduite pour les responsables de l’application des lois durant leurs études dans les écoles secondaires et supérieures de police et à la faculté de police et dans le cadre de séminaires.

231.En République du Monténégro, un nouveau projet de loi sur la police a été présenté au Parlement. Il exprime une nouvelle conception de l’administration et de ses relations avec le public fondée sur une transparence, une ouverture et une coopération totales. Un code de conduite est en outre élaboré. En 2003, plusieurs conférences et séminaires sur les droits de l’homme et le maintien de l’ordre ont été organisés. Avec l’assistance du HLC, un cours spécialisé sur le droit humanitaire international a été dispensé à l’intention des juges, des procureurs, des praticiens du droit et des inspecteurs de police judiciaire. Des séminaires ont été consacrés au rôle de la police de proximité.

Coopération avec le TPIY

232.La Serbie‑et‑Monténégro attache beaucoup d’importance à sa coopération avec le Tribunal, régie par la loi sur la coopération avec le TPIY. Le Conseil de coopération nationale créé en application de cette loi a mis au point des procédures de coopération à plusieurs niveaux. La coopération s’illustre dans le transfert d’accusés, la communication de documents, l’audition de témoins et de suspects, les procès devant des tribunaux nationaux et l’application de mesures de protection. À ce jour, neuf accusés ont été arrêtés et remis au Tribunal et 12 accusés qui résidaient dans le pays se sont livrés aux autorités.

233.Le TPIY a transmis aux autorités 17 mandats d’arrêt concernant d’autres accusés, notamment Radovan Karadzic, ancien dirigeant serbe bosniaque, le général Ratko Mladic, ancien commandant serbe bosniaque, Vladimir Kovacevic, ancien membre des forces armées de la Serbie‑et‑Monténégro, et 14 soldats de l’armée serbe bosniaque. Des avis de recherche ont été lancés pour la plupart de ces personnes, sauf deux d’entre elles pour lesquelles cela ne saurait tarder. Du début de 2001 à mai 2003, l’État partie a répondu à 99 demandes de documents émanant du Bureau du Procureur du Tribunal. Dans huit cas seulement, la réponse a été qu’il n’avait pas été possible de satisfaire la requête ou que les documents demandés n’existaient pas. De plus, il a été répondu partiellement à 14 demandes, c’est‑à‑dire qu’une partie des documents demandés a été fournie.

234.En ce qui concerne les témoins, la coopération consiste à les rechercher, à les notifier, à communiquer des documents d’audience ou à délivrer des dérogations pour témoigner sur des informations classifiées ou privilégiées. Entre le début de 2001 et le début de mai 2003, 115 demandes ont été déposées par le Bureau du Procureur ou la Chambre de première instance. Dans 10 cas seulement, les personnes recherchées n’ont pas pu être identifiées. La Serbie‑et‑Monténégro répond même à d’autres demandes du Tribunal concernant l’organisation de réunions avec les responsables gouvernementaux ou la présence d’enquêteurs du TPIY lors des exhumations.

235.Par ailleurs, plusieurs autres affaires ont été ou sont portées devant les tribunaux nationaux. En juillet 2003, une loi a été adoptée sur l’organisation et la compétence des pouvoirs publics en matière de poursuites contre les auteurs de crimes de guerre, y compris ceux qui relèvent de l’article 5 du Statut du TPIY. En vertu de cette loi, les autorités serbes sont habilitées à poursuivre les auteurs de crimes de guerre commis sur le territoire de l’ex‑Yougoslavie, quelle que soit la nationalité de l’auteur ou de la victime. La loi prévoyait la création d’un bureau du Procureur spécial pour les crimes de guerre, qui a déjà été désigné. Elle dispose également que le tribunal compétent pour les crimes de guerre est le tribunal de district de Belgrade.

VIII. RENSEIGNEMENTS RECUS PAR LE COMITÉ APRÈS SA VISITE EN SERBIE‑ET‑MONTÉNÉGRO

236.En 2003 et au début de 2004, des ONG ont communiqué au Comité des allégations selon lesquelles, entre autres, la police continuait à maltraiter les personnes soupçonnées d’infractions pénales, l’État partie ne coopérait pas pleinement avec le TPIY, les efforts en vue de poursuivre les criminels de guerre devant les tribunaux nationaux n’étaient pas appropriés et les procédures juridiques internes permettant de traduire en justice les responsables de crimes de guerre étaient inadéquates.

237.En particulier, il a été signalé qu’au cours de l’enquête sur l’assassinat du Premier Ministre Zoran Djindjic en mars 2003, environ 10 000 personnes ont été arrêtées. Elles ont été détenues sans autorisation d’un organe judiciaire compétent et sans avoir accès à un avocat ni aux membres de leur famille, parfois jusqu’à deux mois, en vertu de lois d’urgence adoptées après l’assassinat. Les renseignements communiqués donnent en outre à penser que beaucoup de ces personnes ont subi des mauvais traitements pouvant aller jusqu’à la torture.

238.Un certain nombre de cas individuels, dont certains n’avaient aucun lien avec l’enquête sur l’assassinat du Premier Ministre, ont également été rapportés.

239.Le Comité a pris note avec préoccupation des information ci‑dessus.

IX. PUBLICATION DU COMPTE RENDU SUCCINCT

240.À sa trente et unième session, conformément au paragraphe 5 de l’article 20 de la Convention et à l’article 84 de son règlement intérieur, le Comité a décidé d’inviter l’État partie à lui faire part de ses observations concernant la publication éventuelle d’un compte rendu succinct des résultats de l’enquête dans le rapport annuel du Comité. Le 1er mars 2004, l’État partie a indiqué qu’il acceptait cette publication. À sa trente‑deuxième session, le Comité a approuvé le compte rendu succinct et a décidé de l’inclure dans son rapport annuel.

Notes

1 Dans son rapport de 2001 sur le maintien de l’ordre en République fédérale de Yougoslavie, l’OSCE a recommandé d’entreprendre un examen complet et détaillé des lieux de détention (Recommandation no 48).

2 Petar Antic, Abuses of Roma Rights in Serbia, Belgrade, 2001.

3 Ce délai était de trois jours dans l’ancien Code de procédure pénale.

4 OSCE, op. cit., p. 24.

5 Décret du Gouvernement de la République de Serbie no 05 broj 011‑5742/74 en date du 23 septembre 1992.

6 OSCE, op. cit., p. 22 et 23.

7 Documents officiels de l’Assemblée générale, cinquante ‑quatrième session, Supplément n o  44 (A/54/44), par. 35 à 52.

8 L’article 65 du Code pénal serbe dispose ce qui suit:

«1)Quiconque, dans l’exercice de ses fonctions, a recours à la force, à la menace ou à d’autres moyens prohibés ou inadmissibles pour arracher un aveu ou d’autres formes de déclaration à l’accusé, aux témoins, aux experts ou à d’autres personnes est passible d’une peine d’emprisonnement de trois mois à cinq ans.

2)Si l’extorsion d’aveu ou de déclaration s’accompagne de violences graves ou a eu des conséquences graves pour une personne accusée dans une procédure pénale, l’auteur est passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins quatre ans.».

9 L’article 66 du Code pénal serbe dispose ce qui suit: «Quiconque, dans l’exercice de ses fonctions, soumet une autre personne à des sévices, des outrages ou des menaces d’une manière portant atteinte à la dignité humaine est passible d’une peine d’emprisonnement de trois mois à trois ans.». Les articles 190 et 191 du Code pénal yougoslave de 1976 contiennent des dispositions semblables à celles des articles 65 et 66.

10 Selon l’OSCE, la Mission de vérification au Kosovo avait des contacts fréquents avec les autorités, les chefs de police et les magistrats serbes à propos des allégations de torture ou de mauvais traitements. «De manière générale, la Mission recevait l’assurance que tous les cas de torture et de mauvais traitements seraient suivis et que le fonctionnaire concerné subirait toutes les conséquences disciplinaires et judiciaires prévues par la loi. Toutefois, cela … ne serait possible que si des allégations concrètes étaient faites, avec mention du nom du fonctionnaire et du lieu et de la date de l’infraction présumée. Lorsque la Mission a demandé au Procureur en chef de Pec et au Président du tribunal de district de Pec si des allégations de torture ou de mauvais traitements infligés par la police donneraient effectivement lieu à une enquête et à des poursuites, le Procureur a répondu par l’affirmative mais a ajouté qu’il n’avait eu connaissance d’aucune affaire de ce type. Il était difficile d’agir concrètement pour plusieurs raisons. Premièrement, les Albanais de souche et, d’ailleurs, quiconque avait été maltraité ou torturé par la police ne faisaient pas confiance aux institutions de l’État pour protéger leurs droits et leurs intérêts et faire valoir leur droit à réparation et indemnisation. Deuxièmement, dans la plupart des cas, les victimes ne connaissaient pas l’identité des auteurs et lorsqu’elles essayaient de les identifier, les fonctionnaires de police ordinaires ne les aidaient quasiment jamais. Troisièmement, même si la victime déposait une plainte auprès du chef de la police locale, le plus souvent avec le soutien actif du bureau local de la Mission …, les répercussions sur le fonctionnaire qui avait maltraité le plaignant n’étaient pas suffisamment fortes pour le dissuader de recommencer … Le fait que les autorités judiciaires ne répondaient quasiment pas à ces allégations contribuait à créer parmi les policiers un sentiment d’impunité propice à la persistance et à l’aggravation de ce type d’atteintes aux droits de l’homme.». Kosovo, As Seen, As Told, p. 52.

11 Le Procureur général a dit aux membres du Comité qu’il leur fournirait des statistiques relatives aux plaintes déposées en vertu de l’article 65 du Code pénal serbe. Au moment de l’établissement du présent rapport, il ne l’avait pas encore fait.

12 Le HLC a fourni au Comité des renseignements concernant le cas d’E. M., musulman originaire de Priboj, dans la région du Sandjak, qui aurait été emmené dans un commissariat de police local le 19 novembre 1999 et frappé durant plusieurs heures pendant qu’il était interrogé à propos d’une personne qu’il ne connaissait pas. Le 29 décembre 1999, le HLC a déposé une plainte criminelle contre des policiers non identifiés du commissariat de police de Priboj, les accusant d’avoir infligé des dommages corporels légers. À deux reprises, le HLC a demandé au procureur municipal de révéler l’identité des policiers et d’engager des poursuites pénales à leur encontre. Le procureur a répondu que, bien qu’il le leur ait demandé deux fois, les autorités de police de Priboj ne lui avaient pas fourni les informations nécessaires pour identifier les auteurs présumés.

13 Conformément à la législation du travail serbe, une personne condamnée à une peine d’emprisonnement de six mois au maximum peut être réintégrée dans ses fonctions.

14 Le cas de V. K. illustre ce type de comportement. Battu le 13 novembre 1996 par des fonctionnaires du commissariat de police de Pancevo, V. K. a souffert de lésions cérébrales et de fractures de l’occiput, de la mâchoire et du nez et a subi une perte d’audition irréversible. Le 12 décembre 1996, il a porté plainte contre deux policiers, les accusant de coups et blessures graves. Le 5 mars 1997, le Procureur a retiré les charges et V. K. a lui‑même engagé des poursuites. Sur les 12 audiences qui étaient prévues pour 2001, deux seulement ont eu lieu. Une audience a été reportée parce que les juges participaient à une conférence et neuf autres parce qu’un ou plusieurs inculpés ne s’étaient pas présentés. (Comité d’Helsinki pour les droits de l’homme en Serbie, Human Rights and Transition − Serbia 2001, 2002, p. 63 et 64.)

15 Conformément à l’article 95 du Code pénal de la République fédérative de Yougoslavie, pour les crimes passibles d’une peine d’emprisonnement de trois à cinq ans, le délai de prescription est de cinq ans.

16 Comme il l’a affirmé à plusieurs reprises, le Comité considère qu’il y a pratique systématique de la torture lorsqu’il apparaît que les cas de torture rapportés ne se sont pas produits fortuitement en un endroit ou à un moment donné, mais revêtent un caractère habituel, généralisé et délibéré, au moins dans une partie considérable du pays en cause. D’autre part, la torture peut avoir un caractère systématique sans qu’elle résulte de l’intention directe d’un gouvernement. En effet, celle‑ci peut être la conséquence de facteurs que le gouvernement peut avoir des difficultés à contrôler et son existence peut signaler un décalage entre la politique déterminée au niveau du gouvernement central et son application au niveau de l’administration locale. Une législation insuffisante qui laisse en fait la possibilité de recourir à la torture peut encore ajouter au caractère systématique de cette pratique.

17 Créée par la décision du Président de la République en date du 29 mars 2001.

18 Une grande partie des informations reçues porte sur des actes qui ne peuvent peut‑être pas être assimilés à la torture au sens de l’article premier de la Convention mais qui peuvent relever de l’article 16 et, par conséquent, se situer hors du champ d’application de l’article 20.

19 Il n’y a aucune indication sur les types de comportement en cause.

V. EXAMEN DE REQUÊTES REÇUES EN APPLICATION DE L’ARTICLE 22 DE LA CONVENTION

A. Informations générales

241.Conformément à l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les particuliers qui affirment être victimes d’une violation par un État partie de l’un quelconque des droits énoncés dans la Convention ont le droit d’adresser une requête au Comité contre la torture pour examen, sous réserve des conditions énoncées dans cet article. Cinquante-six des 136 États qui ont adhéré à la Convention ou l’ont ratifiée ont déclaré qu’ils reconnaissaient la compétence du Comité pour recevoir et examiner des requêtes en vertu de l’article 22 de la Convention. La liste de ces États figure à l’annexe III. Le Comité ne peut recevoir aucune requête concernant un État partie à la Convention qui n’a pas reconnu sa compétence en vertu de l’article 22.

242.Les requêtes soumises en vertu de l’article 22 de la Convention sont examinées en séance privée (art. 22, par. 6). Tous les documents relatifs aux travaux du Comité dans le cadre de l’article 22 (observations des parties et autres documents de travail) sont confidentiels.

243.Conformément à l’article 107 révisé du règlement intérieur, afin de se prononcer sur la recevabilité d’une requête, le Comité, son groupe de travail ou un rapporteur désigné conformément à l’article 98 ou au paragraphe 3 de l’article 106 s’assure que le requérant déclare être victime d’une violation par l’État partie intéressé des dispositions de la Convention, que la requête ne constitue pas un abus de la procédure devant le Comité et n’est pas manifestement dénuée de fondement, que la requête n’est pas incompatible avec les dispositions de la Convention, que la même question n’est pas déjà en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement ou n’a pas déjà été examinée, que le requérant a épuisé tous les recours internes disponibles et que le délai écoulé depuis l’épuisement des recours internes n’est pas excessivement long, au point que l’examen de la plainte par le Comité ou l’État partie en est rendu anormalement difficile.

244.Conformément à l’article 109 révisé du règlement intérieur, aussitôt que possible après son enregistrement, la requête est transmise à l’État partie qui est prié de soumettre une réponse écrite dans les six mois. À moins que le Comité, le groupe de travail ou le rapporteur n’ait décidé, du fait du caractère exceptionnel de l’affaire, de demander une réponse écrite qui porte exclusivement sur la question de la recevabilité, l’État partie soumet des explications ou des observations portant à la fois sur la recevabilité et sur le fond de la requête ainsi que sur toute mesure qui peut avoir été prise pour accorder réparation. L’État partie peut demander, dans un délai de deux mois, que la requête soit déclarée irrecevable. Le Comité, ou le rapporteur chargé des nouvelles requêtes et des mesures provisoires, peut accepter ou non d’examiner la question de la recevabilité séparément de celle du fond. Lorsqu’une décision a été rendue sur la seule question de la recevabilité, le Comité fixe la date limite de la réponse sur le fond au cas par cas.

245.Le Comité, son groupe de travail ou le(s) rapporteur(s) peut demander à l’État partie ou au requérant de présenter par écrit des renseignements, éclaircissements ou observations supplémentaires et il fixe un délai pour ce faire. Dans le délai indiqué par le Comité, son groupe de travail ou le(s) rapporteur(s), l’État partie ou le requérant peut bénéficier de la possibilité de faire des commentaires sur toute réponse reçue de l’autre partie. Le fait de ne pas recevoir ces commentaires dans le délai fixé ne doit pas, en règle générale, retarder l’examen de la requête. Si l’état partie ou le requérant ne sont pas en mesure de fournir les renseignements demandés dans les délais impartis, ils sont exhortés à demander un prolongement du délai. En l’absence d’une telle demande le Comité, ou son Groupe de travail, peut décider d’examiner la recevabilité et/ou le fond de la requête en se fondant sur les renseignements figurant dans le dossier. À sa trentième session, le Comité a décidé d’inclure, dans toute note verbale ou lettre de transmission adressée à l’état partie/au requérant, un paragraphe standard à cet effet fixant un délai pour la présentation de commentaires sur les observations de l’autre partie. L’incorporation de ce paragraphe remplace l’ancienne pratique consistant à envoyer des rappels qui se traduisait par des retards dans l’examen des requêtes.

246.Le Comité prend une décision au sujet d’une requête à la lumière de tous les renseignements qui lui ont été fournis par le requérant et par l’État partie. Ses constatations sont communiquées aux parties (art. 22, par. 7, de la Convention, et art. 112 du règlement intérieur) et sont ensuite rendues publiques. Le texte des décisions du Comité déclarant des requêtes irrecevables en vertu de l’article 22 de la Convention est également rendu public; si l’État partie est identifié, l’identité du requérant en revanche n’est pas révélée.

247.Conformément au paragraphe 1 de l’article 115 de son règlement intérieur, le Comité peut décider d’inclure dans son rapport annuel un résumé des requêtes examinées. Il inclut aussi dans son rapport annuel le texte de ses décisions en vertu du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention.

B. Mesures provisoires de protection

248.Il est fréquent que les requérants demandent une protection à titre préventif, en particulier quand ils sont sous le coup d’une mesure d’expulsion ou d’extradition imminente et qu’ils invoquent une violation de l’article 3 de la Convention. En vertu du paragraphe 1 de l’article 108 de son règlement intérieur, le Comité, son groupe de travail ou le rapporteur chargé des nouvelles requêtes et des mesures provisoires peut, à tout moment après avoir reçu une requête, adresser à l’État partie une demande tendant à ce qu’il prenne les mesures provisoires que le Comité juge nécessaires pour éviter qu’un préjudice irréparable ne soit causé à la victime ou aux victimes de la violation alléguée. L’État partie est informé que la demande de mesures provisoires ne préjuge pas la décision qui sera prise en définitive sur la recevabilité ou sur le fond de la requête. Le rapporteur chargé des nouvelles requêtes et des mesures provisoires vérifie que les demandes de mesures provisoires adressées par le Comité sont respectées. L’État partie peut informer le Comité que les raisons justifiant l’adoption de mesures provisoires ont cessé d’exister ou peut présenter des arguments pour expliquer pourquoi il pense que les mesures provisoires devraient être levées. Le rapporteur, le Comité ou son groupe de travail peut retirer la demande de mesures provisoires.

249.Au cours de la période considérée, le rapporteur chargé des nouvelles requêtes et des mesures provisoires a développé la méthode de travail concernant le retrait des demandes de mesures provisoires. Lorsque les circonstances donnent à penser qu’une demande de mesures provisoires peut être reconsidérée avant l’examen d’une requête quant au fond, il convient d’ajouter à la demande une phrase standard, disant que la demande est adressée à l’État partie compte tenu d’éléments d’information communiqués par le requérant dans sa requête mais qu’elle peut être reconsidérée, à l’initiative de l’État partie, à la lumière des renseignements ou observations reçus de sa part ou, le cas échéant, d’observations complémentaires fournies par le requérant.

250.Inversement, dans une affaire enregistrée au cours de la période considérée, il a été dans un premier temps décidé de ne pas demander de mesures provisoires au profit des requérants, en l’absence de renseignements suffisants justifiant la présentation d’une demande au titre du paragraphe 1 de l’article 108 du règlement intérieur. Toutefois, par la suite, le Rapporteur chargé des nouvelles requêtes et des mesures provisoires a demandé à l’état partie de ne pas renvoyer les requérants dans leur pays d’origine eu égard à des renseignements complémentaires qu’ils avaient fournis.

251.Au cours de la période couverte par le présent rapport, le rapporteur a demandé aux États parties de surseoir à l’expulsion ou l’extradition dans un certain nombre d’affaires, afin de donner au Comité le temps d’examiner les requêtes selon la procédure applicable. Tous les États parties ainsi requis ont accédé à la demande du Comité. Dans neuf affaires d’expulsion enregistrées au cours de la période considérée, le rapporteur, après un examen minutieux des arguments présentés, n’a pas jugé nécessaire de demander aux États concernés de prendre des mesures provisoires pour éviter qu’un préjudice irréparable soit porté aux requérants à leur retour dans leur pays.

C. Travaux accomplis

252.Au moment de l’adoption du présent rapport, le Comité avait enregistré 249 requêtes concernant 23 pays. Sur ce nombre, 59 avaient été classées et 44 avaient été déclarées irrecevables. Le Comité avait adopté des constatations sur le fond dans le cas de 99 requêtes et avait établi que 25 d’entre elles faisaient apparaître des violations de la Convention. Il lui restait à examiner 47 requêtes au total.

253.À sa trente et unième session, le Comité a déclaré recevable une requête, qui devait être examinée au fond, et a déclaré irrecevable la requête no 236/2003 (A. T. A. c. Suisse).

254.à sa trente et unième session, le Comité a adopté des décisions quant au fond au sujet des requêtes nos 153/2000 (Z. T. c. Australie), 186/2001 (K .K. c. Suisse), 187/2001 (Thabti c. Tunisie), 188/2001 (Abdelli c. Tunisie), 189/2001(Ltaief c. Tunisie), 199/2001 (H. A.. c. Suède), 203/2002 (A. R.. c. Pays ‑Bas), 209/2002 (M. O. c. Danemark ), 210/2002 (V. R.. c. Danemark ), 213/2002 (E. J. V. M. c. Suède), 215/2002 (J. AG. V. c. Suède) et 228/2003 (T. M. c. Suède). Le texte de ces décisions est reproduit dans l’annexe VII du présent rapport.

255.Dans ses décisions sur les requêtes nos 153/2000 (Z. T. c. Australie), 186/2001 (K .K. c. Suisse), 203/2002 (A. R.. c. Pays ‑Bas), 209/2002 (M. O. c. Danemark ), 210/2002 (V. R. c. Danemark ), 213/2002 (E. J. V. M. c. Suède) et 215/2002 (J. A. G. V. c. Suède), le Comité a estimé que les requérants n’avaient pas prouvé qu’ils courraient personnellement un risque prévisible et réel d’être torturés à leur retour dans leur pays d’origine. Il a donc conclu, dans chaque cas, que le renvoi des requérants dans leur pays ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

256.Dans sa décision sur la requête no 199/2001 (H. A. c. Suède), la requérante a fait valoir que son expulsion en Égypte l’exposerait à un risque de torture car son époux avait été expulsé vers ce pays pour implication présumée dans des activités terroristes. Le Comité a conclu qu’étant donné les assurances fournies par l’état d’accueil, l’Égypte, quant au traitement de la requérante et de son époux à leur retour et comme l’état partie s’est lui‑même engagé à surveiller régulièrement la situation de la requérante au moyen de visites effectuées par son personnel consulaire, la requérante n’a pas prouvé que son expulsion constituerait une violation de l’article 3 de la Convention.

257.Dans sa décision sur la requête no 228/2033 (T. M. c. Suède), le Comité a conclu que l’expulsion du requérant vers le Bangladesh, où il aurait été torturé dans le passé en tant que membre d’un parti politique illégal, ne constituait pas une violation de l’article 3 de la Convention dès lors que les tortures présumées dataient de six ans et que le parti politique du requérant était à présent au pouvoir au Bangladesh. En outre, le Comité a déclaré irrecevable ratione materiae l’affirmation selon laquelle le renvoi du requérant lui ferait courir le risque d’être maltraité au Bangladesh en violation des articles 2 et 16 de la Convention, et a noté que l’obligation de non-refoulement énoncée à l’article 3 ne s’appliquait pas aux situations de mauvais traitements visées par l’article 16. Il a également estimé que le requérant n’avait pas suffisamment étayé aux fins de la recevabilité que son renvoi rapide de Suède, en dépit de la maladie mentale dont il souffrait, constituait une violation de l’article 16 de la Convention; à cet égard, il a considéré que l’aggravation de l’état de santé physique ou mental d’une personne du fait de son expulsion ne constituait généralement pas un traitement dégradant au sens de cette disposition et que le requérant n’avait pas démontré qu’un traitement médical approprié n’était pas disponible au Bangladesh.

258.Dans ses décisions sur les requêtes nos 187/2001 (Thabti c. Tunisie), 188/2001 (Abdelli c. Tunisie) et189/2001(Ltaief c. Tunisie), le Comité a estimé que l’absence d’enquête de la part de l’état partie sur les allégations détaillées de torture faites par les requérants devant les autorités judiciaires dans le cadre de leur procès pour participation à une tentative de coup d’État ou pour soutien à une organisation illégale constitue une violation des articles 12 et 13 de la Convention. Il a souligné que l’obligation − énoncée à l’article 13 − d’examiner rapidement et de manière impartiale de telles allégations, notamment en effectuant un examen médical dès que les allégations de mauvais traitements étaient faites, n’était pas soumise au dépôt d’une plainte officielle pour torture dans le cadre des procédures nationales ou de la formulation d’une déclaration d’intention expresse à cet effet. Il suffisait à la victime présumée de porter les faits à l’attention de l’état partie.

259.à sa trente-deuxième session, le Comité a déclaré qu’une requête était recevable et devait faire l’objet d’un examen sur le fond et a déclaré irrecevables les requêtes nos 202/2002 (H. J. c. Danemark ), 225/2003 (R.. S. c. Danemark ), 229/2003 (H. S. V. c. Suède) et 243/2004 (S. A. c. Suède).

260.à sa trente-deuxième session, le Comité a adopté des décisions sur le fond concernant les requêtes nos 135/1999 (S. G. c. Pays ‑Bas), 148/1999 (A. K. c. Australie), 182/2001 (A .I. c. Suisse), 183/2001 (B. S. S. c. Canada), 196/2002 (M. A. M. c. Suède) et 214/2002 (M. A. K. c. Allemagne). Le texte de ces décisions est reproduit à l’annexe VII du présent rapport.

261.Dans ses décisions concernant ses requêtes nos 135/1999 (S. G. c. Pays ‑Bas), 148/1999 (A. K. c. Australie), 182/2001 (A .I. c. Suisse) et 196/2002 (M. A. M. c. Suède), le Comité a estimé que les requérants n’avaient pas prouvé qu’ils courraient personnellement un risque prévisible et réel d’être torturés à leur retour dans leur pays d’origine. Le Comité a donc conclu, dans chacune de ces affaires, que le renvoi des requérants vers ces pays ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

262.Dans sa décision concernant la plainte no 183/2001 (B.S.S. c. Canada), le Comité a conclu que l’expulsion du requérant en Inde, 13 ans après qu’il eut été, d’après ses affirmations, torturé par la police du Pendjab, ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention, dans la mesure où les éléments de preuve qu’il avait présentés portaient exclusivement sur le risque qu’il soit torturé au Pendjab. Il a estimé que le requérant n’avait pas étayé son allégation selon laquelle il lui serait impossible de mener une vie normale, à l’abri de la torture, ailleurs en Inde, notant que la réinstallation en dehors du Pendjab entraînerait certes des difficultés considérables pour le requérant, mais le simple fait qu’il ne puisse pas retrouver sa famille et son village natal n’était pas constitutif de torture au sens des articles 1 et 3 de la Convention. Le Comité a déclaré irrecevable l’allégation du requérant selon laquelle son renvoi forcé en Inde lui ferait endurer un traumatisme psychique grave en violation de l’article 16 de la Convention, et a noté que même si son expulsion en Inde pourrait susciter chez le requérant des craintes subjectives il ne s’agissait pas d’un traitement cruel, inhumain ou dégradant au sens de l’article 16 de la Convention.

263.Dans l’affaire no 214/2002 (M.A.K. c. Allemagne), le requérant, ressortissant turc d’origine kurde, a demandé la réouverture de la procédure après le rejet en dernier ressort de sa demande d’asile initiale par un tribunal allemand. Bien que sa demande de réexamen soit encore en instance devant les autorités judiciaires allemandes, le Comité a déclaré la requête recevable dans la mesure où une demande d’ordonnance provisoire faite par le requérant pour obtenir un sursis à son expulsion avait été rejetée de manière définitive et où la procédure principale n’avait pas d’effet suspensif. Cela dit, le Comité a conclu que l’expulsion du requérant en Turquie ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention dans la mesure où il n’avait pas apporté la preuve de sa participation présumée au camp d’entraînement du PKK aux Pays‑Bas et parce que sa participation au barrage routier organisé par les partisans du PKK en 1994, pour laquelle il avait été condamné à une peine de prison avec sursis, ne constituait pas le type d’activité susceptible de le rendre particulièrement vulnérable au risque d’être torturé à son retour en Turquie. Dans le même temps, le Comité s’est félicité de la proposition de l’État partie de surveiller la situation du requérant après son retour en Turquie et a demandé à l’État partie de le tenir informé de cette situation.

D. Activités de suivi

264.À sa vingt‑huitième session, en mai 2002, le Comité contre la torture a modifié son règlement intérieur et institué la fonction de rapporteur chargé du suivi des décisions prises au sujet des requêtes présentées en vertu de l’article 22. Le Comité a décidé que le Rapporteur spécial aurait notamment pour mandat de:

a)Surveiller l’application des décisions du Comité, en envoyant des notes verbales aux États parties pour s’informer des mesures prises comme suite à ces décisions;

b)Recommander au Comité les mesures qu’il convient de prendre en cas d’absence de réponse de la part des États parties, comme suite à toutes les lettres reçues ultérieurement des requérants à propos de la non‑application des décisions du Comité par les États;

c)Rencontrer les représentants des États parties pour encourager l’application des décisions du Comité et déterminer si la fourniture de services consultatifs ou d’une assistance technique par le Haut‑Commissariat aux droits de l’homme serait appropriée ou souhaitable;

d)Effectuer, avec l’approbation du Comité, des missions de suivi auprès des États parties;

e)Établir périodiquement à l’intention du Comité des rapports sur ses activités.

265.Le rapporteur chargé du suivi a présenté son premier rapport écrit au Comité à la trente‑deuxième session. Ce rapport contenait les renseignements reçus au 3 mai 2004 de requérants ou d’États parties au sujet de plusieurs décisions dans lesquelles le Comité avait conclu à l’existence de violations de la Convention. L’exposé pays par pays qui figure ci‑après contient un résumé succinct de ces décisions et des renseignements reçus dans le cadre du suivi.

Serbie-et-Monténégro

266.Hajrizi Dzemajl et consorts c. Yougoslavie, requête no 161/2000, décision adoptée le 21 novembre 2002. L’affaire concernait l’incendie et la destruction de maisons appartenant à des Roms par des non-Roms en avril 1995. Le Comité a constaté des violations du paragraphe 1 de l’article 16 et des paragraphes 12 et 13 de la Convention et recommandé qu’une enquête en bonne et due forme sur les faits soit menée, que les personnes responsables de ces actes soient poursuivies et punies, et qu’une réparation appropriée soit accordée aux requérants, sous la forme d’une indemnisation équitable et adéquate. Le Comité a demandé à l’État partie de l’informer, dans un délai de 90 jours à compter de la date de transmission de la décision, c’est‑à‑dire le 13 mars 2003, des mesures qu’il aurait prises en réponse à ses constatations.

267.Le 4 août et le 24 septembre 2003, l’État partie a informé le Comité qu’il avait l’intention d’accorder une indemnisation d’un montant de 985 000 euros aux requérants. Le 2 février 2004, le rapporteur a écrit à l’État partie pour lui exprimer sa satisfaction à l’égard de son intention d’indemniser les victimes, mais a rappelé qu’afin de donner pleinement effet à la décision l’État partie était également tenu de poursuivre les responsables, et a demandé des renseignements à ce sujet. La même demande a été adressée à un représentant de l’État partie avec lequel le rapporteur s’est entretenu le 30 avril 2004. Le 6 mai 2004, l’État partie a répondu qu’il avait indemnisé les requérants et que par conséquent le Gouvernement monténégrin s’était acquitté de toutes ses obligations découlant de la décision.

268.Ristic c. Yougoslavie, requête no 113/1998, décision adoptée le 11 mai 2001. Cette affaire portait sur l’absence d’enquête sur des allégations de torture dans des circonstances où la cause du décès de la victime n’était pas claire. Le Comité a conclu à l’existence de violations des articles 12 et 13 de la Convention et a recommandé que les mesures de réparation voulues soient prises. À la suite de l’entretien avec le représentant de l’État partie le 30 avril 2004, le rapporteur a été informé le 3 mai 2004 que le Bureau du Procureur public à Sabac avait ordonné l’exhumation du corps de Milan Ristic et une nouvelle autopsie afin de déterminer s’il existait de nouveaux éléments justifiant la réouverture du procès. L’exhumation a eu lieu le 20 avril 2004 et les résultats seraient communiqués au Comité lorsque les examens nécessaires auraient été effectués.

Suède

269.Chedli Ben Ahmed Karoui c. Suède, requête no 185/2001, décision adoptée le 8 mai 2002. L’affaire portait sur le risque que courait le requérant d’être torturé en cas de renvoi en Tunisie. Le Comité a constaté une violation de l’article 3 de la Convention. Le 11 décembre 2002, l’État partie a informé le Comité qu’une nouvelle demande, notamment pour l’obtention d’un permis de résidence, avait été déposée par le requérant et sa famille auprès de la Commission d’appel des étrangers et que la décision du Comité avait été invoquée à l’appui de cette demande. Le 4 juin 2002, la Commission a annulé les arrêtés d’expulsion pris à l’encontre du requérant et de sa famille, qui ont par la suite obtenu un permis de résidence permanent.

Tunisie

270.M’Barek c. Tunisie, requête no 60/1996, décision adoptée le 10 novembre 1999. L’affaire portait sur l’absence d’enquête sur des allégations de torture dans des circonstances où la cause du décès de la victime n’était pas claire. Le Comité a constaté des violations des articles 12 et 13 de la Convention et a recommandé à l’État partie de l’informer dans un délai de 90 jours des mesures qu’il aurait prises en réponse à cette constatation. Dans une lettre datée du 15 avril 2002, l’État partie a contesté la décision et l’interprétation du dossier faite par le Comité dans celle‑ci.

271.Thabti c. Tunisie, requête no 187/2001, Abdelli c. Tunisie, requête no 188/2001, et Ltaief c. Tunisie, requête no 189/2001, décisions adoptées le 14 novembre 2003. Ces affaires avaient trait à des actes de torture qu’auraient subis les requérants. Le Comité a constaté des violations des articles 12 et 13 de la Convention, et a recommandé à l’État partie de mener une enquête sur les allégations et de l’informer dans un délai de 90 jours des mesures qu’il aurait prises.

272.Dans sa réponse datée du 26 mars 2004, l’État partie a contesté la décision du Comité et a réitéré les arguments avancés au cours de l’examen de la requête. Il a fait valoir que la requête constituait un abus de procédure, que les auteurs n’avaient pas épuisé les recours internes, et que les ONG qui représentaient les auteurs n’étaient pas de bonne foi. En outre, l’État partie a demandé au Comité de «réexaminer» la requête.

VI. RÉUNIONS FUTURES DU COMITÉ

273.À la demande d’un de ses membres, le Comité a décidé que sa trente‑cinquième session aurait lieu du 14 au 25 novembre 2005 au lieu du 7 au 18 novembre 2005, dates qui avaient été fixées dans son précédent rapport annuel.

VII. ADOPTION DU RAPPORT ANNUEL DU COMITÉ SUR SES ACTIVITÉS

274.Conformément à l’article 24 de la Convention, le Comité présente aux États parties et à l’Assemblée générale un rapport annuel sur ses activités. Étant donné que le Comité tient chaque année sa seconde session ordinaire à la fin du mois de novembre, période qui coïncide avec les sessions ordinaires de l’Assemblée générale, il adopte son rapport annuel à la fin de sa session de printemps, de façon à pouvoir le transmettre à l’Assemblée générale pendant la même année civile. En conséquence, à sa 619e séance, tenue le 21 mai 2004, le Comité a examiné et a adopté à l’unanimité son rapport sur ses travaux à ses trente et unième et trente‑deuxième sessions.

Annexe I

LISTE DES ÉTATS AYANT SIGNÉ OU RATIFIÉ LA CONVENTION CONTRE LA TORTURE ET AUTRES PEINES OU TRAITEMENTS CRUELS, INHUMAINS OU DÉGRADANTS, OU Y AYANT ADHÉRÉ, AU 21 MAI 2004

État

Date de la signature

Date de réception des instruments de ratification ou d’adhésion

Afghanistan

4 février 1985

1er avril 1987

Afrique du Sud

29 janvier 1993

10 décembre 1998

Albanie

11 mai 1984a

Algérie

26 novembre 1985

12 septembre 1989

Allemagne

13 octobre 1986

1er octobre 1990

Antigua-et-Barbuda

19 juillet 1993 a

Arabie saoudite

23 septembre 1997 a

Argentine

4 février 1985

24 septembre 1986

Arménie

13 septembre 1993 a

Australie

10 décembre 1985

8 août 1989

Autriche

14 mars 1985

29 juillet 1987

Azerbaïdjan

16 août 1996 a

Bahreïn

6 mars 1998 a

Bangladesh

5 octobre 1998 a

Bélarus

19 décembre 1985

13 mars 1987

Belgique

4 février 1985

25 juin 1999

Belize

17 mars 1986 a

Bénin

12 mars 1992 a

Bolivie

4 février 1985

12 avril 1999

Bosnie‑Herzégovine

6 mars 1992b

Botswana

8 septembre 2000

8 septembre 2000

Brésil

23 septembre 1985

28 septembre 1989

Bulgarie

10 juin 1986

16 décembre 1986

Burkina Faso

4 janvier 1999 a

Burundi

18 février 1993 a

Cambodge

15 octobre 1992 a

Cameroun

19 décembre 1986 a

Canada

23 août 1985

24 juin 1987

Cap‑Vert

4 juin 1992 a

Chili

23 septembre 1987

30 septembre 1988

Chine

12 décembre 1986

4 octobre 1988

Chypre

9 octobre 1985

18 juillet 1991

Colombie

10 avril 1985

8 décembre 1987

Comores

22 septembre 2000

Congo

30 juillet 2003 a

Costa Rica

4 février 1985

11 novembre 1993

Côte d’Ivoire

18 décembre 1995 a

Croatie

8 octobre 1991 b

Cuba

27 janvier 1986

17 mai 1995

Danemark

4 février 1985

27 mai 1987

Djibouti

5 novembre 2002 a

Égypte

25 juin 1986 a

El Salvador

17 juin 1996 a

Équateur

4 février 1985

30 mars 1988

Espagne

4 février 1985

21 octobre 1987

Estonie

21 octobre 1991 a

États‑Unis d’Amérique

18 avril 1988

21 octobre 1994

Éthiopie

14 mars 1994 a

ex‑République yougoslave de Macédoine

12 décembre 1994 b

Fédération de Russie

10 décembre 1985

3 mars 1987

Finlande

4 février 1985

30 août 1989

France

4 février 1985

18 février 1986

Gabon

21 janvier 1986

8 septembre 2000

Gambie

23 octobre 1985

Géorgie

26 octobre 1994 a

Ghana

7 septembre 2000

7 septembre 2000 a

Grèce

4 février 1985

6 octobre 1988

Guatemala

5 janvier 1990 a

Guinée

30 mai 1986

10 octobre 1989

Guinée‑Bissau

12 septembre 2000

Guinée équatoriale

8 octobre2002 a

Guyana

25 janvier 1988

19 mai 1988

Honduras

28 novembre 1986

5 décembre 1996 a

Hongrie

4 février 1985

15 avril 1987

Inde

14 octobre 1997

Indonésie

23 octobre 1985

28 octobre 1998

Irlande

28 septembre 1992

11 avril 2002

Islande 

23 octobre 1996

Israël

22 octobre 1986

3 octobre 1991

Italie

4 février 1985

12 janvier 1989

Jamahiriya arabe libyenne

16 mai 1989 a

Japon

29 juin 1999 a

Jordanie

13 novembre 1991 a

Kazakhstan

26 août 1998

Kenya

21 février 1997 a

Kirghizistan

5 septembre 1997 a

Koweït

8 mars 1996 a

Lesotho

12 novembre 2001 a

Lettonie

14 avril 1992 a

Liban

5 octobre 2000 a

Liechtenstein

27 juin 1985

2 novembre 1990

Lituanie

1er février 1996 a

Luxembourg

22 février 1985

29 septembre 1987

Madagascar

1er octobre 2001

Malawi

11 juin 1996 a

Maldives

20 avril 2004 a

Mali

26 février 1999 a

Malte

13 septembre 1990 a

Maroc

8 janvier 1986

21 juin 1993

Maurice

9 décembre 1992 a

Mexique

18 mars 1985

23 janvier 1986

Monaco

6 décembre 1991 a

Mongolie

24 janvier 2002

Mozambique

14 septembre 1999 a

Namibie

28 novembre 1994 a

Nauru

12 novembre 2001

Népal

14 mai 1991 a

Nicaragua

15 avril 1985

Niger

5 octobre 1998 a

Nigéria

28 juillet 1988

28 juin 2001

Norvège

4 février 1985

9 juillet 1986

Nouvelle‑Zélande

14 janvier 1986

10 décembre 1989

Ouganda

3 novembre 1986 a

Ouzbékistan

28 septembre 1995 a

Panama

22 février 1985

24 août 1987

Paraguay

23 octobre 1989

12 mars 1990

Pays‑Bas

4 février 1985

21 décembre 1988

Pérou

29 mai 1985

7 juillet 1988

Philippines

18 juin 1986 a

Pologne

13 janvier 1986

26 juillet 1989

Portugal

4 février 1985

9 février 1989

Qatar

11 janvier 2000 a

République de Corée

9 janvier 1995 a

République démocratique du Congo

18 mars 1996 a

République de Moldova

28 novembre 1995 a

République dominicaine

4 février 1985

République tchèque

1er janvier 1993 b

Roumanie

18 décembre 1990 a

Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord

15 mars 1985

8 décembre 1988

Saint‑Siège

26 juin2002 a

Saint-Vincent‑et‑les Grenadines

1er août 2001 a

Sao Tomé‑et‑Principe

6 septembre 2000

Sénégal

4 février 1985

21 août 1986

Serbie‑et‑Monténégro

12 mars 2001 b

Seychelles

18 mars 1985

5 mai 1992 a

Sierra Leone

25 avril 2001

Slovaquie

29 mai 1993 b

Slovénie

16 juillet 1993 a

Somalie

24 janvier 1990 a

Soudan

4 juin 1986

Sri Lanka

3 janvier 1994 a

Suède

4 février 1985

8 janvier 1986

Suisse

4 février 1985

2 décembre 1986

Swaziland

26 mars 2004 a

Tadjikistan

11 janvier 1995 a

Tchad

9 juin 1995 a

Timor-Leste

16 avril 2003

Togo

25 mars 1987

18 novembre 1987

Tunisie

26 août 1987

23 septembre 1988

Turkménistan

25 juin 1999 a

Turquie

25 janvier 1988

2 août 1988

Ukraine

27 février 1986

24 février 1987

Uruguay

4 février 1985

24 octobre 1986

Venezuela

15 février 1985

29 juillet 1991

Yémen

5 novembre 1991 a

Zambie

7 octobre 1998 a

Annexe II

ÉTATS PARTIES AYANT DÉCLARÉ, LORS DE LA RATIFICATION OU DE L’ADHÉSION, NE PAS RECONNAÎTRE LA COMPÉTENCE DU COMITÉ EN APPLICATION DE L’ARTICLE 20 DE LA CONVENTION, AU 21 MAI 2004 a

Afghanistan

Arabie saoudite

Chine

Guinée équatoriale

Israël

Koweït

Maroc

____________________

a Au total sept États parties.

Annexe III

ÉTATS PARTIES AYANT FAIT LES DÉCLARATIONS PRÉVUES AUX ARTICLES 21 ET 22 DE LA CONVENTION, AU 21 MAI 2004a

État partie Date d’entrée en vigueur

Afrique du Sud10 décembre 1998Algérie12 octobre 1989

Allemagne19 octobre 2001

Argentine26 juin 1987

Australie29 janvier 1993

Autriche28 août 1987

Belgique25 juillet 1999

Bosnie-Herzégovine4 juin 2003

Bulgarie12 juin 1993

Cameroun11 novembre 2000

Canada24 juillet 1987

Chili15 mars 2004

Chypre8 avril 1993

Costa Rica27 février 2002

Croatie8 octobre 1991

Danemark26 juin 1987

Équateur29 avril 1988

Espagne20 novembre 1987

Fédération de Russie1er octobre 1991

Finlande29 septembre 1989

France26 juin 1987

Ghana7 octobre 2000

Grèce5 novembre 1988

Hongrie26 juin 1987

Irlande11 avril 2002

Islande22 novembre 1996

Italie11 février 1989

Liechtenstein2 décembre 1990

Luxembourg29 octobre 1987

Malte13 octobre 1990

État partie Date d’entrée en vigueur

Monaco6 janvier 1992

Norvège26 juin 1987

Nouvelle-Zélande9 janvier 1990

Paraguay29 mai 2002

Pays-Bas20 janvier 1989

Pérou7 juillet 1988Pologne12 juin 1993

Portugal11 mars 1989République tchèque3 septembre 1996Sénégal16 octobre 1996

Serbie‑et‑Monténégro12 mars 2001Slovaquie17 avril 1995

Slovénie16 juillet 1993

Suède26 juin 1987Suisse26 juin 1987

Togo18 décembre 1987Tunisie23 octobre 1988

Turquie1er septembre 1988

Ukraine12 septembre 2003

Uruguay26 juin 1987Venezuela26 avril 1994

ÉTATS PARTIES AYANT FAIT UNIQUEMENT LA DÉCLARATION PRÉVUE À L’ARTICLE 21 DE LA CONVENTION, AU 21 MAI 2004

États‑Unis d’Amérique21 octobre 1994

Japon29 juin 1999

Ouganda19 décembre 2001

Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord8 décembre 1988

ÉTATS PARTIES AYANT FAIT UNIQUEMENT LA DÉCLARATION PRÉVUE À L’ARTICLE 22 DE LA CONVENTION, AU 21 MAI 2004b

Azerbaïdjan4 février 2002

Burundi10 juin 2003

Guatemala25 septembre 2003

Mexique15 mars 2002

Seychelles6 août 2001

Annexe IV

COMPOSITION DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE EN 2004

Membres

Pays de nationalité

Mandat expirant le 31 décembre

M. Guibril CAMARA

Sénégal

2007

M. Sayed Kassem EL MASRY

Égypte

2005

Mme Felice GAER

États-Unis d’Amérique

2007

M. Claudio GROSSMAN

Chili

2007

M. Fernando MARIÑO

Espagne

2005

M. Andreas MAVROMMATIS

Chypre

2007

M. Julio PRADO VALLEJO

Équateur

2007

M. Ole Vedel RASMUSSEN

Danemark

2005

M. Alexander M. YAKOVLEV

Fédération de Russie

2005

M. YU Mengjia

Chine

2005

Annexe V

RAPPORTEURS ET CORAPPORTEURS POUR CHACUN DES RAPPORTS DES ÉTATS PARTIES EXAMINÉS PAR LE COMITÉ À SES TRENTE ET UNIÈME ET TRENTE-DEUXIÈME SESSIONS

A. Trente et unième session

Rapport

Rapporteur

Corapporteur

Cameroun:troisième rapport périodique (CAT/C/34/Add.17)

M. Camara

M. Yu Mengjia

Colombie:troisième rapport périodique (CAT/C/39/Add.4)

M. Mariño

M. Rasmussen

Lettonie:rapport initial (CAT/C/21/Add.4)

M. El Masry

M. Rasmussen

Lituanie: rapport initial (CAT/C/37/Add.5)

M. Yakovlev

Mme Gaer

Maroc: troisième rapport périodique (CAT/C/66/Add.1)

M. Camara

Mme Gaer

Yémen: rapport initial (CAT/C/16/Add.10)

M. Burns

M. Mavrommatis

B. Trente ‑deuxième session

Allemagne: troisième rapport périodique (CAT/C/49/Add.4)

M. Yu Mengjia

M. Grossman

Bulgarie: troisième rapport périodique (CAT/C/34/Add.16)

Mme Gaer

M. Yakovlev

Chili: troisième rapport périodique (CAT/C/39/Add.5)

Mme Gaer

M. Rasmussen

Rapport

Rapporteur

Corapporteur

Croatie: troisième rapport périodique (CAT/C/54/Add.3)

M. Rasmussen

M. Yakovlev

Monaco: deuxième rapport périodique (CAT/C/38/Add.2)

M. Camara

M. Mariño

Nouvelle-Zélande: troisième rapport périodique (CAT/C/49/Add.3)

M. Mavrommatis

M. El Masry

République tchèque: troisième rapport périodique (CAT/C/60/Add.1)

M. El Masry

M. Grossman

Annexe VI

MÉTHODES DE TRAVAIL SUIVIES PAR LE COMITÉ CONTRE LA TORTURE POUR L’EXAMEN DES RAPPORTS PRÉSENTÉS EN APPLICATION DE L’ARTICLE 19 DE LA CONVENTION

Introduction

1.Adoptée en 1984, la Convention contre la torture est entrée en vigueur le 26 juin 1987. À sa première session, tenue à Genève en avril 1988, le Comité a adopté son règlement intérieur et défini ses méthodes de travail, conformément à l’article 18 de la Convention. Du fait du nombre croissant de ratifications et de la pratique qu’il a suivie pour s’acquitter de ses fonctions, le Comité a régulièrement révisé son règlement intérieur et ses méthodes de travail de manière à en améliorer l’efficacité et la coordination. Ainsi, le règlement intérieur en vigueur a été modifié pour la dernière fois en 2002a.

2.Selon l’article 19 de la Convention, tous les États parties sont tenus de présenter au Comité des rapports sur les mesures qu’ils ont prises pour donner effet à leurs engagements découlant de la Convention. Le rapport initial doit être présenté dans un délai d’un an à compter de l’entrée en vigueur de la Convention pour l’État partie intéressé. Par la suite, les États parties présentent des rapports complémentaires (rapports périodiques) tous les quatre ans sur toutes nouvelles mesures qu’ils auraient prises.

Directives concernant la présentation des rapports

3.Le Comité a adopté des directives pour aider les États parties à établir leur rapport initial et leurs rapports périodiquesb. Ces directives sont constamment révisées compte tenu de l’expérience accumulée par le Comité et des efforts d’harmonisation menés par tous les organes de surveillance de l’application des instruments relatifs aux droits de l’homme.

4.Le Comité tient beaucoup à ce que les rapports des États parties contiennent des renseignements sur l’application pratique de la Convention ainsi que sur les facteurs ou les difficultés qui en entravent l’application. Il préconise par ailleurs que les institutions nationales chargées de la protection et de la promotion des droits de l’homme et les organisations non gouvernementales soient associées aux consultations qui précèdent l’élaboration des rapports par les gouvernements.

Liste des rapports à examiner et des points à traiter

5.À chaque session, le Comité choisit, parmi les rapports qu’il a reçus, ceux qu’il examinera lors des deux sessions suivantes. En procédant à ce choix, il suit généralement l’ordre chronologique dans lequel les rapports ont été soumis, tout en donnant la priorité aux rapports initiaux. Il désigne alors deux de ses membres qui feront office de rapporteur pour chaque rapport de pays. Chaque membre peut exercer des fonctions de rapporteur pour plus d’un rapport au cours de la même session.

6.À la session précédant celle à laquelle le rapport périodique sera examiné, le Comité établit la liste des points à traiter qu’il communique à l’État concerné au moins deux mois avant l’examen du rapport. La liste est établie, entre autres, en fonction des renseignements contenus dans le rapport, des recommandations que le Comité a adressées précédemment à l’État en question et des renseignements provenant de sources non gouvernementales.

7.Les listes de points à traiter ont pour objet d’axer le dialogue avec les États sur des questions qui présentent un intérêt particulier pour le Comité. Les réponses de l’État concerné sont fournies oralement lors de l’examen du rapport. L’État partie peut, s’il le souhaite, répondre également par écrit deux semaines avant l’examen de son rapport par le Comité pour que ses réponses puissent être distribuées aux membres du Comité. Les réponses écrites ne seront pas traduites. Les réponses écrites ne seront pas transmises. Elles seront rendues publiques sur le site Web du Haut-Commissariat dans la langue où elles ont été soumises.

Examen des rapports soumis par les États parties

8.Le Comité tient deux sessions par an, l’une en novembre, d’une durée de deux semaines, et l’autre en mai, d’une durée de trois semaines. De cinq à sept États parties sont invités à présenter leur rapport à chaque session.

9.L’examen d’un rapport prend généralement la forme d’un dialogue entre la délégation de l’État concerné et le Comité. Le Comité compte ainsi, à la faveur de ce dialogue, parvenir à une meilleure compréhension de la situation dans l’État partie au regard de la Convention et être en mesure de lui donner des conseils sur les moyens d’améliorer l’application de la Convention. À titre exceptionnel, le Comité peut examiner un rapport en l’absence de représentants de l’État partie si, après avoir été notifiés, lesdits représentants ne se présentent pas et ne justifient pas leur absence par des motifs sérieuxc.

10.Deux séances publiques, l’une se tenant le matin et l’autre l’après‑midi du jour suivant, sont généralement consacrées à l’examen d’un rapport. La première séance commence par un exposé des représentants de l’État partie qui évoquent généralement les points saillants du rapport, actualisent les renseignements qu’il contient et répondent aux questions figurant sur la liste des points à traiter que le Comité leur a communiquée au préalable. Cet exposé ne doit pas durer plus de 90 minutes. Par la suite, les rapporteurs de pays et les autres membres du Comité formulent des observations et demandent un complément d’information sur des questions qui, à leur sens, nécessitent des éclaircissements. Il leur est également loisible de soulever des questions qui ne sont pas évoquées dans la liste initiale des points à traiter.

11.Selon la pratique établie, les membres du Comité s’abstiennent de participer à quelque aspect que ce soit de l’examen des rapports de l’État partie dont ils sont ressortissants.

12.Le Service de l’information des Nations Unies publie des communiqués de presse en anglais et en français immédiatement après les séances consacrées à l’examen des rapports. Des comptes rendus analytiques sont également publiés en français ou en anglais pendant la session ou après sa clôture.

13.Les langues officielles du Comité étant l’anglais, l’espagnol, le français et le russe, l’interprétation dans ces langues est assurée pour toutes les séances officielles. Les rapports des États et d’autres documents pertinents sont également traduits dans les langues officielles. Les rapports des États présentés en arabe ou en chinois sont publiés comme documents officiels dans la langue originale. L’interprétation en arabe ou en chinois est assurée lorsque les représentants des États souhaitent s’exprimer dans l’une de ces langues.

Conclusions et recommandations

14.Après l’examen de chaque rapport, le Comité délibère à huis clos et les rapporteurs de pays rédigent leurs projets de conclusions et de recommandations sur la base de ces délibérations. Les projets sont ensuite débattus et adoptés en plénière, lors d’une séance privée. Les conclusions et les recommandations répondent à une présentation type: elles comportent une brève introduction, suivie par des sections consacrées aux aspects positifs, aux facteurs et difficultés entravant l’application de la Convention (le cas échéant).

15.Une fois adoptées, les conclusions et recommandations sont transmises à l’État partie intéressé et rendues publiques. Elles sont aussi diffusées sur le site Web du Haut‑Commissariat aux droits de l’homme. Enfin, elles figurent dans le rapport annuel que le Comité présente à l’Assemblée générale des Nations Unies chaque année.

16.En réponse aux conclusions et recommandations du Comité, l’État partie concerné peut soumettre toute observation qu’il estime appropriée. Si l’État concerné le souhaite, le Comité peut rendre ses observations publiques en les publiant en tant que document officiel.

Suivi des conclusions et recommandations

17.Il arrive que le Comité indique qu’il souhaiterait recevoir des informations de l’État partie sur l’application de telle ou telle recommandationd. Le Comité désigne un rapporteur qui sera chargé d’examiner si l’État partie donne suite à ces demandes.

Stratégies visant à encourager les États parties à faire rapport

18.Deux fois par an, le Comité publie la liste des rapports en retard. Cette liste figure aussi dans le rapport annuel que le Comité présente à l’Assemblée générale. Le Comité peut aussi adresser à l’État partie intéressé un rappel concernant la présentation du ou des rapports en retard. En outre, il a chargé deux de ses membres de rester en contact avec les représentants des États défaillants pour les encourager à établir et à présenter les rapports voulus.

19.Aux termes de l’article 65 de son règlement intérieur, le Comité peut, le cas échéant, signifier à l’État défaillant qu’il entend examiner, à une date spécifiée dans la notification, les mesures prises par l’État partie pour protéger les droits reconnus dans la Convention ou leur donner effet, et formuler les observations générales qu’il juge appropriées dans les circonstances.

Interaction avec les organismes et les institutions spécialisées des Nations Unies ainsi qu’avec les organisations non gouvernementales

20.Conformément à l’article 62 de son règlement intérieur, le Comité invite les institutions spécialisées, les organismes des Nations Unies intéressés, les organisations intergouvernementales, régionales et les organisations non gouvernementales à lui communiquer tous renseignements se rapportant aux travaux qu’il entreprend en application de la Convention.

21.Le Comité attache une importance particulière aux renseignements qu’il reçoit des institutions spécialisées et des organisations non gouvernementales, car ils sont souvent recueillis à la faveur d’un suivi étroit sur le terrain. De plus, ces institutions et organisations peuvent jouer un rôle important dans l’application des recommandations du Comité au niveau national.

22.Les renseignements soumis par écrit par les ONG sont portés à l’attention de l’État concerné, sauf en cas d’objection des auteurs. Cette pratique permet à l’État partie de mieux se préparer à répondre aux questions que le Comité pourra lui poser sur la base de ces renseignements et facilite le dialogue. Si l’ONG ne souhaite pas que les renseignements qu’elle a présentés soient transmis à l’État partie, le Comité ne peut les prendre en considération au cours du dialogue avec cet État.

23.Les organisations non gouvernementales peuvent aussi demander à faire un exposé oral devant le Comité au cours de la session. Ces exposés, consacrés à un pays à la fois, sont donnée en présence des membres du Comité seulement.

Questions diverses

Coopération avec d’autres organes des Nations Unies chargés des droits de l’homme

25.Le Comité a des relations avec d’autres organes créés en vertu d’instruments relatifs aux droits de l’homme, particulièrement sur des questions touchant les méthodes de travail, par le biais des réunions intercomités et des réunions des présidents d’organes conventionnels. Il reste aussi en contact, directement ou par l’intermédiaire du secrétariat, avec d’autres organes et mécanismes des Nations Unies spécifiquement chargés de la torture, à savoir le Rapporteur spécial sur la torture de la Commission des droits de l’homme et le Conseil d’administration du Fonds de contributions volontaires pour les victimes de la torture. L’objet de ces contacts est d’échanger des informations, de coordonner les activités et d’éviter des doubles emplois.

Déclarations et observations générales adoptées par le Comité

25.Le Comité adopte des déclarations pour appeler l’attention sur des faits nouveaux et des facteurs qui influent sur l’application de la Convention et pour préciser sa position à ce propos. S’il le juge approprié, il peut publier une déclaration à lui seul ou avec d’autres organes des Nations Unies. Les déclarations conjointes sont généralement publiées à l’occasion de la Journée internationale des Nations Unies en faveur des victimes de la torture.

26.Le Comité peut aussi adopter des observations générales sur des dispositions précises de la Convention ou sur des questions ayant trait à leur application. Ainsi, il a adopté une observation générale en 1997 sur l’application de l’article 3 dans le contexte de l’article 22 de la Conventione.

Notes

a CAT/C/3/Rev.4.

b CAT/C/4/Rev.2 pour les rapports initiaux et CAT/C/14/Rev.1 pour les rapports périodiques.

c Par. 2 de l’article 66 du règlement intérieur.

d Par. 1 de l’article 68 du règlement intérieur

e A/53/44, par. 258, ou Compilation des observations générales et des recommandations générales adoptée par les organes créés en vertu des instruments relatifs aux droits de l’homme (HRI/GEN/1/Rev.6), p. 295 à 297.

Annexe VII

DÉCISIONS DU COMITÉ CONTRE LA TORTURE AU TITRE DE L’ARTICLE 22 DE LA CONVENTION

A. Décisions sur le fond

Communication n o 135/1999

Présentée par:

S. G. (représenté par un conseil, Mme Mariette Timmer)

Au nom de:

S. G.

État partie:

Pays‑Bas

Date de la requête:

19 juillet 1999

Le Comité contre la torture, institué en vertu de l’article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Réuni le 12 mai 2004,

Ayant achevé l’examen de la requête no 135/1999 présentée par M. S. G. en vertu de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Ayant tenu compte de toutes les informations qui lui ont été communiquées par le requérant, son conseil et l’État partie,

Adopte ce qui suit:

Décision au titre du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention

1.1Le requérant est M. S. G., ressortissant turc né en 1965, résidant actuellement aux Pays‑Bas et frappé d’une mesure d’expulsion. Il affirme que son renvoi en Turquie constituerait une violation par les Pays‑Bas de l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est représenté par un conseil.

1.2Le 18 août 1999, le Comité a transmis la requête à l’État partie; en application du paragraphe 9 de l’article 108 de son règlement intérieur, il l’a prié de ne pas renvoyer le requérant en Turquie tant que sa requête serait en cours d’examen. Dans une note datée du 13 octobre 1999, l’État partie a accédé à la demande.

Rappel des faits présentés par le requérant

2.1Le requérant est un ressortissant turc d’origine kurde, originaire de la ville de Batman dans l’est de la Turquie. En 1993, il a commencé à soutenir le Front national de libération du Kurdistan (ERNK), l’aile politique du PKK. En 1994, il est devenu membre du Parti démocratique populaire (HADEP). Il a participé à des réunions et a recueilli des fonds et des vivres pour les Kurdes qui étaient contraintsa de quitter leur village et de se réinstaller à Batman.

2.2Le 19 mars 1995, le requérant a été arrêté avec sept autres personnes, pour des raisons non spécifiées, et est resté détenu durant 15 jours. Il affirme que pendant sa détention il a été torturé à plusieurs reprises et qu’il en porte les cicatrices sur le dos et sur la jambe gaucheb.

2.3Le 10 mai 1997, le requérant a été arrêté par quatre policiers alors qu’il se rendait à une réunion de l’Association turque des droits de l’homme (IHD). On lui a bandé les yeux et on l’a emmené dans un champ, où les policiers ont menacé de le tuer s’il refusait de leur servir d’indicateur et ne leur fournissait pas des noms de sympathisants du PKK, de l’ERNK et de l’HADEP. Terrorisé, le requérant a accepté de coopérer et a donc été relâché. Il s’est ensuite caché et a pris la fuite pour Istanbul, le 14 mai 1997. Il a ensuite quitté la Turquie pour les Pays‑Bas, le 29 mai 1997, muni d’un faux passeport.

2.4Une fois arrivé aux Pays‑Bas, le requérant a appris de son père que les autorités le recherchaient, que la maison familiale était placée sous surveillance policière et que son père avait été interrogé plusieurs fois par la police qui voulait savoir où se trouvait son filsc. Il a également appris que la police avait demandé par écrit les mêmes renseignements à son père.

2.5Le 29 mai 1997, le requérant a demandé l’asile aux Pays‑Bas. Le Secrétaire d’État à la justice a rejeté sa demande le 13 août 1997. Le 25 août 1997, le requérant a demandé au Secrétaire à la justice de réexaminer sa décision, mais il s’est vu opposer un refus le 29 septembre 1997. Un recours formé contre le refus d’accorder l’asile a été rejeté par le tribunal de district de La Haye le 23 juillet 1998. Ensuite, le requérant a quitté les Pays‑Bas et s’est rendu au Danemarkd où il a demandé l’asilee.

2.6Le requérant a quitté le Danemark le 14 février 1999 et il est retourné aux Pays‑Bas le 15 février 1999. Peu de temps aprèsf, il a participé à une manifestation de protestation contre le rôle joué par le Gouvernement grec dans l’arrestation d’Abdullah Ocalan qui a abouti à l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye par environ 200 Kurdes, dont le requérant. Cette occupation a reçu une attention considérable sur le plan international. Les médias turcs l’ont décrite comme une «action du PKK» et ont qualifié les participants de «terroristes». Quand l’occupation a été terminée, le requérant a été arrêté en raison de sa participation à la manifestation et, le 20 février 1999, il a été placé en rétention puis inculpég.

2.7Le 23 février 1999, alors qu’il était encore en rétention, le requérant a déposé une deuxième demande d’asile auprès des autorités néerlandaises. Le 19 mars 1999, le Secrétaire à la justice a déclaré la demande irrecevableh. Le recours formé contre cette décision auprès du tribunal de district de La Haye a été rejeté le 7 mai 1999.

2.8Le requérant affirme qu’outre l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye il a participé à d’autres activités politiques kurdes. Aux Pays‑Bas, il a assisté à des réunions à La Haye et à Arnhem en 1997i, à une «célébration» le 15 août 1997 à Middelburg, à la «célébration du Newroz» le 21 mars 1998 à Middelburg, à la Fête internationale du travail le 1er mai 1998 à Rotterdam, et aux festivals de la jeunesse «Mazlum Dogan» en 1998, dans plusieurs villes des Pays-Bas. Au Danemark, il a participé à des réunions à Copenhague, où des prospectus dont le contenu n’est pas précisé ont été distribués, et à ce qu’il appelle «diverses activités en rapport avec Abdullah Ocalan»j. Il mentionne également sa participation à plusieurs «activités kurdes» en Allemagne, en France et en Belgique.

2.9Le requérant évoque la situation générale des droits de l’homme en Turquie et en particulier les rapports émanant de plusieurs organisations non gouvernementales, et de gouvernements concernant la pratique de la torture en Turquie. Il mentionne les rapports d’Amnesty International et de Human Rights Watch pour 1999, selon lesquels la torture en Turquie était «courante» et «répandue». Il cite un rapport du Comité européen pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants daté du 23 février 1999, dans lequel celui-ci évoque la visite qu’il a effectuée en Turquie en 1997 et note que l’existence et l’ampleur de la pratique de la torture en Turquie ont été établies sans qu’aucun doute ne soit possible. L’auteur mentionne en particulier un rapport publié en 1999 par l’Association suisse d’assistance aux réfugiés (Schweizerische Flüchtlingshilfe), qui décrit la «détérioration de la situation des droits de l’homme en Turquie en raison de l’arrestation du dirigeant du PKK, Abdullah Ocalan», et note que parmi les groupes de personnes qui risquent d’être soumises à la torture si elles retournent en Turquie figurent les membres et les sympathisants de l’HADEP et les personnes en relation avec des partis ou organisations illégaux.

Teneur de la plainte

3.Le requérant affirme qu’il risque d’être torturé s’il est renvoyé en Turquie et que son expulsion constituerait une violation de l’article 3 de la Convention. Il dit que ce risque est réel parce qu’il est un jeune Kurde qui a déjà été torturé en Turquie et qu’il a participé à des activités politiques en Turquie et à l’étranger. À ce propos, il affirme qu’il est fort probable que sa participation à l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye soit connue des autorités turques.

Observations de l’État partie sur la recevabilité et sur le fond

4.1Dans une note datée du 13 octobre 1999, l’État partie a fait savoir qu’il n’avait aucune objection à opposer à la recevabilité de la requête; il a fait part de ses observations sur le fond dans une note datée du 18 février 2000.

4.2L’État partie fait valoir que l’expulsion du requérant ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention. Il décrit la procédure légale à suivre pour demander le statut de réfugié aux Pays‑Bas ainsi que les possibilités de recours administratifs et judiciaires. Le cadre législatif applicable à l’admission et à l’expulsion des étrangers est défini dans la loi sur les étrangers et les règlements connexes. Les demandeurs d’asile sont interrogés deux fois par les autorités d’immigration qui s’attachent, la deuxième fois, à connaître les raisons pour lesquelles le demandeur a quitté son pays d’origine. Un conseil peut assister aux entretiens. Le demandeur d’asile reçoit une copie du rapport rédigé après les entretiens et il a deux jours pour soumettre des rectifications ou des ajouts. Une décision est alors rendue par un agent du Département de l’immigration et de la naturalisation au nom du Secrétaire d’État à la justice. En cas de rejet, le demandeur d’asile peut formuler une objection et la demande est réexaminée par le Département. Dans certains cas, celui-ci doit consulter le Comité consultatif pour les étrangers. Une recommandation est transmise au Secrétaire d’État à la justice, qui tranche. Si l’objection est rejetée, un recours peut être formé auprès du tribunal de district.

4.3L’État partie rappelle que le Ministère des affaires étrangères publie régulièrement des rapports sur la situation dans les pays d’origine pour aider le Département de l’immigration et de la naturalisation à évaluer les demandes d’asile. Pour établir ces rapports, le Ministère utilise des sources publiées et des rapports d’organisations non gouvernementales ainsi que des informations fournies par les représentations diplomatiques néerlandaises. Dans son rapport du 17 septembre 1999, le Ministère a noté que, bien que la situation des droits de l’homme en Turquie soit «clairement déficiente», l’intensification de la surveillance internationale avait conduit à une amélioration dans plusieurs domaines. Il a indiqué que dans de nombreux cas les atteintes aux droits de l’homme étaient liées à la «question kurde» et qu’elles consistaient essentiellement en des restrictions du droit à la liberté d’expression et de réunion. Il est relevé dans le rapport que les Kurdes victimes de persécution peuvent en général s’établir dans une autre région de Turquie et que pour la plupart des pays européens la situation en Turquie n’est pas considérée comme un motif de ne pas renvoyer des demandeurs d’asile déboutés dans ce pays.

4.4L’État partie souligne que la situation des droits de l’homme en Turquie est suivie en permanence par le Gouvernement néerlandais et qu’en juillet 1999, à la suite d’informations selon lesquelles un ancien demandeur d’asile renvoyé en Turquie en avril 1999 serait mort, il a suspendu l’expulsion de Kurdes vers la Turquie. Dans une lette datée du 8 décembre 1999, le Secrétaire d’État à la justice a fait savoir que l’enquête effectuée par le Ministère des affaires étrangères permettait de reprendre les expulsions, ce qui avait été décidék.

4.5En ce qui concerne la situation personnelle du requérant, l’État partie résume les informations fournies par ce dernier au Département de l’immigration et de la naturalisation au cours des deux entretiens qu’il a eus concernant ses activités en Turquie et le traitement que lui avaient réservé les autorités turques. Il note que dans ses décisions du 13 août et du 29 septembre 1997 le Secrétaire d’État à la justice a conclu que le requérant n’était pas un réfugié et que, s’il était renvoyé dans son pays, il ne courrait pas un risque réel d’être soumis à un traitement inhumain au sens de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal de district de La Haye a rejeté le 23 juillet 1998 le recours formé par le requérant. La deuxième demande d’asile a été rejetée le 19 mars 1999 et cette décision a été confirmée en appel par le tribunal de district de La Haye le 7 mai 1999. L’État partie fait remarquer qu’à la suite des démarches entreprises par le requérant pour contester sa rétention, l’ordre de rétention le concernant a été annulé avec effet au 1er septembre 1999.

4.6L’État partie fait observer que l’existence de violations graves et systématiques des droits de l’homme dans un pays donné ne constitue pas, en soi, un motif suffisant de penser qu’une personne donnée risque d’être soumise à la torture si elle retourne dans ce pays; il doit y avoir des raisons spécifiques de penser que la personne concernée serait personnellement en dangerl. L’intéressé doit courir un risque réel, prévisible et personnel d’être torturé dans le pays vers lequel il doit être expulsém. D’après les propres rapports par pays de l’État partie, la situation générale en Turquie n’est pas telle qu’il y ait lieu de penser que les personnes originaires de Turquie, dont les Kurdes, risquent d’être soumis à la torture.

4.7L’État partie fait valoir que les activités politiques auxquelles le requérant affirme avoir participé en Turquie ne sont pas de nature à faire penser qu’il ferait l’objet d’une attention particulière de la part des autorités turques. Il s’agissait d’activités secondaires, telles que la collecte de fonds. Le requérant n’a pas affirmé connaître d’autres membres de l’ERNK ni avoir joué un rôle particulier au sein du groupe. En ce qui concerne l’HADEP, il s’est limité à participer à des réunions. Il n’a pas démontré que ces activités l’avaient signalé aux autorités turques. Ainsi, les autorités, ayant appris qu’il était membre de l’HADEP en mars 1995, l’avaient relâché sans condition en avril 1995n.

4.8L’État partie relève que le requérant a fait des déclarations contradictoires au sujet des circonstances de son arrestation le 10 mai 1997. En premier lieu, les rapports par pays de l’État partie indiquaient que toutes les antennes locales de l’IHD, comme celle à laquelle le requérant a dit qu’il se rendait lorsqu’il avait été arrêté, avaient été fermées. Le requérant n’avait pas été en mesure de dire où se trouvait le bureau de l’IHD. En deuxième lieu, il s’était contredit à propos de la chronologie des différents événements survenus la nuit du 10 mai 1997, affirmant qu’il avait été détenu jusqu’à minuit et qu’après un voyage de deux heures en voiture il avait été interrogé durant deux heures supplémentaires, ce qui ne concordait pas avec la précédente version selon laquelle il avait été relâché dans sa ville à 2 h 30. En outre, l’État partie estime qu’il n’est pas plausible, comme semble l’indiquer le récit du requérant, qu’une personne identifiée par les autorités comme un indicateur potentiel ne soit pas immédiatement sommée de donner des noms de membres du PKK et de l’HADEP. Il relève que les autorités n’ont donné au requérant aucune instruction spécifique sur ce qu’il devait faire en tant qu’indicateur et l’ont laissé seul dans les jours qui ont suivi le 10 mai 1997 et en conclut qu’elles ne le considéraient pas comme une figure importante de l’opposition. Dans son deuxième entretien avec les fonctionnaires du Département de l’immigration et de la naturalisation, le requérant a déclaré qu’il n’était qu’un membre passif de l’HADEP et ne connaissait aucun membre actif de l’ERNK. L’État partie ne pense donc pas qu’il soit considéré par les autorités turques comme un personnage important de l’opposition kurde. L’État partie ajoute que le fait que la police ait demandé au père du requérant où se trouvait son fils ne laissait rien présager de fâcheux et que l’on ne peut pas être certain que les autorités ont cherché à savoir où était son fils parce que le père ne peut pas être considéré comme une source d’information objective en ce qui concerne la requête déposée par son fils.

4.9Pour ce qui est des activités politiques du requérant hors de la Turquie, l’État partie note qu’aucune preuve n’a été apportée pour les étayer et qu’en tout état de cause les activités mentionnées ne sont pas de grande envergure. Il rejette comme étant infondé le grief tiré du risque réel que ces activités soient connues des autorités turques. En ce qui concerne la participation du requérant à l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye, les poursuites pénales engagées contre lui ont été abandonnées faute de preuves. Même si la participation du requérant à cet incident est connue des autorités turques, elle n’est pas suffisamment dissidente pour les inciter à s’en prendre à lui.

4.10L’État partie note que les mauvais traitementso que le requérant aurait subis lorsqu’il a été arrêté en mars 1995 ne sont pas déterminants pour la question à l’examen. Le fait qu’un requérant ait été auparavant soumis à la torture n’est qu’une des considérations à prendre en compte pour l’examen d’une requête fondée sur l’article 3 recensées par le Comité dans son observation générale. L’État partie fait valoir que les mauvais traitements subis par le requérant à la suite d’une descente de police qui ne le visait pas personnellement ne donnent pas à penser qu’il court personnellement le risque d’être torturé s’il est renvoyé dans ce pays. En outre, les tortures qu’aurait subies le requérant en 1995 ne peuvent être qualifiées de «récentes». Enfin, après sa libération en avril 1995, il n’a eu aucun problème avec les autorités jusqu’en 1997. Compte tenu de ce qui précède, l’État partie considère qu’il n’y a pas violation de l’article 3 et que la plainte n’est pas fondée.

Commentaires du requérant

5.1Dans ses commentaires sur les observations de l’État partie, datés du 5 janvier 2003, le requérant conteste les arguments avancés par l’État partie pour mettre en doute sa crédibilité. Il affirme que les antennes locales de l’IHD n’étaient pas toutes fermées au moment de son arrestation en mai 1997 et qu’elles étaient à cette époque fermées et rouvertes périodiquement. Quant aux contradictions dans la chronologie des événements du 10 mai 1997, il réplique que les heures qu’il a indiquées aux autorités néerlandaises n’étaient que des estimations et qu’il avait tellement peur au moment de l’incident que sa perception des faits a été déformée. Il ajoute que ce n’est pas à lui qu’il faut demander pourquoi les autorités turques ne l’ont pas obligé à dire des noms avant de le relâcher. Enfin, il fait observer que l’État partie n’a pas contesté l’authenticité de la «convocation» que la police a adressée à son père pour lui demander où se trouvait son fils.

5.2Le requérant fait valoir que la Turquie est un pays où des violations des droits de l’homme sont systématiquement commises, qu’il a été torturé dans le passé par la police turquep, qu’il a participé, en Turquie et à l’étranger, à des activités politiques et autres qui l’exposent particulièrement au risque d’être soumis à la torture à son retour et que les récits qu’il a faits de ce qui lui était arrivé sont cohérents. Le Comité devrait donc conclure que le renvoi du requérant en Turquie constituerait une violation de l’article 3 de la Convention.

Délibérations du Comité

6.1Avant d’examiner une plainte soumise dans une communication, le Comité contre la torture doit déterminer si la communication est recevable en vertu de l’article 22 de la Convention. Le Comité s’est assuré, comme il est tenu de le faire conformément au paragraphe 5 a) de l’article 22 de la Convention, que la même question n’a pas été examinée et n’est pas en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement, et qu’il n’y a aucun obstacle à la recevabilité de ce point de vue. Le Comité note que l’État partie ne soulève pas d’objections concernant la recevabilité de la requête. Ne voyant aucun autre obstacle à la recevabilité, le Comité déclare la requête recevable et procède à son examen sur le fond.

6.2Le Comité doit déterminer si, en renvoyant le requérant en Turquie, l’État partie ne manquerait pas à l’obligation qui lui est faite en vertu du paragraphe 1 de l’article 3 de la Convention de ne pas expulser ou refouler un individu vers un autre État où il a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture. Pour ce faire, le Comité doit tenir compte de tous les éléments, y compris l’existence dans l’État où le requérant serait renvoyé d’un ensemble de violations systématiques, graves, flagrantes ou massives des droits de l’homme. Il s’agit cependant de déterminer si l’intéressé risque personnellement d’être soumis à la torture dans le pays dans lequel il serait renvoyé. Conformément à la jurisprudence du Comité, l’existence d’un ensemble de violations systématiques, graves, flagrantes ou massives des droits de l’homme dans le pays ne constitue pas en soi un motif suffisant pour conclure que l’individu risque d’être soumis à la torture à son retour dans ce pays. À l’inverse, l’absence d’une telle situation ne signifie pas qu’une personne ne peut pas être considérée comme risquant d’être soumise à la torture.

6.3Le Comité rappelle son observation générale concernant l’application de l’article 3, dans laquelle il a indiqué qu’il était tenu de déterminer «s’il y a des motifs sérieux de croire que l’auteur risque d’être soumis à la torture» s’il est renvoyé et que l’existence d’un tel risque «doit être appréciée selon des éléments qui ne se limitent pas à de simples supputations ou soupçons». Il n’est pas nécessaire que le risque soit «hautement probable» mais il doit être encouru «personnellement et actuellement»q. À cet égard, la jurisprudence constante du Comité est de conclure que le requérant doit courir «personnellement un risque réel et prévisible» d’être soumis à la torturer.

6.4En évaluant le risque de torture dans le cas présent, le Comité relève que le requérant affirme avoir déjà été emprisonné et torturé par les autorités turques. Toutefois, les actes présumés de torture remontent à 1995. Le Comité note que, conformément à son observation générale concernant l’article 3, les éléments à prendre en compte pour évaluer le risque de torture comprennent la question de savoir si le requérant a été torturé dans le passé et, dans l’affirmative, s’il s’agit d’un passé récent. Les incidents mentionnés ont eu lieu neuf ans auparavant et ne peuvent donc être qualifiés de récents.

6.5Le Comité doit également examiner si le requérant se livrait, à l’intérieur ou à l’extérieur de son pays, à des activités politiques ou autres de nature à l’exposer à un risque particulier d’être soumis à la torture s’il rentre en Turquie. À l’intérieur de la Turquie les activités du requérant ont consisté à recueillir des fonds et des vivres pour les villageois kurdes déplacés. Bien qu’il affirme avoir été arrêté à deux reprises, le requérant n’a pas démontré qu’il était une figure importante de l’opposition kurde ou qu’il était considéré comme tel par les autorités turques. Il ne prétend pas non plus assumer un rôle spécial dans les organisations concernées. En ce qui concerne ses activités à l’étranger, le requérant a donné plusieurs exemples de sa participation à des activités et à des réunions politiques. Certaines sont évoquées en termes très généraux mais il cite en particulier sa participation à l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye en 1999. Il n’est pas démontré toutefois que les autorités turques soient au courant de la participation du requérant à cet incident ni des autres éléments cités. Le Comité note à cet égard que les poursuites engagées contre le requérant après l’occupation de la résidence de l’Ambassadeur de Grèce à La Haye ont été abandonnées par manque de preuves. Il n’a pas non plus été démontré que si réellement les autorités turques étaient au courant de ces actes le requérant courrait un risque particulier d’être torturé à son retour en Turquie.

6.6Les éléments pertinents concernant les antécédents du requérant en Turquie ainsi que ses activités à l’intérieur et à l’extérieur du pays ont été pris en considération par les autorités néerlandaises. Le Comité n’est pas en mesure de contester les conclusions de celles-ci sur les faits, ni de résoudre la question de savoir s’il y a des contradictions dans le récit du requérant. Conformément à la jurisprudence du Comité, le crédit voulu doit être accordé aux conclusions du Gouvernement sur les faits.

6.7Compte tenu de ce qui précède, le Comité considère que le requérant n’a pas montré qu’il courait personnellement un risque réel et prévisible d’être torturé s’il était renvoyé en Turquie, au sens de l’article 3 de la Convention.

7.Le Comité contre la torture, agissant en vertu du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, conclut que le renvoi du requérant en Turquie ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

Notes

a Aucun détail n’est fourni.

b Il est fait référence à un rapport médical très succinct en néerlandais (non traduit), qui est de nouveau mentionné dans les commentaires du requérant aux observations de l’État partie. Une description de la teneur du rapport médical y est donnée en anglais (voir dossier, p. 3 des commentaires, sous la rubrique «Ad 2&3»).

c Il ressort de la réponse de l’État partie que le requérant avait dit aux fonctionnaires des services de l’immigration que son père avait été arrêté, fait qui n’est pas mentionné dans la communication initiale.

d Aucune date n’est précisée.

e Aucun détail n’est donné.

f Aucune date n’est précisée.

g Rien n’est dit du chef d’inculpation ni d’une éventuelle déclaration de culpabilité ou condamnation.

h Aucun détail n’est donné.

i Aucun détail n’est donné.

j Aucun détail n’est donné.

k Aucun détail n’est donné sur la nature ni sur les résultats de l’enquête.

l L’État partie renvoie aux constatations du Comité concernant les communications nos 91/1997, A. c. Pays ‑Bas (13 novembre 1998), et 28/1995, E. A. c. Suisse (10 novembre 1997).

m L’État partie renvoie à l’Observation générale du Comité à propos de l’article 3.

n Cette information ne figure pas dans la communication initiale, mais il est possible qu’elle soit fournie dans les pièces jointes, qui sont en néerlandais.

o Ce détail ne figure pas dans la requête, mais l’État partie note que le requérant aurait été plongé dans de l’eau froide et frappé à coups de poing, de bâton et de couteau.

p Note: il affirme ici qu’il a été torturé en 1995 et en 1997, alors que la requête initiale ne mentionne que 1995. Il semble que la torture qui aurait eu lieu en 1997 correspond aux menaces de mort que les autorités lui auraient adressées pour le contraindre à leur servir d’indicateur.

q Observation générale no 1 (1996).

r Constatations du Comité concernant la communication no 204/2002, H. K. H. c. Suède (28 novembre 2002).

Communication n o  148/1999

Présentée par:A. K.

Au nom de:A. K.

État partie:Australie

Date de la requête:13 octobre 1999 (lettre initiale)

Le Comité contre la torture, institué en vertu de l’article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Réuni le 5 mai 2004,

Ayant achevé l’examen de la requête no 148/1999 présentée par A. K. en vertu de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Ayant tenu compte de toutes les informations qui lui ont été communiquées par le requérant, son conseil et l’État partie,

Adopte ce qui suit:

Décision au titre du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention

1.1Le requérant est M. A. K., de nationalité soudanaise, actuellement détenu au Centre de rétention de la Nouvelle‑Galles du Sud. Il affirme que son renvoi au Soudan constituerait une violation par l’Australie de l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Au début, le requérant était représenté par un conseila.

1.2Le 1er novembre 1999, le Comité a prié l’État partie, en application du paragraphe 9 de l’article 108 de son règlement intérieur, de ne pas expulser le requérant tant que sa requête serait examinée par le Comité. Le 20 janvier 2000, l’État partie a confirmé qu’il accéderait à cette demande.

Rappel des faits présentés par le requérant

2.1Le requérant dit qu’il est Ansari et membre du parti Umma, l’un des deux partis traditionalistes du nord du pays qui s’opposent au gouvernement actuel. De 1990 à 1995, le requérant a fréquenté le département de Khartoum de l’Université du Caire, où il a obtenu un diplôme de droit. Le parti Umma comptait environ 100 membres à l’Université du Caire et le requérant est devenu le chef de ce groupe.

2.2Le requérant affirme avoir organisé des rassemblements et des manifestations contre le gouvernement en avril 1992. À la suite de l’un de ces rassemblements, il a été arrêté par des membres des forces de sécurité. Il a été menacé, obligé à s’engager par écrit à ne plus participer à des activités politiques, puis libéré. À la suite de cet incident, les forces de sécurité l’ont gardé sous surveillance.

2.3Le requérant affirme que les étudiants de l’université étaient obligés de s’enrôler dans les Forces populaires de défense (PDF), l’armée du parti au pouvoir, à savoir le Front islamique national (NIF). Pour éviter la conscription, le requérant est devenu agent de police et a travaillé de 1993 à 1995 au siège de l’administration pénitentiaire de Khartoum, et quelquefois à la prison Kober.

2.4En 1994, le gouvernement a envoyé les étudiants qu’il considérait comme des fauteurs de troubles et des opposants au régime se battre dans le sud du pays. Le 1er juin 1996, le requérant aurait reçu une convocation lui enjoignant de se présenter aux Forces populaires de défense dans les 72 heures parce qu’il avait été choisi pour «accomplir le jihad». Étant donné qu’il ne voulait pas se battre contre son propre peuple ni nettoyer des champs de mines, il a décidé de fuir le pays. Du fait de la convocation, il ne pouvait pas utiliser son passeport et s’est donc servi du passeport de son frère aîné. Après son départ, les militaires auraient perquisitionné son domicile.

2.5Le 10 décembre 1997, le requérant est arrivé en Australie sans documents de voyage valables et a été mis en détention en attendant qu’une décision définitive soit prise au sujet de sa demande d’asile. Le 12 décembre 1997, il a déposé une demande de visa de protection (statut de réfugié) auprès du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles (DIMA). À l’appui de sa demande, il a fourni notamment les documents suivants: une lettre émanant du parti Umma confirmant son appartenance à cette formation, une lettre adressée par le commandant des Forces populaires au directeur de l’administration pénitentiaire pour lui demander de libérer le requérant afin qu’il puisse se présenter en personne aux Forces populaires de défense et une déclaration d’un membre de la communauté soudanaise en Australie qui indiquait n’avoir aucun doute quant au fait que le requérant était un ressortissant soudanais et appartenait à une famille connue pour soutenir le groupe Ansar, qui est favorable au parti Umma.

2.6Le 5 janvier 1998, un représentant du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles a rejeté la demande de visa de protection déposée par le requérant, au motif qu’il n’était pas ressortissant soudanais et que ses allégations n’étaient pas crédibles. Le 5 février 1998, le requérant a déposé un recours administratif auprès de la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés (Refugee Review Tribunal) contre la décision du représentant du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles. Le 7 juillet 1998, la Commission de contrôle a débouté le requérant de sa demande. Le requérant a déposé une demande de recours judiciaire auprès du Tribunal fédéral. Le 25 août 1998, le Tribunal a renvoyé la demande à la Commission de contrôle aux fins de réexamen.

2.7Le 25 novembre 1998, la nouvelle Commission de contrôle, qui venait d’être constituée, a débouté le requérant de sa demande. La décision a fait l’objet d’un recours auprès du Tribunal fédéral, devant lequel le requérant n’était pas représenté par un conseil. Au cours de l’audience, le requérant a dit que l’interprète qui l’avait assisté lors de l’audience devant la Commission de contrôle n’était pas compétent et qu’il avait été mal compris. L’audience a été ajournée pour que le requérant puisse bénéficier d’une représentation juridique. Le 9 août 1999, le Tribunal fédéral a débouté le requérant. Plusieurs demandes d’intervention déposées par la suite auprès de ministres ont été rejetées.

2.8Le requérant décrit l’histoire politique récente du Soudan et affirme que des violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes et massives sont commises dans ce pays. Il mentionne notamment l’adoption par la Commission des droits de l’homme, en avril 1997, d’une résolution selon laquelle les violations des droits de l’homme au Soudan comportent notamment des «exécutions extrajudiciaires, [d]es arrestations arbitraires, [d]es détentions sans garantie d’une procédure régulière, [d]es disparitions forcées ou involontaires, [d]es atteintes aux droits des femmes et des enfants, l’esclavage et [d]es pratiques analogues à l’esclavage, [d]es déplacements forcés et la pratique systématique de la torture, ainsi que le déni de la liberté de religion, d’expression, d’association et de réunion pacifique».

2.9En janvier 1998, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Soudan a fait savoir que les autorités du pays, les forces de sécurité et les milices étaient responsables d’un grand nombre d’atteintes aux droits de l’homme. En avril 1998, la Commission des droits de l’homme a de nouveau exprimé sa vive préoccupation face aux violations graves et persistantes des droits de l’homme. Pour la quatrième année consécutive, la Commission a recommandé que des observateurs des droits de l’homme chargés de surveiller la situation soient déployés sur le terrain.

2.10Le requérant affirme que, même si l’essentiel des persécutions religieuses touche les non‑musulmans, le caractère fondamentaliste du régime actuel est tel que de nombreux musulmans, parmi lesquels les soufis, ne sont pas libres de pratiquer leur propre conception de l’islam sous le régime du Front islamique national.Les Ansar (qui comptent un grand nombre de soufis) sont soumis à une surveillance du gouvernement et ont vu leurs mosquées confisquées. De plus, les groupes musulmans qui critiquent le gouvernement continuent d’être victimes de harcèlementb. Sur le plan politique, le requérant affirme que les opinions islamistes dissidentes, dont celles professées par des partis musulmans centristes, tels que le parti Umma, ne sont pas tolérées.

2.11Selon le requérant, il est établi que les déserteurs risquent la torture et leur vie. Amnesty International a fait savoir en avril 1998 qu’un «très grand nombre d’étudiants appelés sous les drapeaux étaient morts alors que des centaines de jeunes gens cherchaient à s’évader d’un camp d’entraînement militaire situé à al‑Ayfun, près de Khartoum. Les autorités ont fait savoir que plus de 50 déserteurs s’étaient noyés en tentant de traverser le Nil Bleu. Toutefois, selon d’autres informations, plus d’une centaine ont été tués, dont beaucoup par balle. D’autres ont été battus à mort». Le requérant affirme également que le HCR comme Amnesty International ont fourni des informations sur les centres de détention au Soudan et sur le risque que l’on y court de subir des mauvais traitements et des tortures, en particulier au cours des interrogatoires menés dans les locaux de la sécuritéc. Selon le requérant, un soufi, membre du parti Umma, qui aurait échoué à obtenir l’asile et aurait passé beaucoup de temps en Occident, et qui serait diplômé en droit, serait confronté à des difficultés considérables à son retour au Soudan, qu’il ait ou non accompli son service militaire.

Teneur de la plainte

3.A. K. affirme que son retour forcé au Soudan constituerait une atteinte à ses droits en vertu de l’article 3 de la Convention, étant donné qu’il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture. Pour étayer cette affirmation, il fait valoir que sa religion, ses activités politiques antérieures et le fait qu’il soit déserteur lui font courir un risque réel et personnel d’être victime de torture. Le fait qu’il a fui le pays pour éviter la conscription le met en danger d’être exécuté à son retour. Enfin, il affirme que, s’il était renvoyé au Soudan, il serait obligé de s’enrôler dans les Forces populaires de défense et de prendre part contre son gré à la guerre civile.

Observations de l’État partie

4.1Dans une lettre datée du 7 novembre 2000, l’État partie conteste tous les aspects de la plainte quant à la recevabilité et au fond. S’agissant de la recevabilité, l’État partie fait valoir que le requérant n’a pas étayé ses affirmations, a mal interprété la portée de l’obligation de l’État partie au titre de l’article 3 et n’a pas établi qu’il courait un risque réel et personnel d’être soumis à la torture.

4.2L’État partie invite le Comité à déclarer qu’il acceptera les résultats de l’examen des faits par les instances nationales compétentes aux fins de l’évaluation des risques au titre de l’article 3, sauf à constater qu’il existe une preuve évidente d’arbitraire, d’injustice ou de violation de l’indépendance ou de l’impartialité des magistrats. Il fait valoir que l’interprétation et l’application des lois nationales relèvent essentiellement des tribunaux nationaux et que, d’une manière générale, il n’appartient pas au Comité de les examiner. Il affirme en outre que la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés est indépendante et est dotée d’une certaine expérience pour ce qui est d’examiner les demandes déposées par des citoyens soudanais, étant donné qu’elle a été saisie de 21 demandes de ce type en 1997 et 1998. Sur ce total, la Commission de contrôle s’est prononcée sur 8 demandes et a cassé la décision des autorités compétentes en matière d’immigration de refuser un visa de protection dans la majorité des cas (5), mais a confirmé ladite décision dans 3 cas. Dans le cas présent, le requérant a bénéficié de deux audiences séparées devant la Commission de contrôle. Son représentant légal était présent et le requérant était assisté d’un interprète professionnel lors des deux audiences. L’État partie note que le requérant n’a fourni au Comité aucune information sur son pays dont la Commission de contrôle n’ait pas eu connaissance et qu’elle n’ait prise en considération.

4.3L’État partie fait valoir que les preuves présentées à l’appui de l’allégation de torture manquent de crédibilité et que la plainte ne paraît donc pas justifiée. Lors de son interrogatoire par la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés, le requérant a fait des déclarations contradictoires sur trois points importants. Premièrement, il a changé de manière significative ses déclarations au sujet de ses expériences précédentes avec les autorités soudanaises. À son arrivée à l’aéroport de Sydney, lorsqu’il lui a été demandé s’il avait été menacé de violences physiques par les autorités soudanaises, il a répondu par l’affirmative. Toutefois, lorsque la question «Sous quelle forme?» lui a été posée, il est revenu sur ses dires et a répondu «Non, je n’ai pas été menacé». Il s’est ensuite montré peu disposé à coopérer avec l’interprète.

4.4Lorsqu’il a été interrogé par le Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles, le requérant a affirmé avoir dit à l’interprète de l’aéroport qu’on l’avait menacé «de lui couper les ongles et de le frapper à la poitrine − et de le brûler ... et de lui arracher les ongles» mais qu’il n’avait pas été torturé. Il a également affirmé avoir été menacé de ces formes de torture dans la déclaration qu’il a établie avec l’aide de son représentant légal à l’appui de sa demande de visa de protection, entre l’interrogatoire de l’aéroport et celui du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles. Selon l’État partie, l’explication avancée par le requérant, selon laquelle l’interprétation ou la transcription de son interrogatoire à l’aéroport n’était pas de bonne qualité, n’est pas convaincante.

4.5Deuxièmement, le requérant a fait des déclarations contradictoires au sujet de l’acquisition du passeport qu’il a utilisé pour pénétrer en Australie et sur les passeports qu’il a utilisés d’une manière générale. Le requérant n’a cessé de faire des déclarations incohérentes à ce sujet tout au long de la procédure, à tel point que le représentant du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles n’a pu établir son identité ni sa nationalité. L’État partie décrit en détail les contradictions qui apparaissent dans les déclarations du requérant, notamment une déclaration selon laquelle il a obtenu son passeport, gratuitement, d’un homme qu’il ne connaissait pas, rencontré sur le marché; une autre déclaration selon laquelle il a utilisé le passeport de son frère pour quitter le Soudan et transiter par le Tchad, la Libye, Malte, la Malaisie et Singapour, périple qui aurait duré deux ans; et une troisième déclaration contradictoire selon laquelle il s’agissait d’un passeport officiel portant de fausses informations.

4.6Troisièmement, l’État partie invoque l’absence de crédibilité du requérant au sujet de ses prétendues activités politiques et de l’intérêt que les autorités soudanaises y porteraient. Les éléments avancés par le requérant au sujet du rapport entre son engagement politique et son emploi ne sont pas plausibles, sont contradictoires et sont devenus de plus en plus confus au fil du temps. Lors de son interrogatoire par le Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles, le requérant a indiqué que sa tâche principale consistait à monter la garde devant la prison ou le bâtiment de l’administration pénitentiaire et à s’assurer que personne n’y entre de façon illégale. Lors de la seconde audition par la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés, il a affirmé avoir transmis des lettres entre des prisonniers politiques et leur famille, sans expliquer comment il était entré en contact avec des détenus alors que son travail consistait à monter la garde devant l’entrée extérieure des bâtiments. Il a également affirmé au cours de cette audience qu’il avait pu s’acquitter de cette tâche avec succès parce que les détenus avaient «senti instinctivement» qu’il poursuivait des objectifs politiques de même nature.

4.7L’État partie fait valoir que le requérant n’a pas fourni de détails au sujet des mauvais traitements qu’il aurait subis aux mains des autorités soudanaises et qu’aucune source indépendante n’a corroboré cette affirmation. Une seule fois, le requérant a fourni des détails quant à l’incident mentionné au paragraphe 4.4, au cours duquel il aurait subi des sévices. À supposer même que ces allégations soient crédibles, de simples menaces de violences physiques proférées par les autorités soudanaises, une arrestation et un interrogatoire, une perquisition suivie d’une surveillance légère pendant une courte période ne constituent pas un préjudice équivalant à une douleur ou des souffrances aiguës. Il n’existe aucune preuve attestant que le requérant a réellement subi des atteintes physiques.

4.8S’agissant du rassemblement évoqué, l’État partie fait valoir qu’il n’a pas été en mesure de trouver la moindre information relative à l’organisation d’un tel rassemblement en avril 1992. Étant donné qu’il s’agit de la seule manifestation politique publique à laquelle le requérant prétend avoir participé, le fait que ni son représentant ni l’État partie n’aient pu découvrir le moindre élément concernant cet événement met sérieusement en doute la véracité de cette allégation. Le requérant a tenté de minimiser l’importance de ce rassemblement lorsqu’il lui a été demandé d’expliquer pourquoi il n’existait aucune information émanant de sources indépendantes prouvant qu’il avait bien eu lieu.

4.9Quant à l’élément de preuve avancé pour confirmer l’affirmation du requérant selon laquelle il était politiquement actif au sein du parti Umma, à savoir une télécopie émanant de la section londonienne dudit parti, il a été rejeté par la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés en raison de sa faible valeur probante. La télécopie ne comprend aucun élément prouvant que le requérant est personnellement connu, et comporte simplement une indication de son appartenance au parti et des déclarations d’ordre général au sujet des persécutions dont les membres du parti sont victimes au Soudan. De même, une lettre datée du 5 février 1998, adressée «à qui de droit» par la section australienne de l’Alliance démocratique nationale (Soudan), manque d’éléments précis concernant la situation et le passé du requérant. Cette lettre ne mentionne le requérant qu’une seule fois, le décrivant comme un «militant politique engagé, opposant [sic] au Gouvernement soudanais depuis le 30 juin 1989, date à laquelle le gouvernement démocratique a été renversé». Comme l’a fait observer l’un des membres de la Commission de contrôle dans l’exposé des motifs de sa décision, le requérant n’avait jamais affirmé au Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles ou à la Commission de contrôle qu’il était un militant politique depuis le coup d’État. En fait, il a affirmé à la deuxième audience de la Commission de contrôle qu’il n’avait joué un rôle actif qu’en 1992 et 1993.

4.10L’État partie fait observer que les preuves données verbalement et par écrit à la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés par une femme membre de la communauté soudanaise locale, que le requérant a rencontrée pour la première fois à Sydney, ont une valeur probante tout aussi douteuse. Cette personne a déclaré à la première audience de la Commission de contrôle qu’elle n’avait pas connu le requérant au Soudan, mais qu’elle était allée à l’école avec deux de ses cousins et qu’elle avait téléphoné à la section londonienne du parti Umma pour avoir confirmation de l’appartenance du requérant au parti. Quand bien même ses déclarations seraient exactes, l’État partie considère que des informations de nature aussi générale que celles qu’elle a obtenues de la section londonienne du parti Umma sont moins concluantes que l’absence complète de preuves écrites qu’aurait pu produire le requérant lui‑même concernant son adhésion au parti Umma et son prétendu état de dissident politique. La déclaration de cette personne, pour autant qu’elle soit acceptée, peut uniquement être invoquée à l’appui de ce qu’affirme le requérant au sujet de son origine soudanaise.

4.11En ce qui concerne la prétendue objection de conscience du requérant, l’État partie fait valoir que les éléments présentés à la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés par le requérant au sujet du service militaire obligatoire sont contradictoires et peu convaincants et qu’aucun élément de source indépendante ne vient confirmer son objection de conscience à la guerre civile. L’État partie énumère en détail les éléments présentés par le requérant sur cette question à la première et à la deuxième audience de la Commission de contrôle, qui sont contradictoires à de nombreux égards. Ainsi, un membre de la deuxième Commission de contrôle n’a pas ajouté foi à l’affirmation du requérant selon laquelle il avait été appelé sous les drapeaux, estimant que la lettre qu’il avait fournie pour prouver qu’il avait été appelé sous les drapeaux par les Forces populaires de défense n’était pas authentique. L’État partie fait valoir que le requérant n’a fourni aucune preuve qu’il serait traité comme un déserteur. À supposer même que le requérant soit objecteur de conscience et qu’il soit obligé de participer à la guerre civile à la suite d’une conscription non discriminatoire, une telle situation n’équivaudrait pas en tant que telle à un acte de torture au sens de la Convention.

4.12L’État partie fait valoir que même si l’on admet que le requérant s’est soustrait à la conscription ou a déserté, il ne semble guère établi que cela lui ferait courir le risque d’être soumis à la torture s’il était rapatrié au Soudan. Depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution soudanaise en 1998, la torture et les exécutions capitales sont illégales, en toutes circonstances, y compris en cas de désertion. Après avoir évalué soigneusement les informations disponibles, l’État partie estime que le requérant ne risque ni d’être torturé ni d’être exécuté pour s’être soustrait au service militaire. En admettant même que le requérant risque une sanction pour sa prétendue «désertion», les informations disponibles semblent indiquer qu’il serait considéré comme insoumis plutôt que comme déserteur et qu’il serait passible, à ce titre, d’une peine d’emprisonnement de trois ans au maximum.

4.13L’État partie admet que le Soudan ne présente pas un bilan positif en matière de droits de l’homme et que le gouvernement aussi bien que les forces non gouvernementales continuent à commettre des violations des droits de l’homme. Il note les conclusions de la Commission des droits de l’hommed selon lesquelles le fait que l’Autorité intergouvernementale unifiée pour le développement ait échoué à pérenniser la Déclaration de principes de 1994 dont étaient convenus le Gouvernement soudanais et les factions en guerre a entraîné la poursuite du conflit dans le sud du pays. Toutefois, il fait valoir que l’existence dans un pays d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives ne constitue pas en soi un motif suffisant pour conclure qu’une personne risquerait d’être soumise à la torture à son retour dans ce pays. Il doit exister des motifs spécifiques de penser que l’intéressé serait personnellement en danger d’être soumis à la torture en cas d’expulsion. Ces éléments ne doivent pas se limiter à de simples supputations ou soupçonse.

4.14À supposer même que l’État partie admette que le requérant est Soudanais et qu’il a été arrêté lors d’un rassemblement en avril 1992, il n’accepte pas l’affirmation selon laquelle il appartient à un groupe particulièrement visé. Le requérant n’a jamais exercé la profession d’avocat, n’est plus étudiant et n’a plus exercé d’activité politique depuis avril 1992. De plus, il a quitté le Soudan en 1996 et n’a rien fait depuis pour faire parler de lui dans son pays. Le requérant ne correspond pas à la description «d’un militant ordinaire ou d’un étudiant», ni à celle d’un jeune, d’un responsable estudiantin ou d’un avocat susceptible d’être considéré comme un opposant politique et donc d’être soumis à la torture par le gouvernementf. Selon un document mis à jour établi par le HCR en 1997 à propos du Soudan, le parti Umma et un autre parti d’opposition, à savoir le Parti unioniste démocratique, sont dépassés et la plupart des jeunes ne leur accordent plus aucune attention. Aucune de ces sources n’étaye la crédibilité des affirmations du requérant en ce qui concerne son appartenance au parti Umma ou ses craintes d’être soumis à la tortureg.

4.15Enfin, selon un avis émanant du Ministère australien des affaires étrangères et du commerce, «il n’est pas rare que des ressortissants soudanais restent pendant de longues périodes à l’étranger, habituellement pour des raisons économiques»h. Selon les informations recueillies auprès d’autres pays sur la situation au Soudan et sur le profil des demandeurs d’asile soudanais, si les membres du parti Umma et les Ansari font parfois l’objet de persécutions au Soudan, de nombreuses personnes affirment être membres de ce parti. En conséquence, il est nécessaire de vérifier la véracité de ces déclarations et l’importance de l’engagement personnel des demandeurs d’asile.

4.16S’agissant de la question de savoir si le requérant risque d’être soumis à la torture pour avoir demandé l’asile en Australie, l’État partie fait valoir que cette éventualité ne semble guère établie. Selon les éléments avancés par le requérant lui-même, son propre frère a été arrêté à son retour au Soudan et interrogé sur l’endroit où il se trouvait et les activités qu’il avait menées en dehors du Soudan, mais il a été relâché sain et sauf cinq jours plus tard. Le représentant du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles au Caire a indiqué à l’État partie que des ressortissants soudanais, parmi lesquels des personnes qui avaient obtenu le statut de réfugié en Australie, qui étaient retournés au Soudan après l’avoir fui à la suite du coup d’État de 1989, n’avaient pas été inquiétés par les autorités à leur retour au pays. L’État partie mentionne également des renseignements émanant du Département australien des affaires étrangères et du commerce extérieur en date d’avril 2000, selon lesquels le parti Umma et le gouvernement soudanais tentaient d’aplanir leurs divergences.

Délibérations du Comité

Examen de la recevabilité

5.1Avant d’examiner une plainte soumise dans une communication, le Comité contre la torture doit déterminer si la communication est recevable en vertu de l’article 22 de la Convention. Le Comité s’est assuré, comme il est tenu de le faire conformément au paragraphe 5 a) de l’article 22 de la Convention, que la même question n’a pas été examinée et n’est pas en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement.

5.2Le Comité note que l’État partie n’a pas contesté que les recours internes avaient été épuisés. L’État partie conteste la recevabilité de la plainte au motif que le requérant n’a pas établi qu’il y avait à première vue violation de l’article 3, mais le Comité est d’avis qu’il a reçu assez d’éléments pour examiner la plainte quant au fond. Ne voyant aucun autre obstacle à la recevabilité, le Comité déclare la communication recevable et procède à son examen sur le fond.

Examen au fond

6.1Le Comité doit déterminer si, en renvoyant le requérant au Soudan, l’État partie manquerait à l’obligation qui lui est faite en vertu du paragraphe 1 de l’article 3 de la Convention de ne pas expulser ou refouler un individu vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture. Pour ce faire, le Comité doit tenir compte de tous les éléments, y compris l’existence dans l’État où le requérant serait renvoyé, d’un ensemble systématique de violations graves, flagrantes ou massives des droits de l’homme. Il s’agit cependant de déterminer si l’intéressé risque personnellement d’être soumis à la torture dans le pays vers lequel il serait renvoyé. Dès lors, l’existence d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives dans le pays ne constitue pas en soi un motif suffisant pour établir que l’individu risque d’être soumis à la torture à son retour dans ce pays; il doit exister des motifs supplémentaires donnant à penser que l’intéressé courrait personnellement un risque. À l’inverse, l’absence d’un ensemble de violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme ne signifie pas qu’une personne ne peut pas être considérée comme risquant d’être soumise à la torture du fait de circonstances qui sont les siennes.

6.2En évaluant le risque de torture dans le cas présent, le Comité relève les incohérences importantes, mises en évidence par l’État partie, dans les éléments avancés par le requérant tout au long de la procédure, qui ont en l’espèce été examinés en détail à deux reprises par la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés. Il observe également que le requérant n’a pas donné d’explication au sujet de ces incohérences et rappelle le paragraphe 8 de son Observation générale no 1, en vertu duquel les questions liées à la crédibilité du requérant et à la présence d’incohérences factuelles dans ce qu’il affirme peuvent avoir une incidence sur les délibérations du Comité quant à la question de savoir si le requérant risque d’être soumis à la torture s’il était renvoyé dans son pays.

6.3Concernant les allégations relatives à l’engagement politique du requérant et aux mauvais traitements qu’il aurait subis dans le passé de la part des autorités soudanaises, sur lesquelles seraient fondées ses craintes d’être soumis à la torture à son retour dans son pays, le Comité relève que, même s’il ne tient pas compte des incohérences susmentionnées et qu’il considère que ces allégations sont fondées, le requérant ne dit pas qu’il a eu des activités politiques après 1992 et que, à aucun moment ni au cours des procédures engagées dans l’État partie ni dans la requête présentée au Comité il n’affirme avoir été torturé par les autorités soudanaises.

6.4Sur la question de la désertion du requérant, le Comité relève que l’État partie a bien examiné la lettre datée du 1er juin 1996, par laquelle le requérant aurait été enrôlé dans les Forces populaires de défense, mais a considéré qu’elle n’était pas authentique. Le Comité estime que tout le crédit voulu doit être accordé aux constatations de fait des organes nationaux, judiciaires ou autres, compétents sauf s’il peut être établi que ces constatations sont arbitraires ou injustifiées. En supposant même que le Comité considère que le requérant est un déserteur ou un insoumis, celui-ci n’a pas fait la preuve qu’il serait soumis à la torture à son retour au Soudan. Le Comité relève que l’État partie a tenu compte d’un grand nombre de renseignements émanant de plusieurs sources différentes avant d’aboutir à une conclusion.

6.5Le Comité note l’argument du requérant qui affirme qu’il serait obligé d’accomplir son service militaire s’il était renvoyé au Soudan, bien qu’il soit objecteur de conscience, et sa conclusion que cette situation serait assimilable à des actes de torture selon la définition de l’article 3 de la Convention. Le Comité estime que la lettre datée du 1er juin 1996, dont l’authenticité a été mise en doute, pas plus que l’argument du requérant qui affirme que les opposants au régime doivent aller se battre dans le cadre de la guerre civile, ne suffisent à prouver que le requérant est objecteur de conscience ou qu’il serait mobilisé à son retour au Soudan. En ce qui concerne les autres raisons invoquées pour expliquer la crainte d’être torturé à son retour au pays, l’appréciation des faits réalisée par l’État partie ne semble pas être injustifiée ou arbitraire.

6.6Compte tenu de ce qui précède, le Comité estime que le requérant n’a pas apporté d’éléments vérifiables permettant de conclure qu’il existe des motifs sérieux de croire qu’il encourrait personnellement un risque réel et prévisible d’être soumis à la torture, au sens de l’article 3 de la Convention, s’il était renvoyé au Soudan.

7.Le Comité contre la torture, agissant en vertu du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, conclut que le renvoi du requérant au Soudan ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

Notes

a Les conseils ont informé le Comité le 20 mars 2004 qu’ils ne représentaient plus le requérant.

b Le requérant renvoie au rapport annuel d’Amnesty de 1999, dans lequel il est indiqué que parmi les personnes détenues en 1997 figuraient cinq imams qui auraient émis des doutes quant à la légitimité religieuse de Hassan al‑Turabi, Secrétaire général du Congrès national et mentor idéologique du gouvernement.

c Il renvoie à l’Action urgente d’Amnesty International, du 21 janvier 1997.

d Rapport sur la situation des droits de l’homme au Soudan (E/CN.4/1999/38/Add.1), 17 mai 1999.

e L’État partie renvoie à l’Observation générale du Comité sur l’article 3 et la communication no 13/1993 (Motumbu c. Suisse).

f Selon les termes utilisés dans le rapport établi en 1999 par le Département d’État des États-Unis sur les pratiques en matière de droits de l’homme au Soudan.

g Gerard Prunier, «Sudan Update: War in North and South», UNHCR RefWorld-Country Information, p. 3.

h DFAT CA500922 du 22 janvier 1998, CX27237.

Communication n o 153/2000

Présentée par:Z. T. (représentée par Mme Angela Cranston)

Au nom de:R. T.

État partie:Australie

Date de la requête:4 janvier 2000 (lettre initiale)

Le Comité contre la torture, institué en vertu de l’article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Réuni le 11 novembre 2003,

Ayant achevé l’examen de la requête no 153/2000 présentée par Mme Z. T. en vertu de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Ayant tenu compte de toutes les informations qui lui ont été communiquées par le requérant, son conseil et l’État partie,

Adopte ce qui suit:

Décision au titre du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention

1.1La requérante, dans la requête datée du 4 janvier 2000, est Z. T. Elle présente l’affaire au nom de son frère, R. T., citoyen algérien né le 16 juillet 1967. Elle affirme que son frère est victime de violations par l’Australie de l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Elle est représentée par un conseil.

1.2Le 26 janvier 2000, le Comité a adressé la requête à l’État partie en le priant de formuler ses observations et, en application du paragraphe 1 de l’article 108 de son règlement intérieur, il lui a demandé de ne pas renvoyer le frère de la requérante en Algérie tant que sa requête serait en cours d’examen. L’État partie a toutefois expulsé celui-ci le jour même sans avoir eu le temps d’examiner cette demande.

Rappel des faits présentés par la requérante

2.1Le 27 novembre 1997, R. T., détenteur d’un visa de tourisme, s’est rendu à La Mecque (Arabie saoudite). Il y est resté sept mois. Il a ensuite «acheté» un visa australien et s’est rendu en Afrique du Sud pour se faire délivrer ce visa australien.

2.2Le 21 août 1998, R. T. est arrivé en Australie en provenance d’Afrique du Sud. Il a détruit ses documents de voyage à l’aéroport d’arrivée. Il a immédiatement demandé le statut de réfugié à l’aéroport, où il a été interrogé par un agent du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles. N’ayant pas de document de voyage, il n’a pas obtenu l’autorisation d’entrer sur le territoire en vertu de l’article s172 de la loi sur l’immigration. Le même jour, il a été arrêté et escorté jusqu’au Centre de rétention de Westbridge.

2.3Le 26 août 1998, R. T. a présenté une demande de visa de protection. Il était conseillé par un avocat de la Commission de l’assistance juridique de la Nouvelle‑Galles du Sud. Le 16 octobre 1998, sa demande a été rejetée par le Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles. Le même jour, il a fait appel de cette décision auprès de la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés (Refugee Review Tribunal). L’appel a été rejeté le 11 novembre 1998. Il a ensuite présenté un recours auprès du Tribunal fédéral d’Australie, qui l’a débouté le 10 mars 1999.

2.4R. T. n’a pas fait appel de la décision du Tribunal fédéral d’Australie auprès du Tribunal fédéral plénier car ses représentants estimaient que, compte tenu de la faiblesse des motifs de recours devant le Tribunal fédéral, un appel n’avait aucune chance d’aboutir et ne répondait donc pas aux critères déterminant l’octroi d’une aide juridique. Il affirme que, sans aide juridique, il n’aurait probablement pas été représenté pour cet appel.

2.5R. T. a présenté trois recours successifs au Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles le 17 mars 1999, le 6 juillet 1999 et le 26 août 1999. Il a demandé au Ministre de faire usage de son pouvoir discrétionnaire pour l’autoriser à rester en Australie pour des raisons humanitaires. Le Ministre a rejeté la demande dans une lettre non datée, reçue par le conseil de l’intéressé le 22 juillet 1999, puis dans une nouvelle lettre datée du 23 août 1999. La décision du Ministre n’était pas susceptible d’appel. Le 29 octobre 1999, un agent de l’immigration du Service juridique (Immigration and Community Legal Service) de South Brisbane a demandé au Ministre d’autoriser R. T. à demeurer en Australie pour des raisons humanitaires. Le directeur d’Amnesty International Australie a également écrit au Ministre pour demander qu’il ne soit pas expulsé «dans un avenir proche».

2.6Le frère de la requérante et deux autres demandeurs d’asile ont entamé une grève de la faim en septembre 1999. Le 8 octobre 1999, ils ont été renvoyés de Westbridge. Ils n’ont pas été autorisés à contacter leurs conseillers juridiques et à prendre leurs effets personnels. Le 16 octobre 1999, ils ont déposé une plainte auprès du Ministre de l’immigration et des affaires multiculturelles.

2.7R. T. affirme qu’il n’a pas été informé de la décision de l’expulser d’Australie. Il a été renvoyé vers l’Afrique du Sud le 26 janvier 2000.

2.8Dans une lettre supplémentaire datée du 12 avril 2000, Mme Z. T. donne des renseignements complémentaires sur son frère. Elle déclare qu’après son expulsion du territoire australien il a été retenu pendant un ou deux jours dans un hôtel de l’aéroport à Johannesburg. Il a ensuite été remis aux autorités sud‑africaines et détenu au centre de rétention de Lindela pendant plus de 30 jours pour entrée illicite sur le territoire.

2.9Le 7 février 2000, ou autour de cette date, le frère de la requérante a déposé une demande d’asile et a obtenu un visa temporaire, ce qui lui a permis d’être libéré.

2.10Le 30 janvier 2000, ou à une date proche, il a été prévenu de la visite prochaine de l’Ambassadeur d’Algérie en Afrique du Sud, qui devait lui fournir les documents nécessaires à son retour vers l’Algérie. Son avocat étant intervenu, la visite n’a pas eu lieu.

2.11R. T. affirme ne pas se sentir en sécurité en Afrique du Sud après son expulsion d’Australie. Il déclare que la loi sud‑africaine ne lui donne aucune garantie qu’il ne sera pas expulsé à n’importe quel moment. Il s’inquiète de certaines démarches faites par le Gouvernement sud‑africain, notamment le fait que l’Ambassadeur d’Algérie ait été prévenu de sa présence en Afrique du Sud, l’acceptation de sa demande d’asile puis l’annulation de cette décision et l’annulation de l’octroi d’un visa temporaire, et enfin sa rétention au centre de rétention de Lindela pour une période supérieure à la période autorisée de 30 jours. Il déclare craindre que sa demande ne soit rejetée pour des impératifs commerciaux, en raison du commerce d’armes entre les Gouvernements sud‑africain et algérien.

2.12Il est précisé que la requête n’a pas été soumise à l’examen d’une autre instance internationale d’enquête ou de règlement.

Teneur de la plainte

3.1R. T. affirme qu’il existe des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture s’il est renvoyé en Algérie et que l’Australie commettrait donc une violation de l’article 3 de la Convention s’il était expulsé vers ce pays. Il dit craindre d’être poursuivi en Algérie pour ses opinions politiques et son appartenance au Front islamique du salut (FIS). Il craint également d’avoir à servir dans l’armée algérienne et affirme que des membres de sa famille ont été accusés par les autorités algériennes de soutenir des groupes islamiques armés. Par conséquent, lui et d’autres membres de sa famille sont devenus la cible de l’armée algérienne.

3.2Il est dit que le frère de la requérante risque personnellement d’être soumis à la torture en raison de son soutien au FIS et de ses liens familiaux étroits avec plusieurs personnes qui ont été inquiétées du fait de leur appartenance au FIS et, dans certains cas, de leur statut d’ex‑candidats du FIS.

3.3Enfin, il est dit que R. T. risque personnellement d’être soumis à la torture en raison de la publication de la décision du Tribunal fédéral. Cette décision fournit des renseignements sur lui‑même et sa famille, ses requêtes et sa demande de protection en Australie. Il affirme que cette publication lui fait courir un risque personnel s’il est renvoyé contre son gré en Algérie, les autorités algériennes étant probablement informées de la décision publiée et des détails de sa demande de protection.

3.4La requérante affirme que l’Algérie reste un État autoritaire où les violations graves et flagrantes des droits de l’homme sont systématiques. Elle dit que les personnes arrêtées pour atteinte à la sécurité nationale y sont couramment soumises à la torture et invoque des rapports de plusieurs organisations pour appuyer ses dires. Ces documents confirmeraient qu’il y a des «motifs sérieux de croire» que son frère risquerait d’être soumis à la torture s’il était renvoyé en Algérie.

3.5Le frère de la requérante souhaite convaincre le Comité que son expulsion du territoire australien dans des conditions où il n’a le droit ni de revenir en Australie ni de se rendre dans un pays autre que l’Algérie constitue une violation de l’article 3 de la Convention.

Observations de l’État partie sur la recevabilité et le fond de la requête

4.1Le 14 novembre 2000, l’État partie a présenté ses observations sur la recevabilité et le fond de la requête. Il explique qu’il n’a pu prendre les mesures provisoires demandées par le Comité car il n’avait reçu aucune demande écrite de sa part au moment de l’expulsion de l’intéressé du territoire australien, le 26 janvier 2000. L’État partie ajoute que le bureau du HCR en Australie a été informé de son expulsion imminente et n’a pas formulé d’objection, et que tous les risques que pouvaient présenter le retour de R. T. en Algérie avaient été soigneusement évalués sur la base des informations disponibles sur le pays en question.

4.2Pour l’État partie, la requête est irrecevable car elle est incompatible avec les dispositions de la Convention. En outre, l’État partie affirme que R. T. n’a présenté aucun commencement de preuve quant à l’existence de raisons sérieuses de croire qu’il serait soumis à la torture s’il était renvoyé en Algérie. L’État partie ajoute que l’intéressé n’a pas apporté d’éléments plausibles justifiant ses craintes d’être torturé.

4.3L’État partie observe qu’il n’y a aucune preuve que les autorités algériennes aient jamais torturé R. T. par le passé et que les preuves de sa participation aux activités politiques du FIS sont très maigres. Il affirme que les déclarations de l’intéressé concernant ses activités contiennent de nombreuses incohérences, ce qui fait douter de leur crédibilité. Sur la base des éléments fournis, l’État partie refuse de croire qu’il est un sympathisant du FIS.

4.4S’agissant de l’éventualité selon laquelle R. T. pourrait être appelé à faire son service militaire à son retour en Algérie, l’État partie déclare qu’il est peu probable qu’il soit appelé sous les drapeaux, soit parce qu’il a déjà fait son service militaire, soit parce qu’il est trop âgé pour être enrôlé. L’État partie affirme que, en tout état de cause, l’obligation de faire son service militaire ne constitue pas une torture. En outre, il invoque les conclusions de la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés selon lesquelles l’intéressé aurait inventé ne pas être libéré des obligations militaires. La Commission a estimé qu’il avait amplifié et exagéré ses griefs depuis ses premières déclarations à son arrivée en Australie.

4.5En ce qui concerne la publication du jugement du Tribunal fédéral, l’État partie nie que celle‑ci pourrait inciter les autorités algériennes à torturer le frère de la requérante à son retour en Algérie. Rien ne donne à penser que les autorités algériennes ont manifesté un intérêt quelconque pour les activités de R. T. depuis 1992, année où il déclare avoir été arrêté et détenu pendant 45 minutes. L’État partie note que les affirmations selon lesquelles les autorités algériennes examineraient les bases de données juridiques australiennes sur Internet pour déterminer où se trouve l’intéressé ne sont pas crédibles. Il est à son avis hautement improbable que la publication sur Internet d’une décision par laquelle un visa de protection lui a été refusé ait été portée à l’attention des autorités algériennes. Par conséquent, il n’y a aucune raison sérieuse de croire que R. T. risquerait d’être soumis à la torture pour ce motif.

4.6L’État partie reconnaît que le Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles a noté que les membres de la famille de R. T. qui ont subi des préjudices ou des mauvais traitements ont été des membres actifs du FIS ou des religieux musulmans mais, selon ses propres déclarations, l’intéressé n’est ni l’un ni l’autre et n’avait pas attiré l’attention des autorités, à l’exception d’une fois, en 1992, année où il dit avoir été détenu pendant 45 minutes. En outre, l’État partie cite les conclusions de la Commission de contrôle des décisions concernant les réfugiés selon lesquelles R. T. a pu quitter l’Algérie à trois reprises et revenir deux fois sans problème, ce qui indique qu’il ne retient pas l’attention des autorités.

4.7En outre, l’État partie affirme que, lors de son audition, R. T. a admis qu’aucun de ses parents proches n’avait de problèmes avec les autorités (à l’exception de son beau‑frère, en 1995) et qu’il n’avait eu lui‑même aucun problème depuis son arrestation en 1992, ce qui indique une fois de plus qu’il n’est pas inquiété par les autorités algériennes.

4.8L’État partie observe que le frère de la requérante craint de manière générale les dangers découlant des troubles civils en Algérie. Cette crainte ne suffit cependant pas à le placer sous la protection de la Convention. L’État partie ajoute que le Ministre de l’immigration et des affaires multiculturelles a examiné des informations communiquées par les autorités françaises et britanniques où celles‑ci déclaraient ne pas avoir eu vent de cas où une personne renvoyée en Algérie sur leur décision ait subi des actes de violence à son retour dans le pays. L’État partie renvoie aussi à des rapports récents qui font état d’une amélioration de la situation des droits de l’homme en Algérie.

4.9L’État partie invoque également l’avis du Ministère de l’immigration et des affaires multiculturelles, dans lequel ce dernier note que les autorités algériennes sont conscientes que de nombreux ressortissants algériens qui se rendent à l’étranger présentent des demandes d’asile pour échapper aux troubles civils et à la situation économique défavorable qui prévalent en Algérie. Il souligne en outre qu’une simple demande d’asile déposée par un ressortissant algérien dans un autre pays ne saurait constituer une raison pour les autorités algériennes de tenter de persécuter ou de torturer cette personne.

4.10L’État partie note que dans une lettre datée du 25 janvier 2000, R. T. a été informé que des dispositions avaient été prises pour qu’il quitte l’Australie par le vol South African Airways SA281, partant de Sydney à destination de Johannesburg à 21 h 40 le 26 janvier 2000. Il était escorté par trois agents sur le vol à destination de l’Afrique du Sud. Enfin, l’État partie signale que les autorités australiennes ignorent où se trouve actuellement l’intéressé.

Délibérations du Comité

Considérations relatives à la recevabilité

5.1Le Comité a pris note des informations communiquées par l’État partie, selon lesquelles l’expulsion de R. T. n’a pas été suspendue, l’État partie n’ayant pas reçu à temps la demande du Comité concernant l’adoption de mesures provisoires en vertu du paragraphe 1 de l’article 108 de son règlement intérieur. L’intéressé a été renvoyé à Johannesburg le 26 janvier 2000. Il a séjourné quelque temps en Afrique du Sud, mais on ignore où il se trouve actuellement.

5.2Avant d’examiner une plainte figurant dans une communication, le Comité contre la torture doit déterminer si la requête est ou n’est pas recevable au regard de l’article 22 de la Convention. Le Comité s’est assuré, comme il est tenu de le faire en vertu du paragraphe 5 a) de l’article 22 de la Convention, que la même question n’a pas été examinée ou n’est pas en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement. Il note que l’État partie n’a pas contesté que les recours internes aient été épuisés. L’État partie affirme aussi que le frère de la requérante n’a pas étayé ses allégations aux fins de la recevabilité. Il renvoie aux constatations du Comité dans l’affaire G.R.B. c. Suèdea, selon lesquelles «l’obligation de l’État partie de ne pas renvoyer contre son gré une personne dans un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture est directement liée à la définition de la torture figurant à l’article premier de la Convention». L’État partie note également que le Comité a déclaré qu’il incombait au requérant de présenter des arguments défendables. L’État partie explique que cela suppose que le requérant étaye sa position par des faits suffisamment solides pour justifier une réponse de sa part. Il affirme que les éléments qui lui ont été soumis concernant le frère de la requérante ne sont pas de nature à susciter une action de sa part et rappelle que selon le Comité, l’existence du risque de torture doit être appréciée en fonction d’éléments qui ne se limitent pas à de simples supputations ou soupçons. Pour l’État partie, il n’existe pas de motifs sérieux de croire que l’intéressé sera soumis à la torture.

5.3En dépit des observations de l’État partie, le Comité estime avoir reçu des éléments suffisants de la part du frère de la requérante au sujet du danger qu’il affirme courir s’il rentre en Algérie pour examiner la plainte quant au fond. Ne voyant aucun obstacle à la recevabilité, le Comité déclare la communication recevable et procède à son examen sur le fond.

Examen quant au fond

6.1Le Comité doit déterminer si, en renvoyant R. T. en Algérie, l’État partie manquerait à l’obligation qui lui est faite en vertu du paragraphe 1 de l’article 3 de la Convention de ne pas expulser ou refouler un individu vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture. Pour ce faire, le Comité doit tenir compte de tous les éléments, y compris l’existence dans l’État où le requérant serait renvoyé d’un ensemble systématique de violations graves, flagrantes ou massives des droits de l’homme. Il s’agit cependant de déterminer si l’intéressé risque personnellement d’être soumis à la torture dans le pays vers lequel il serait renvoyé. Dès lors, conformément à la jurisprudence du Comité et nonobstant les allégations de la requérante présentées au paragraphe 3.4 quant à la situation en Algérie, l’existence d’un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives dans le pays ne constitue pas en soi un motif suffisant pour établir que l’individu risque d’être soumis à la torture à son retour dans ce pays; il doit exister des motifs supplémentaires donnant à penser que l’intéressé courrait personnellement un risque. À l’inverse, l’absence d’un ensemble de violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme ne signifie pas qu’une personne ne peut pas être considérée comme risquant d’être torturée dans ses circonstances particulières.

6.2Le Comité note que le frère de la requérante invoque la protection de l’article 3 au motif qu’il risque d’être arrêté et torturé en raison du soutien que lui‑même et des membres de sa famille ont manifesté au FIS. Ses prétendues relations avec le FIS remontent à 1992, époque à laquelle il a été arrêté et interrogé pendant 45 minutes. Il n’est pas affirmé que l’intéressé a été torturé ou poursuivi au motif de ses relations avec le FIS avant de quitter le pays pour l’Arabie saoudite. Le frère de la requérante n’a pas satisfait à l’obligation qui lui incombe d’étayer ses affirmations, selon lesquelles il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture et selon lesquelles l’Algérie est un pays où il existe un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives.

6.3Dans le cas d’espèce, le Comité note également que les activités politiques du beau‑frère de l’intéressé remontent à environ 10 ans et qu’elles pourraient ne pas entraîner en elles‑mêmes un risque pour R. T. d’être torturé s’il était renvoyé en Algérie. Il note en outre que sa crainte d’être rappelé sous les drapeaux ne peut être prise en considération.

6.4Le Comité rappelle que, pour que l’article 3 de la Convention s’applique, il doit exister pour la personne concernée un risque prévisible, réel et personnel d’être soumise à la torture dans le pays vers lequel elle est renvoyée ou, comme c’est le cas en l’espèce, dans un pays tiers vers lequel il est prévisible qu’elle sera ultérieurement expulsée. Sur la base des considérations qui précèdent, le Comité estime que le frère de la requérante n’a pas apporté d’éléments suffisants pour le convaincre qu’il risquerait personnellement d’être victime de torture s’il retournait en Algérie.

6.5Le Comité contre la torture, agissant en vertu du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitement cruels, inhumains ou dégradants, estime que, sur la base des informations dont il est saisi, l’expulsion de R. T. vers l’Afrique du Sud ne constituait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

Notes

a Affaire no 83/1997, constatations adoptées le 15 mai 1998.

Communication n o  182/2001

Présentée par:A. I. (représenté par un conseil, M. Hans Peter Roth)

Au nom de: A. I.

État partie:Suisse

Date de la requête:5 mars 2001 (lettre initiale)

Le Comité contre la torture, institué en vertu de l’article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Réuni le 12 mai 2004,

Ayant achevé l’examen de la communication no 182/2001 présentée par M. A. I. en vertu de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Ayant tenu compte de toutes les informations qui lui ont été communiquées par le requérant, son conseil et l’État partie,

Adopte ce qui suit:

Décision au titre du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention

1.1Le requérant est M. A. I., Sri‑Lankais d’origine tamoule, né en 1977, résidant actuellement en Suisse où il est frappé d’une mesure d’expulsion vers Sri Lanka. Il affirme que son renvoi à Sri Lanka constituerait une violation par la Suisse de l’article 3 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est représenté par un conseil.

1.2Le 25 avril 2001, le Comité a transmis la requête à l’État partie en lui demandant de lui faire part de ses observations. Le Comité note que l’État partie a décidé, de sa propre initiative, de ne pas renvoyer le requérant à Sri Lanka tant que sa requête serait en cours d’examen.

Rappel des faits présentés par le requérant

2.1Le requérant est originaire de Chankanai, dans le nord de Sri Lanka. En juillet 1995, sa famille et lui ont fui la guerre civile et ont séjourné quelque temps dans un camp de réfugiés près de Navaly. Au cours du bombardement d’une église catholique par l’armée de l’air sri‑lankaise, il a assisté à la mort de nombreux réfugiés qui s’étaient abrités dans cette église, dont certains de ses parents éloignés. Le requérant et sa famille ont ensuite gagné Chavakachcheri, alors sous contrôle des LTTEa, organisation qu’avait rejointe son jeune frère, S.

2.2En janvier 1996, le requérant et sa mère se sont rendus à Colombo pour organiser son départ de Sri Lanka. Après un attentat à la bombe contre une banque à Colombo, dans lequel un voisin était impliqué, le requérant et sa mère ont été arrêtés par les forces de sécurité le 31 janvier 1996 et détenus au poste de police de Pettah. Les 8 et 16 février 1996, le requérant a reçu la visite d’une délégation du Comité international de la Croix‑Rouge (CICR) et le 22 février 1996 sa mère et lui ont été libérés contre versement d’un pot‑de‑vin.

2.3Le 30 mars 1996, à l’occasion d’un contrôle d’identité, le requérant a été arrêté par une patrouille de l’armée qui l’a conduit à la prison de Welikade, où il a été interrogé sur ses liens avec les LTTE. Après sa libération le 1er janvier 1997, il est revenu à Chankanai. Entre‑temps, son jeune frère était mort, le 18 juillet 1996, au cours d’une attaque des LTTE contre un camp militaire près de Mullaitivu.

2.4Après le retour du requérant à Chankanai, lui et son deuxième frère, T., ont été arrêté six ou sept fois, entre avril et juin 1997, par les miliciens de l’EPRLFb et de la TELO c. Ils ont été conduits dans un camp près de Puttur, où ils ont été interrogés sur leurs liens avec les LTTE. Au cours des interrogatoires, ils auraient été battus. Une fois, on les a frappés avec une chaîne en fer et brûlés au dos avec un morceau de fer brûlant, afin d’obtenir des aveux. En juillet 1997, T. a de nouveau été arrêté par la milice; il n’a pas réapparu depuis.

2.5Par la suite, le requérant est reparti pour Colombo, qu’il a quitté le 22 août 1997, muni d’un faux passeport, pour la Suisse via la Turquie et l’Italie.

2.6Le 26 août 1997, le requérant a déposé une demande d’asile politique en Suisse. Après des entretiens conduits par l’Office fédéral des réfugiés (ODR) le 26 août 1997 et le 22 avril 1998 et par la police des étrangers le 14 octobre 1997, l’ODR a rejeté sa demande le 28 octobre 1998, lui ordonnant de quitter le pays avant le 15 janvier 1999. Cette décision se fondait sur les motifs suivants: a) le manque de crédibilité de ses affirmations concernant sa détention à la prison de Welikade et la disparition supposée de son deuxième frère, T., ainsi que les contradictions relevées dans sa description des mauvais traitements que son frère et lui auraient subis aux mains de l’EPRLF et de la TELO; b) l’absence de lien suffisant, dans le temps comme sur le fond, entre sa détention au poste de police de Pettah du 31 janvier au 22 février 1996 et son départ de Sri Lanka le 22 août 1997; c) l’insuffisance des éléments fournis à l’appui de ses déclarations selon lesquelles il risquait d’être torturé s’il retournait à Sri Lanka, où il pourrait se réinstaller dans une région non touchée par les hostilités entre les parties au conflit.

2.7Le 30 novembre 1998, le requérant a fait appel de la décision de l’ODR auprès de la Commission suisse de recours en matière d’asile (CRA) et a présenté deux rapports médicaux, datés du 6 janvier et du 5 septembre 1999, confirmant qu’il souffrait de troubles post‑traumatiques. Dans une communication datée du 10 octobre 1999, l’ODR a maintenu sa position, arguant que le requérant pouvait recevoir le traitement thérapeutique nécessaire au Centre de réadaptation familiale de Colombo ou dans une de ses 12 antennes à Sri Lanka. En outre, il a relevé une contradiction entre le rapport médical du 6 janvier 1999, qui indiquait que le requérant avait été détenu pendant 14 jours à Colombo avant son arrestation le 31 janvier 1996, et le fait que le requérant n’ait pas évoqué cet épisode au cours des entretiens.

2.8Le 30 novembre 2000, la CRA a rejeté le recours formé par le requérant. Elle a fait siennes les conclusions de l’ODR et a ajouté les éléments suivants: a) aucune des arrestations présumées du requérant n’avait débouché sur des poursuites judiciaires concernant sa collaboration avec les LTTE; b) le fait que le requérant ait été détenu deux fois à Colombo n’était pas pertinent aux fins de l’examen de sa demande d’asile; c) même si le requérant souffrait de troubles post‑traumatiques, il n’avait pas prouvé que ces troubles étaient le résultat d’une persécution de la part des autorités sri‑lankaises; d) le requérant n’avait pas fourni de documents fiables attestant son identité; e) le renvoi du requérant à Sri Lanka ne le placerait pas dans une situation excessivement difficile, puisque les éléments fournis ne permettaient pas de conclure qu’il serait soumis à la torture, que sa famille continuait de vivre dans la province du nord (Tellipalai) et qu’il pourrait bénéficier à Sri Lanka d’un traitement adapté pour les troubles post‑traumatiques dont il souffre.

2.9L’ODR a indiqué que le requérant devait quitter la Suisse le 5 février 2001 au plus tard.

Teneur de la plainte

3.1Le requérant affirme que son renvoi à Sri Lanka constituerait une violation par l’État partie de l’article 3 de la Convention car il y a des motifs sérieux de croire qu’un jeune Tamoul qui a été arrêté et interrogé à plusieurs reprises par les autorités et les milices et dont le frère était connu pour être membre des LTTE risque d’être torturé à son retour à Sri Lanka.

3.2Le requérant fait valoir que les forces de sécurité sri‑lankaises procèdent chaque jour à des rafles et à des contrôles dans la rue contre les Tamouls qui, en vertu de la loi sur la prévention du terrorisme, peuvent être arrêtés sans mandat et placés en détention pour une période allant jusqu’à 18 mois sans être informés des charges pesant contre eux. En vertu du règlement d’exception qui accompagne la loi, cette période peut être prolongée plusieurs fois pour une durée de quatre‑vingt‑dix jours par une commission judiciaire dont les décisions sont sans appel. Pendant cette période, les détenus sont fréquemment interrogés au sujet de leurs liens avec les LTTE et, souvent, ils subissent des actes de torture ou des mauvais traitements, quand ils ne sont pas victimes d’exécution extrajudiciaire.

3.3Se référant à plusieurs rapports sur la situation des droits de l’homme à Sri Lanka, le requérant fait valoir que les risques de torture auxquels les Tamouls sont exposés n’ont pas diminué de manière notable au cours des dernières années.

3.4Le requérant affirme qu’il est impossible d’établir, comme le fait la loi suisse sur l’asile politique, une distinction claire entre les persécutions infligées par des organes de l’État et celles dues à des entités non gouvernementales dans des situations de guerre civile comme celle que connaît Sri Lanka et qui se caractérisent souvent soit par une absence totale de contrôle, soit par un contrôle simultané de certaines régions par différents groupes. Il indique que, dans certaines régions du pays, les milices tamoules comme l’EPRLF ou la TELO persécutent les sympathisants des LTTE en collaboration étroite avec l’armée sri‑lankaise et torturent fréquemment des suspects dans leurs propres camps de détention. Il s’agit donc bien de persécutions imputables à l’État.

3.5Le requérant fait valoir qu’à cause des troubles post‑traumatiques dont il souffre à la suite des actes de torture subis dans le camp de l’EPRLF/TELO et du bombardement de l’église à Navaly, il risque fort d’avoir des réactions incontrôlées dans des situations de danger telles que les rafles et les contrôles dans la rue et que, dès lors, il court davantage le risque d’être arrêté puis torturé par la police sri‑lankaise.

3.6Le requérant affirme qu’il est fréquent que les réfugiés victimes de persécutions politiques n’aient pas de papiers et qu’il a suffisamment prouvé son identité avec une photocopie de sa carte d’identité et de son certificat de naissance. On ne pouvait attendre de lui qu’il se présente aux autorités sri‑lankaises pour obtenir un passeport ou une nouvelle carte d’identité.

3.7Le requérant déclare que la même question n’a pas été examinée et n’est pas en cours d’examen devant une autre instance internationale d’enquête ou de règlement et qu’il a épuisé les recours internes. En particulier, il affirme qu’il serait inutile de former un nouveau recours auprès de la CRA en l’absence d’éléments nouveaux.

Observations de l’État partie sur la recevabilité et le fond

4.1Le 8 juin 2001, l’État partie a admis que la requête était recevable; le 29 novembre 2001, il a présenté ses observations sur le fond. Faisant siens les arguments invoqués par l’Office fédéral des réfugiés et la Commission suisse de recours en matière d’asile, il conclut que l’auteur n’a pas apporté la preuve qu’il courrait personnellement un risque réel d’être soumis à la torture s’il était renvoyé à Sri Lanka.

4.2L’État partie fait valoir que le requérant n’a pas présenté de nouveaux éléments qui justifieraient une révision des décisions de l’ODR et de la CRA. De même, les éléments de preuve présentés pendant la procédure d’asile (articles de journaux, une lettre de sa mère et une carte d’identité du CICR) ne suffisent pas à étayer les allégations selon lesquelles il aurait été persécuté ou risque d’être torturé. Les rapports médicaux confirmant qu’il souffre de troubles post‑traumatiques sont fondés sur ses propres dires et passent sous silence les autres causes, plus probables, qui pourraient expliquer ces symptômes.

4.3L’État partie admet que le requérant a été détenu au poste de police de Pettah à Colombo du 31 janvier au 22 février 1996, mais ne voit pas en quoi cela montre qu’il risque d’être torturé s’il retourne à Sri Lanka. De même, il estime que les contrôles d’identité fréquents et les arrestations répétées de Tamouls à Sri Lanka ne permettent pas non plus d’établir l’existence d’un tel risque.

4.4L’État partie fait valoir que le fait qu’aucune procédure pénale n’ait été engagée contre le requérant montre qu’il ne court pas personnellement le risque d’être torturé par les forces de sécurité sri‑lankaises. Pour l’État partie, les milices de l’EPRLF et de la TELO, à supposer qu’elles aient été actives dans la région de Chankanai en 1997, n’ont jamais manifesté d’intérêt pour les activités du requérant lui‑même, mais l’auraient torturé pour obtenir des informations sur les liens de son frère décédé, S., avec les LTTE.

4.5Enfin, l’État partie indique que, s’il est renvoyé à Sri Lanka, le requérant pourrait prouver qu’il a vécu en Suisse à partir de 1997, ce qui dissiperait tout soupçon concernant son éventuelle collaboration avec les LTTE pendant cette période.

Commentaires du requérant sur les observations de l’État partie

5.1Dans ses commentaires datés du 22 décembre 2003 au sujet des observations de l’État partie sur le fond, le conseil fait valoir que les contradictions relevées dans les déclarations du requérant devant les autorités suisses s’expliquent par une «perte de la notion de réalité» et que les personnes ayant subi un traumatisme ont souvent des difficultés à se rappeler les détails et la chronologie de leur histoire.

5.2Le requérant conteste que l’EPRLF/TELO n’ait plus été actif dans la région de Chankanai entre avril et juin 1997, l’État partie n’ayant cité aucune source vérifiable à l’appui de cette affirmation.

5.3Le requérant réfute l’argument de l’État partie qui affirme qu’il n’a pas suffisamment étayé ses affirmations. En effet, l’appartenance de son frère défunt aux LTTE a été prouvée et constitue un motif suffisant de penser que les autorités sri‑lankaises auraient des soupçons à son égard. En outre, les actes de torture sont généralement cachés par les organes gouvernementaux responsables et il n’y a donc souvent aucune preuve.

5.4Le requérant fait valoir qu’au lieu de critiquer les rapports psychiatriques qu’il a soumis, l’État partie aurait dû demander l’avis médical d’un expert nommé par l’État. S’ils ne prouvent pas ses allégations, les rapports de janvier et septembre 1999 confirment tout du moins que les troubles post‑traumatiques dont il souffre sont le résultat direct des actes de torture qu’il a subis.

5.5Enfin, le requérant indique que de nombreux cas de torture et de mauvais traitements infligés dans les prisons sri‑lankaises ont été signalés en 2003 et que, malgré les pourparlers de paix en cours, le respect de la légalité n’est toujours pas garanti dans le pays.

Délibérations du Comité

6.1Avant d’examiner une plainte soumise dans une communication, le Comité contre la torture doit déterminer si la communication est recevable en vertu de l’article 22 de la Convention. Le Comité s’est assuré, comme il est tenu de le faire conformément au paragraphe 5 a) de l’article 22 de la Convention, que la même question n’a pas été et n’est pas actuellement examinée par une autre instance internationale d’enquête ou de règlement. Dans la présente affaire, le Comité note également que tous les recours internes ont été épuisés et que l’État partie n’a pas contesté la recevabilité de la communication. Il considère par conséquent que celle‑ci est recevable et procède à son examen sur le fond.

6.2Le Comité doit déterminer si, en renvoyant le requérant à Sri Lanka, l’État partie manquerait à l’obligation qui lui est faite en vertu du paragraphe 1 de l’article 3 de la Convention de ne pas expulser ou refouler un individu vers un autre État où il y a des motifs sérieux de croire qu’il risque d’être soumis à la torture. Pour ce faire, le Comité doit tenir compte de tous les éléments, y compris l’existence dans l’État où le requérant serait renvoyé d’un ensemble systématique de violations graves, flagrantes ou massives des droits de l’homme (par. 2 de l’article 3 de la Convention).

6.3Le Comité constate, d’après des rapports récents sur la situation des droits de l’homme à Sri Lanka, que, bien que des efforts aient été déployés pour éliminer la pratique de la torture, des cas de torture continuent d’être signalés et qu’il est fréquent que les plaintes pour torture ne soient pas traitées efficacement par la police, les magistrats et les médecins. Cela étant, le Comité note également qu’un accord de cessez‑le‑feu a été conclu entre le Gouvernement et les LTTE en février 2002. L’évolution récente de la situation politique et le changement de gouvernement ont peut‑être entravé la poursuite du processus de paix, mais il reste que le processus n’a pas été abandonné. Le Comité rappelle en outre que les résultats de son enquête sur Sri Lanka au titre de l’article 20 de la Convention l’ont porté à conclure que la pratique de la torture n’était pas systématique dans l’État partie. Le Comité note enfin qu’un grand nombre de réfugiés tamouls sont rentrés à Sri Lanka ces dernières années.

6.4Le Comité rappelle toutefois qu’il s’agit pour lui de déterminer si l’intéressé risque personnellement d’être soumis à la torture dans le pays vers lequel il serait renvoyé. Dès lors, quand bien même il serait possible d’affirmer qu’il existe à Sri Lanka un ensemble de violations systématiques des droits de l’homme graves, flagrantes ou massives, cela ne constituerait pas en soi un motif suffisant pour établir que le requérant risque d’être soumis à la torture à son retour dans ce pays; il doit exister des motifs supplémentaires donnant à penser que l’intéressé courrait personnellement un risque. À l’inverse, l’absence d’un ensemble de violations flagrantes et systématiques des droits de l’homme ne signifie pas nécessairement que le requérant ne peut pas être considéré comme risquant d’être soumis à la torture dans ces circonstances particulières.

6.5En ce qui concerne le risque que court personnellement le requérant d’être soumis à la torture par les forces de sécurité sri‑lankaises, le Comité a pris note de ses affirmations selon lesquelles il avait été torturé en 1997 par l’EPRLF et la TELO qui avaient agi en collaboration avec l’armée sri‑lankaise. À supposer, même que ces affirmations soient véridiques, le Comité estime qu’il n’en découle pas forcément que le requérant risquerait actuellement d’être torturé, compte tenu du processus de paix en cours à Sri Lanka et du fait que de nombreux réfugiés tamouls sont retournés dans ce pays ces dernières années.

6.6En ce qui concerne l’argument du requérant selon lequel les troubles post‑traumatiques dont il souffre l’amènent à avoir des réactions incontrôlées dans les situations de stress, ce qui accroît le risque pour lui d’être arrêté par la police sri‑lankaise, le Comité relève que l’absence de toute procédure pénale engagée contre l’intéressé par le passé et sa discrétion du point de vue politique peuvent à l’inverse être considérées comme des facteurs susceptibles de réduire le risque de conséquences graves s’il venait à être arrêté de nouveau.

6.7Le Comité estime qu’il est peu probable que les autorités sri‑lankaises ou les milices, qui agiraient avec leur consentement exprès ou tacite, continuent de s’intéresser à l’appartenance aux LTTE du jeune frère du requérant, décédé il y a près de huit ans.

6.8S’agissant de savoir si le requérant pourrait recevoir à Sri Lanka un traitement psychiatrique adapté aux troubles post‑traumatiques dont il souffre, le Comité rappelle que l’aggravation de l’état de santé du requérant qui pourrait résulter de son expulsion vers Sri Lanka ne constituerait pas une torture au sens de l’article 3, lu conjointement avec l’article premier de la Convention, qui pourrait être attribuée à l’État partie lui‑même.

6.9En conséquence, le Comité est d’avis que le requérant n’a pas apporté d’éléments suffisants pour lui permettre de conclure qu’il courrait, personnellement et actuellement, un risque sérieux d’être soumis à la torture s’il était renvoyé à Sri Lanka.

7.Le Comité contre la torture, agissant en vertu du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, conclut que le renvoi du requérant à Sri Lanka ne constituerait pas une violation de l’article 3 de la Convention.

Notes

a Tigres de libération de l’Eelam tamoul.

b Front révolutionnaire de libération du peuple de l’Eelam.

c Organisation tamoule de libération de l’Eelam.

Communication n o 183/2001

Présentée par:

B. S. S. (représenté par un conseil, M. Stewart Istvanffy)

Au nom de:

B. S. S.

État partie:

Canada

Date de la requête:

7 mars 2001

Le Comité contre la torture, institué en vertu de l’article 17 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Réuni le 12 mai 2004,

Ayant achevé l’examen de la requête no 183/2001, présentée par M. B. S. S. en vertu de l’article 22 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants,

Ayant tenu compte de toutes les informations qui lui ont été communiquées par le requérant, son conseil et l’État partie,

Adopte ce qui suit:

Décision au titre du paragraphe 7 de l’article 22 de la Convention

1.1Le requérant est M. B. S. S., de nationalité indienne, né en 1958, qui réside actuellement au Québec (Canada) et est frappé d’un arrêté d’expulsion vers l’Inde. Il affirme que son renvoi en Inde constituerait une violation par le Canada des articles 3 et 16 de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il est représenté par un conseil.

1.2Le 4 mai 2001, le Comité a adressé la requête à l’État partie en lui demandant de lui faire parvenir ses observations et, en application du paragraphe 1 de l’article 108 de son règlement intérieur, il l’a prié de ne pas renvoyer le requérant en Inde tant que sa requête serait en cours d’examen. Le 19 février 2004, l’État partie a demandé au Comité de retirer sa demande de mesures provisoires, en application du paragraphe 7 de l’article 108 du règlement intérieur du Comité ou, dans le cas contraire, de prendre une décision finale sur la requête dans les meilleurs délais. Dans une lettre du 2 mars 2004, le conseil a prié le Comité de maintenir sa demande de mesures provisoires, en attendant que le Comité se soit prononcé sur la requête. Ces demandes sont devenues caduques le 12 mai 2004 lorsque le Comité a adopté ses constatations.

1.3Le 31 mars 2003, le requérant a prié le Comité de suspendre son examen de la plainte, en attendant l’issue de l’action engagée au titre d’une nouvelle procédure d’évaluation du risque préalable au renvoi, mais de maintenir sa requête au titre du paragraphe 1 de l’article 108 de son règlement intérieur. Le 25 avril 2003, le Comité a fait savoir au requérant et à l’État partie qu’il avait décidé de suspendre l’examen de la requête, de même que la demande qu’il a adressée à l’État partie de ne pas expulser le requérant, dans la mesure où il serait automatiquement sursis à un ordre de renvoi en vertu de l’article 162 du règlement relatif à l’immigration et à la protection des réfugiés.

Rappel des faits présentés par l’auteur

2.1Le requérant est originaire de la province indienne du Pendjab. Il est de religion sikh. Sa femme et ses trois enfants vivent toujours au Pendjab.

2.2D’après un «rapport d’enquête» en date du 12 mars 1993, établi par M. S. S., avocat défenseur des droits de l’homme à Patiala (Pendjab), qui se fonde principalement sur le témoignage du père du requérant, de sa fille et d’autres habitants du village, deux hommes armés sont arrivés au domicile de la famille du requérant en avril 1991 et ont demandé à manger en braquant leur fusil sur le requérant. Ils sont restés une demi-heure. Plus tard dans la nuit, la police a arrêté le requérant et l’a accusé d’héberger des terroristes. Il aurait été placé dans une cellule spéciale de torture où la police l’aurait interrogé et roué de coups. Il avait été libéré au bout de deux jours parce que son père avait versé un pot‑de‑vin.

2.3Toujours selon le même rapport, le requérant a été arrêté une deuxième fois en septembre 1991 après le meurtre dans un village voisin de six membres de la famille d’un policier. Il a été placé dans un lieu inconnu où une fois encore la police l’aurait torturé. Il a été remis en liberté à la suite de l’intervention d’un homme politique local, puis il est allé à Jaipur (Rajasthan) pour que la police du Pendjab ne le retrouve pas. D’après le rapport, la police a continué de harceler sa famille et a même arrêté le frère du requérant. Sur les conseils de son père, quand la police s’est mise à chercher à savoir où il se trouvait à Jaipur, le requérant a décidé de quitter le pays.

2.4Le 1er septembre 1992, le requérant est parti pour le Brésil, puis s’est rendu au Mexique et est entré aux États‑Unis le 22 septembre 1992. Le 30 octobre 1992, il est entré au Canada et a demandé le statut de réfugié. Il a été refoulé vers les États‑Unis et les autorités américaines d’immigration lui ont donné jusqu’au 29 novembre 1992 pour quitter le pays. Le requérant est resté illégalement sur le territoire américain. Il ne s’est pas présenté à la convocation qui avait été fixée au 17 août 1993 au poste frontière canadien de Lacolle pour examiner sa demande de statut de réfugié.

2.5Le 24 novembre 1993, le consulat d’Inde à New York a délivré un passeport au requérant.

2.6Le requérant est entré de nouveau au Canada le 4 août 1994 à Vancouver, et le 16 août 1994 il a déposé une nouvelle demande de statut de réfugié à Montréal. Le 13 octobre 1994, les autorités canadiennes d’immigration ont pris une décision d’expulsion. La section du statut de réfugié au sens de la Convention, de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, a rendu une décision négative le 4 novembre 1996, mais le requérant a déposé une demande d’autorisation de contrôle judiciaire de cette décision, que la Cour fédérale du Canada a rejetée le 29 mai 1998.

2.7Entre‑temps, le requérant a déposé une demande tendant à obtenir d’être classé dans la «catégorie des demandeurs d’asile non reconnus». Il joignait à cette requête la copie d’un document qui ressemblait à un mandat d’arrestation et qui, selon les indications y figurant, avait été délivré contre lui par les autorités indiennes le 8 mai 1994. La demande a été rejetée par une lettre datée du 10 mars 1997, l’informant que l’arrêté d’expulsion était devenu exécutoire et qu’il devait avoir quitté le territoire avant le 16 avril 1997. Les Notes au dossier rédigées par le fonctionnaire qui a examiné l’affaire indiquent que la copie du mandat d’arrestation avait été fournie alors que la procédure avait déjà commencé depuis longtemps et que le requérant n’avait pas expliqué pourquoi ce mandat d’arrestation avait été délivré en 1994 pour des faits qui remontaient à 1991. La Cour fédérale a rejeté le 29 août 1997 la demande d’autorisation de se pourvoir devant les autorités judiciaires contre le rejet de sa demande.

2.8Le 2 octobre 1997, le requérant a demandé à bénéficier d’une exemption de l’application ordinaire de la loi sur l’immigration et le statut de réfugiéa pour des motifs humanitaires. La demande comportait de nouveaux éléments, notamment un article daté du 10 août 1997 d’un journal de Chandigarh (Pendjab) d’où il ressortait que la famille du requérant était toujours l’objet de harcèlement par la police du Pendjab et que sa vie serait en danger s’il était renvoyé en Inde; un rapport médical daté du 25 avril 1995 établi par un médecin indien confirmant qu’il avait traité le requérant pour une fracture de la jambe et des saignements d’oreille le 21 septembre 1991; un autre rapport médical, daté du 14 mars 1995, établi par un médecin de Montréal qui attestait un trouble de l’audition à l’oreille droite ainsi que la présence d’une cicatrice de 3 cm sur la jambe droite et concluait que ces symptômes correspondaient aux allégations de torture. La demande pour motifs humanitaires a été rejetée le 4 novembre 1997. Toutefois, pendant l’examen de la demande d’autorisation de faire recours de la décision, il est apparu que le fonctionnaire de l’immigration n’avait pas tenu compte de tous les éléments dont il avait été saisi. L’État partie a donc décidé de réexaminer la demande pour motifs humanitaires et la procédure judiciaire a été suspendue.

2.9Le 4 juin 1998, un autre fonctionnaire de l’immigration a procédé à une nouvelle appréciation des risques encourus et, malgré les éléments nouveaux, a conclu que le requérant ne risquait pas d’être soumis à la torture ou à un traitement inhumain s’il était renvoyé en Inde. Dans une lettre datée du 13 août 1998, le requérant a été notifié du rejet de sa deuxième demande pour motifs humanitaires. Il a déposé une demande d’autorisation de former recours devant les autorités judiciaires à laquelle la Cour fédérale a fait droit.

2.10Par une décision en date du 2 octobre 1998, la Cour fédérale a ordonné le sursis à exécution de l’arrêté d’expulsion, statuant que le requérant avait soulevé une question grave qui appelait une décision interlocutoire et qu’il fallait déterminer s’il ne risquait pas de subir des dommages irréparables s’il était renvoyé en Inde. Par une décision du 24 novembre 1998, la Cour fédérale a fait droit à la demande de révision en rapportant la décision de rejet de la deuxième requête pour motifs humanitaires et en renvoyant l’affaire pour qu’elle soit réexaminée. Tout en rejetant l’argument selon lequel le système de révision mis en place par les services d’immigration du Canada était incompatible avec les articles 7b et 12c de la Constitution canadienne, la Cour a considéré que la décision du fonctionnaire de l’immigration était contestable car elle ne tenait pas dûment compte des nouveaux éléments présentés par le requérant et reposait sur des considérations qui ne se rapportaient pas à l’affaire.

2.11La demande pour motifs humanitaires a donc été réexaminée par un autre fonctionnaire de l’immigration qui avait également reçu une formation pour examiner les demandes après refus du statut; après une longue étude des faits et des éléments de preuve, celui‑ci a rejeté la requête le 13 octobre 2000 en motivant la décision par les éléments suivants notamment: a) l’authenticité douteuse du mandat d’arrestation étant donné sa forme et l’absence de tout élément permettant de le corroborer; b) l’absence de source identifiable ou le caractère périmé de la plupart des rapports et des articles de journaux produits par le requérant au sujet de la situation au Pendjab; c) la contradiction entre le fait que, d’après le témoignage de sa famille et de ses voisins dans son village, le requérant était innocent et le fait qu’il affirmait être toujours persécuté par la police; d) les doutes concernant la valeur probante de la traduction de l’article de journal daté du 11 juin tiré d’un hebdomadaire de Vancouver publié dans la langue du Pendjab où le cas du requérant était cité; e) le fait que le requérant ne se soit pas présenté lors de l’examen de sa première demande de statut de réfugié, qui était prévu le 17 août 1993 au poste frontière canadien, défaillance qui n’a jamais été justifiée; f) le fait que le consulat d’Inde à New York ait délivré le 24 novembre 1993 un passeport au requérant alors que celui‑ci était censé être recherché par les autorités indiennes; g) le fait que le conseil ait soulevé la question des troubles post‑traumatiques, dont des accès de panique, diagnostiqués dans le rapport du psychiatre daté du 30 août 1999 alors que la procédure était commencée depuis longtemps, que son état psychique ne l’avait pas empêché de travailler, depuis janvier 1999, et qu’il avait déclaré ne souffrir d’aucun trouble mental quand il avait rempli le dossier d’immigration en octobre 1997 et en septembre 2000; h) la très faible implication politique du requérant et le fait que d’une façon générale seuls les défenseurs des droits de l’homme ou les militants sikhs et leurs familles risquent d’être harcelés par la police du Pendjabd; i) le fait que la famille du requérant vit toujours au Pendjab; j) la protection dont le requérant bénéficie de par les bonnes relations politiques de son père; k) l’amélioration générale de la situation au Pendjab; l) le fait que le requérant ait pu trouver refuge dans la province voisine avant de quitter l’Inde, en 1991.

2.12Le 2 mars 2001, la Cour fédérale a rejeté la demande d’autorisation de former recours auprès des autorités judiciaires présentée par le requérant.

Teneur de la plainte

3.1Le conseil fait valoir que le requérant court le risque d’être torturé et que par conséquent le Canada commettrait une violation de l’article 3 de la Convention s’il l’expulsait vers l’Inde. De plus, étant donné que le requérant souffre de troubles post‑traumatiques, il endurerait un traumatisme psychique grave à son retour sans avoir la possibilité d’être soigné comme il convient, ce qui en soi constituerait un traitement inhumain et dégradant et donc une violation de l’article 16 de la Convention.

3.2Le conseil affirme que le requérant a épuisé tous les recours internes. Il ajoute que les recours prévus dans le cadre du système de réexamen des décisions d’immigration sont inefficaces au Canada car les fonctionnaires de l’immigration n’ont aucune formation dans le domaine des droits de l’homme ni dans les questions juridiques, que dans la plupart des cas ils ne tiennent pas compte de la jurisprudence de la Commission de l’immigration et du statut de réfugié ni de la Cour fédérale ou qu’ils ne font pas une appréciation réaliste de la situation dans le pays d’origine du demandeur d’asile, qu’ils subissent souvent des pressions les incitant à décider le plus grand nombre possible d’expulsions et que d’une façon générale ils se montrent méfiants à l’égard des plaintes des demandeurs du statut de réfugié.

Observations de l’État partie sur la recevabilité et sur le fond

4.1Le 8 novembre 2001, l’État partie a fait tenir ses observations sur la recevabilité et, subsidiairement, sur le fond de la requête.

4.2L’État partie reconnaît que le requérant a épuisé tous les recours internes disponibles. Il estime toutefois que la requête est irrecevable parce que les éléments soumis par le requérant ne suffisent pas à démontrer l’existence à première vue d’une violation de la Convention.

4.3En ce qui concerne l’article 3 de la Convention, l’État partie fait valoir que, d’après l’Observation générale no 1, c’est au requérant qu’il incombe de montrer qu’il risque d’être soumis à la torture s’il était renvoyé en Inde. D’après l’État partie, le comportement du requérant après le départ de son pays, en 1992, n’est pas celui de quelqu’un qui craint d’être torturé, comme le montre le fait qu’il n’ait pas demandé le statut de réfugié aux États‑Unis quand il y habitait, qu’il ne se soit pas présenté à la convocation des autorités canadiennes pour examiner sa première demande de statut de réfugié, le 17 août 1993, et que son passeport indien ait été renouvelé à New York en 1993, ce qui constitue de l’avis de l’État partie une preuve supplémentaire que le requérant n’a pas peur des autorités indiennes et que celles‑ci ne le recherchent pas et ne l’ont jamais recherchée. L’État partie conteste aussi la crédibilité du requérant à cause de l’authenticité douteuse du mandat d’arrestation: celui‑ci avait été délivré deux années après le départ de l’Inde, n’avait été présenté aux autorités canadiennes qu’en décembre 1996, était dactylographié et ne portait pas d’en‑tête officiel, et était le genre de document qui pouvait être aisément contrefait ou obtenu en Inde moyennant une somme modique.

4.4L’État partie fait valoir également que les rapports médicaux produits par le requérant confirment simplement l’existence d’anciennes blessures, sans apporter la preuve de leur origine. L’État partie émet également des doutes sur le rapport des psychiatres diagnostiquant des troubles post‑traumatiques dont il n’avait jamais été question avant 1999. Il conclut que, même si ces rapports corroboraient l’allégation de tortures subies dans le passé, il ne s’agit pas d’un passé récent, alors que la question décisive est de savoir si le risque de torture persiste. Se référant à la jurisprudence du Comitéf, l’État partie fait valoir que, même si des tortures subies dans le passé constituent un élément à prendre en considération quand une plainte pour violation de l’article 3 est examinée, le Comité doit déterminer si le requérant risque d’être torturé actuellement s’il est renvoyé dans son pays d’origine.

4.5En se fondant sur plusieurs rapports consacrés à la situation des droits de l’homme en Inde et en particulier au Pendjab, l’État partie affirme qu’au Pendjab il n’y a pas d’ensemble de violations systématiques des droits de l’homme, graves, flagrantes ou massives et que la situation dans cette province s’est améliorée au cours des quelques dernières années, comme le montre la réduction notable des actions armées sikhs ainsi que des opérations policières contre les Sikhs. L’État partie doute que le requérant ait jamais été personnellement la cible de répression policière et pense que la détention dont il aurait été l’objet s’inscrivait dans le cadre des pratiques passées de la police du Pendjab consistant à procéder à de fausses arrestations pour obtenir des pots‑de‑vin. L’État partie fait valoir en outre qu’il n’y a plus aujourd’hui que les militants sikhs connus qui risquent d’être maltraités; or le requérant n’a jamais été membre d’un parti politique ou d’un mouvement social quel qu’il soitg. Étant donné que le Comité a même déclaré non fondée une plainte pour violation de l’article 3 déposée par un militant sikh de grande notoriété, impliqué dans le détournement d’un avion de la compagnie Indian Airlines en 1981h, l’État partie estime que, dans les circonstances particulières de l’affaire, la torture ne peut pas être considérée comme une conséquence prévisible et nécessaire du renvoi du requérant en Inde.

4.6En ce qui concerne l’allégation de violation de l’article 16 de la Convention, l’État partie fait valoir que cette disposition ne s’applique pas à la situation du requérant parce qu’il ressort des travaux préparatoires de la Convention que les questions liées à l’expulsion sont couvertes de façon exhaustive par l’article 3. L’État partie ajoute, en reprenant une décision du Comité, que «l’aggravation de l’état de santé de l’auteur qui pourrait résulter de son expulsion ne constituerait pas un traitement cruel, inhumain ou dégradant attribuable à l’État partie»i. Étant donné que, de l’avis de l’État partie, l’incapacité d’un État de prodiguer les meilleurs soins médicaux possibles ne constitue pas un traitement cruel, inhumain ou dégradant, le renvoi du requérant en Inde ne peut pas constituer non plus un tel traitement, même si sa plainte concernant l’insuffisance des traitements médicaux assurés en Inde était étayée.

4.7Si toutefois la plainte était déclarée recevable, l’État partie demande au Comité de la rejeter sur le fond pour les motifs exposés plus haut.

4.8En ce qui concerne l’appréciation du risque par les autorités d’immigration canadiennes, l’État partie fait valoir que les fonctionnaires de l’immigration reçoivent une formation spéciale pour évaluer la situation dans le pays d’origine de la personne qui demande le statut de réfugié et pour appliquer la législation canadienne ainsi que les dispositions internationales relatives aux droits fondamentaux, dont la Convention contre la torture. L’État partie considère que la possibilité d’obtenir la révision judiciaire de la décision est une garantie suffisante pour le «manque relatif d’indépendance» des fonctionnaires de l’immigration.

4.9Enfin, l’État partie fait valoir que le Comité ne devrait pas substituer ses propres conclusions sur la question de savoir s’il existe des motifs sérieux de croire que le requérant risque d’être exposé à la torture s’il est renvoyé en Inde étant donné que la procédure suivie devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié ainsi que devant la Cour fédérale ne présente aucune erreur manifeste ni la moindre irrégularité et n’est pas davantage déraisonnable, l’appréciation des faits et des preuves relevant exclusivement des juridictions nationales.

Commentaires du requérant

5.1Dans ses commentaires sur les observations de l’État partie, en date du 30 mars 2002, le requérant réaffirme qu’il risque d’être torturé, voire exécuté, s’il est renvoyé en Inde. Certaines des preuves qu’il a produites ont été totalement ignorées ou considérées comme négligeables dans la réponse de l’État partie; il en est ainsi du rapport d’enquête de M. S. S., de plusieurs articles de journaux et de l’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Chahal tandis que pour d’autres pièces, comme le mandat d’arrestation et l’article du magazine de Vancouver mentionnant explicitement le requérant, l’État partie en a contesté l’authenticité. Étant donné que ce sont les originaux qui ont été produits aux autorités canadiennes, il aurait été aisé pour l’État partie de vérifier leur authenticité.

5.2Le requérant reproche à l’État partie de mettre en doute la crédibilité sur des points accessoires, comme la date du mandat d’arrestation et le fait qu’il ait tardé à déposer une demande de statut de réfugié, qu’il n’ait pas prétendu à un tel statut aux États‑Unis et que le consulat indien de New York lui ait délivré un passeport, motifs insuffisants pour réfuter le risque de torture pourtant bien étayé. Le requérant dit que, pour obtenir un titre prouvant son identité, il a versé 500 dollars à un certain M. S. qui est allé chercher son passeport au consulat d’Inde à New York. Pour ce qui est de la date du mandat d’arrestation, le requérant ne sait pas pourquoi il a été délivré deux ans après son départ et que l’explication réside peut‑être dans des événements survenus au Pendjab dont il n’a pas connaissance.

5.3En ce qui concerne les rapports médicaux et psychologiques, le requérant souligne que ces documents établissent clairement qu’il a subi des tortures, ce qu’au demeurant l’État partie n’a jamais sérieusement contesté. Il réfute l’allégation de l’État partie qui affirme que les rapports ont été présentés alors que la procédure était bien avancée, expliquant que le rapport médical de 1995 avait été soumis aux autorités canadiennes plus tôt.

5.4À titre de preuve supplémentaire, le requérant joint une déclaration sous serment d’un de ses amis, S. S. S., ancien officier de l’armée indienne, qui, après avoir été limogé, a rejoint les rangs des militants sikhs, a quitté le pays et a reçu en 1993 le statut de réfugié au Canada au titre de la Convention relative au statut des réfugiés. Cette personne affirme avoir vu plusieurs fois la famille du requérant pendant une visite de quatre mois effectuée en Inde en 1997 et avoir appris que la police du Pendjab continuait à la harceler et soupçonnait le requérant d’avoir des contacts avec des terroristes à l’étranger.

5.5Le requérant souligne que pour une bonne part les réponses de l’État partie ne sont que des répétitions des arguments énoncés dans la décision finale du fonctionnaire de l’immigration, datée du 13 octobre 2000, sans qu’il soit expliqué pourquoi la conclusion retenue dans deux arrêts de la Cour fédérale, qui avait établi que s’il était expulsé le requérant courrait un risque de préjudice irréparable, n’a pas été prise en considération. En ce qui concerne le refus de l’autoriser à se pourvoir devant les autorités judiciaires, le requérant explique que ce refus émane d’un nouveau juge qui avait intégré la Cour fédérale tout récemment, en mars 2001.

5.6D’après le requérant, le risque de torture auquel il est exposé s’il retourne en Inde est d’autant plus grand qu’il est considéré comme un sympathisant militant car la police du Pendjab l’a accusé de soutenir les militants sikhs. De plus, comme il est en mauvaise santé physique, les forces de sécurité seraient encore plus convaincues qu’il a été impliqué dans la lutte armée.

5.7En ce qui concerne les violations des droits fondamentaux commises actuellement en Inde et en particulier au Pendjab, le requérant dit que même si la situation s’est améliorée par rapport au début des années 90, la torture est encore largement pratiquée par la police et l’armée. Pour ce faire, il joint plusieurs rapports volumineux faisant état de violations persistantes au Pendjab ainsi que sur le système canadien de détermination du statut de réfugié.

5.8En ce qui concerne l’allégation de violation de l’article 16 de la Convention, le requérant fait valoir que ce grief n’est pas fondé exclusivement sur l’insuffisance des traitements médicaux disponibles en Inde; il repose aussi sur l’expérience traumatisante que constitue son renvoi dans un pays où il a été victime de torture.

5.9Le requérant affirme que les fonctionnaires canadiens de l’immigration ne reçoivent généralement pas de formation dans le domaine des droits de l’homme. Au contraire, on les forme à repérer les points qui peuvent faire douter de la crédibilité d’un demandeur d’asile. Le requérant réaffirme aussi que la révision judiciaire assurée par la Cour fédérale constitue un contrôle insuffisant des abus des autorités d’immigration et cite l’affaire à l’étude comme l’exemple même de l’insuffisance de ce recours.

Observations complémentaires de l’État partie et commentaires du requérant

6.1Dans une réponse complémentaire datée du 12 novembre 2002, l’État partie a fait valoir qu’outre le fait qu’elle est insuffisamment étayée, la requête est aussi irrecevable au titre du paragraphe 2 de l’article  22 parce qu’elle est incompatible avec l’article 3 de la Convention, étant donné qu’aucune décision de renvoi n’avait été prise à ce stade, ainsi qu’au titre du paragraphe 5 b) de l’article 22 de la Convention et de l’article 107 e) du règlement intérieur du Comité, du fait que les recours n’avaient pas été épuisés dans le cadre de la procédure d’évaluation du risque préalable au renvoi. Subsidiairement, l’État partie maintient que la requête est infondée.

6.2L’État partie soutient qu’en vertu de la nouvelle loi sur l’émigration et la protection des réfugiés du 28 juin 2002, toute personne en instance d’expulsion a droit à une nouvelle évaluation du risque encouru, sur la base de nouveaux éléments de preuve, ce qui entraîne le sursis automatique de l’ordre de renvoi, si l’intéressé demande une telle évaluation dans les 15 jours suivant la date à laquelle il a été informé de la possibilité de se prévaloir de la protection de ladite loi. L’évaluation est effectuée par un fonctionnaire formé à l’application de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés ainsi qu’à la Convention contre la torture. Lorsque l’issue de l’évaluation est négative, le requérant peut demander l’autorisation de saisir la Cour fédérale, qui peut annuler la décision sur la base d’une simple erreur du point de vue du droit ou d’une erreur manifeste d’appréciation des faits. Les décisions de la section de première instance de la Cour fédérale peuvent faire l’objet d’un appel devant la Cour d’appel fédérale si le juge de première instance certifie que le dossier soulève une question grave d’importance générale. La décision de la Cour d’appel peut être portée devant la Cour suprême du Canada. Le requérant peut demander à la Cour fédérale d’ordonner à titre provisoire qu’il soit sursis au renvoi en attendant l’issue des requêtes et recours dont elle est saisie.

6.3L’État partie fait valoir que l’évaluation du risque préalable au renvoi constitue un recours efficace, au même titre que l’évaluation des risques pour les demandeurs d’asile non reconnus prévue par l’ancienne législationj. Le Comité contre la torture et le Comité des droits de l’homme sont parvenus à la même conclusion concernant le recours en révisionk.

6.4De plus, l’État partie rejette l’argument du requérant selon lequel la Cour fédérale a reconnu par deux fois qu’il risquait d’être torturé s’il était renvoyé en Inde, au motif que l’ordre de suspension du 2 octobre 1998 et la décision du 24 novembre 1999 sur un de ses recours en révision ne peuvent être considérés comme une constatation judiciaire de l’existence d’un tel risque.

6.5L’État partie conteste les éléments de preuve documentaires produits par l’auteur aux motifs que: a) la déclaration de M. S. S. S., qui a passé quatre mois en 1997 au Pendjab alors que le statut de réfugié lui avait été octroyé au Canada, se fondait simplement sur les déclarations de la famille et des amis du requérant au Pendjab et qu’il s’agissait donc d’un argument tendancieux et sujet à caution; b) les rapports et les études sur les violations des droits de l’homme commises par le passé au Pendjab étaient insuffisants pour établir que l’intéressé courrait personnellement, à ce moment-là, le risque d’être torturé s’il était renvoyé en Inde; et c) les deux rapports médicaux de 1995 ne mentionnaient que des traces de blessures anciennes, passant sous silence les troubles post‑traumatiques qui ont été mentionnés pour la première fois dans le rapport de 1999, soit cinq ans après que le requérant a introduit sa demande d’asile.

7.1Dans ses commentaires datés du 31 mars 2003, le requérant réitère qu’il courait personnellement et actuellement le risque d’être torturé en Inde, comme l’ont confirmé les décisions de la Cour fédérale selon lesquelles il «subirait un préjudice irréparable» (ordre de suspension du 2 octobre 1998) ou «subirait un traitement inusité, non mérité ou disproportionné» (arrêt du 24 novembre 1999) s’il était renvoyé dans ce pays.

7.2Le requérant réfute l’argument selon lequel les obligations internationales du Canada en matière de droits de l’homme sont prises en considération lors de l’ERPR, cette procédure étant conçue pour refuser le statut de réfugié à «pratiquement tous les demandeurs», avec un taux de refus s’établissant entre 97 et 98 %.

Observations supplémentaires de l’État partie et commentaires du requérant

8.1Le 19 février 2004, l’État partie a informé le Comité de ce que la procédure d’évaluation du risque préalable au renvoi du requérant était achevée et lui demandait de lever la suspension prononcée quant à l’examen de l’affaire, de se prononcer sur la recevabilité et le fond de la requête dans les meilleurs délais ou, à défaut, de retirer sa demande de mesures provisoires, conformément au paragraphe 7 de l’article 108 de son règlement intérieur.

8.2L’État partie fait valoir que les éléments produits par le requérant ne suffisent pas à établir que, s’il était renvoyé, il subirait «un préjudice irréparable» au sens du paragraphe 1 de l’article 108 du règlement intérieur, étant donné son rôle effacé, le fait que les tortures qu’il aurait subies remontent à plus de 12 ans et que la situation des droits de l’homme au Pendjab s’est considérablement améliorée au cours des 11 années qui ont suivi son départ. L’absence de tout risque de torture a été confirmée dans le cadre de quatre évaluations successives menées par quatre fonctionnaires différents; de simples conjectures de la part du requérant ne devraient pas empêcher l’exécution d’un ordre de renvoi pris en toute légalité.

8.3L’État partie fait valoir que, le 14 mai 2003, le requérant a introduit une demande de résidence permanente pour raison humanitaire et que, le 10 septembre 2003, il a également demandé une évaluation du risque préalable au renvoi. Les deux demandes se fondaient sur les mêmes allégations que sa première demande de statut de réfugié et que les demandes de protection qu’il a introduites par la suite. Le 29 septembre 2003, le fonctionnaire chargé de l’évaluation du risque préalable au renvoi a rejeté la demande du requérant et a ordonné son renvoi immédiat, considérant qu’il ne serait pas exposé au risque d’être persécuté, torturé, tué ou victime d’une peine ou d’un traitement cruel ou inusité s’il retournait en Inde. De même, la demande de permis de séjour pour raison humanitaire déposée par le requérant a été rejetée le 30 septembre 2003, le risque de persécution n’ayant pas été suffisamment étayé.

8.4L’État partie précise qu’ayant à cœur de refermer le dossier, il ne conteste plus la recevabilité de la requête au motif du non‑épuisement des recours internes, bien que la demande d’autorisation de se pourvoir en révision soit encore pendante devant la Cour fédérale.

9.1Le 2 mars 2004, le requérant a soumis au Comité copie du dossier relatif à la procédure d’évaluation du risque préalable au renvoi et, le 20 avril 2004, il a présenté ses commentaires sur les observations complémentaires de l’État partie. Les éléments figurant dans le dossier sont les suivants: a) plusieurs rapports sur la situation des droits de l’homme au Pendjab, dont un rapport d’Amnesty International daté de janvier 2003 sur l’impunité et la torture dans cette régionl, qui révèle que des membres de la police coupables d’actes de torture ne sont pas traduits en justice et fait état de décès de personnes détenues, d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions qui se sont produites à l’époque du militantisme penjabi entre le milieu des années 80 et le milieu des années 90, signe que les atteintes aux droits de l’homme perdurent au Pendjab; b) plusieurs déclarations sous serment, dont l’une de la main d’un réfugié, ex‑avocat défenseur des droits de l’homme au Pendjab, qui pratique actuellement le droit au Canada, confirmant que le requérant court un risque, dans la mesure où toute personne soupçonnée d’entretenir des liens avec des militants, comme c’est le cas du requérant, serait prise pour cible par la police et incapable d’obtenir la protection des tribunaux au Pendjab; c) la traduction d’un arrêté daté du 27 août 2003 émanant du conseil municipal («panchayat») du village du requérant, confirmant que sa vie serait en danger s’il rentrait et critiquant le harcèlement auquel la police locale soumettait sa famille; d) une lettre de M. S. S. datée du 3 octobre 2003 contenant les mêmes indications; et e) une lettre récente du fils du requérant datée du 10 avril 2004 selon laquelle sa famille est constamment harcelée par le Département des enquêtes criminelles et se trouve de ce fait socialement isolée et indiquant qu’il craint lui‑même pour sa viem.

9.2Le conseil retrace la chronologie des recours que le requérant a engagés au Canada et informe le Comité de ce que la Cour fédérale a rejeté sa demande d’autorisation de se pourvoir en révision le 17 février 2004n. Il fait valoir qu’à l’instar de l’ancienne procédure d’évaluation des risques pour les demandeurs d’asile non reconnus, qui était constamment critiquée par les églises et les associations de soutien aux réfugiés au Canada, la procédure d’évaluation du risque préalable au renvoi est considérée comme manquant d’indépendance et d’impartialité par l’Association du barreau canadien et les groupes de défense des droits de l’homme, sa seule finalité étant de donner l’impression que l’État a évalué les dangers avant d’expulser un requérant. Ni le Comité contre la torture ni le Comité des droits de l’homme n’ont estimé que cette procédure constituait un recours utile; ils ont seulement fait observer que cette procédure devait être épuisée ou que le requérant devait en démontrer l’inefficacité.

9.3Le requérant conteste les résultats de l’évaluation du risque préalable au renvoi pour les motifs suivants: a) la décision ne se fonde que sur des événements ayant précédé son départ de l’Inde, sans tenir aucun compte du harcèlement dont est victime sa famille, des nouveaux éléments qu’il a invoqués ni des deux décisions de la Cour fédérale d’octobre 1998 et de novembre 1999; b) la décision repose sur l’affirmation erronée selon laquelle les arrestations arbitraires de personnes soupçonnées d’être des militants ou des sympathisants sikhs ont cessé au Pendjab, contrairement à ce qu’indiquent les services d’immigration danois et à ce qui ressort de l’évaluation de pays effectuée par le Royaume‑Uni; c) la décision procède enfin de l’idée fausse qu’il est possible au requérant de s’installer ailleurs en Inde en toute sécurité, alors que les observateurs des droits de l’homme considèrent qu’il est impossible qu’une personne prise pour cible par la police puisse mener une vie normale en Inde, puisque tous les nouveaux arrivants doivent se faire enregistrer au poste de police local et que les voisins informent la police de toute nouvelle arrivée.

9.4Le requérant réfute l’argument selon lequel la situation des droits de l’homme s’est récemment améliorée au Pendjab; bien au contraire, selon Amnesty International, le nombre de cas de torture y a augmenté. Le Centre canadien pour les victimes de la torture, basé à Toronto, et le Réseau pour les victimes de violences organisées, basé à Montréal, ont confirmé qu’ils continuaient à recevoir des victimes d’actes de torture graves venant de cette région. Depuis que le Parti du Congrès a pris le pouvoir au Pendjab en 2002, tous les membres de la police qui avaient été accusés d’actes de torture et de violation des droits de l’homme ont été amnistiés. La nouvelle législation antiterroriste a encore affaibli la position des victimes de la torture. L’argument selon lequel seuls des militants sikhs très connus courent le risque d’être torturés au Pendjab est rejeté par la plupart des observateurs et contredit par des informations selon lesquelles il arrive souvent que des personnes ayant déjà été victimes de torture et leur famille continuent d’être prises pour cible.

Délibérations du Comité

10.1Avant d’examiner une plainte soumise dans une requête, le Comité contre la torture doit déterminer si la communication est recevable en vertu de l’article 22 de la Convention. Le Comité a vérifié, comme il est tenu de le faire en vertu du paragraphe 5 a) de l’article 22 de la Convention, que la même question n’avait pas été examinée et n’était pas en cours d’examen devant une autre procédure internationale d’enquête ou de règlement. Le Comité relève que l’État partie reconnaît que les recours internes ont été épuisés. Aussi, la question de savoir si, comme l’affirme le conseil, les recours offerts par la procédure canadienne d’examen des demandes d’immigration ne sont pas utiles, ne se pose pas dans le cadre de l’examen de la recevabilité.

10.2En ce qui concerne l’allégation du requérant selon laquelle la décision de le renvoyer en Inde constituerait en soi une peine ou un traitement cruel, inhumain ou dégradant, en violation de l’article 16 de la Convention, le Comité relève que le requérant n’a pas apporté d’élément suffisant pour étayer cette allégation. Il rappelle en particulier que, selon sa jurisprudence, l’aggravation de l’état de santé d’un requérant par suite de son expulsion ne constitue pas une forme de traitement cruel, inhumain ou dégradant au sens de l’article 16 de la Conventiono. Tout en reconnaissant que son expulsion en In